Lancement des comprimés de sémaglutide Wegovy aux États-Unis : une adoption rapide
En janvier 2024, Novo Nordisk a introduit la forme orale de son médicament amaigrissant Wegovy sur le marché américain. Selon les déclarations de l’entreprise, le nombre total d’ordonnances a rapidement dépassé les deux millions, tandis que les ventes du premier trimestre ont largement surpassé les attentes, malgré un prix de vente inférieur à celui de la version injectable [1]. Cette dynamique a été qualifiée de « meilleur pré‑lancement possible » par Mads Larsen, vice‑président exécutif chargé du développement commercial, qui souligne l’effet amplifié des réseaux sociaux et du numérique sur la perception du produit [2].
Des analystes de Nordea ont constaté, à partir des données de Google Trends, que Wegovy devient déjà la marque de perte de poids la plus recherchée aux États-Unis, une tendance qui corrobore l’évolution des prescriptions observée par IQVIA [3].
Comparaison avec le concurrent oral d’Eli Lilly, Foundayo
Eli Lilly a répondu avec son propre comprimé, Foundayo, lancé début avril 2024. Fin avril, le groupe indiquait que plus de 20 000 patients avaient déjà commencé le traitement [4]. Toutefois, selon les mêmes données hebdomadaires d’IQVIA, le volume de prescriptions de Foundayo reste nettement inférieur à celui de Wegovy durant la période comparable [5].
Emily Field, analyste chez Barclays, explique que les deux produits ciblent des segments de patients différents : Wegovy présente une efficacité « semblable à celle d’un injectable », tandis que Foundayo est perçu davantage comme un « starter » du groupe GLP‑1, destiné à initier les patients avant un éventuel passage à une forme injectable [6]. Cette différenciation suggère que les deux entreprises pourraient élargir le marché global plutôt que de se cannibaliser mutuellement.
Perspectives financières et défis à venir
Malgré le succès initial de Wegovy aux États-Unis, Novo Nordisk a revu à la baisse ses prévisions pour 2026. La société prévoit désormais une diminution de ses bénéfices et de son chiffre d’affaires comprise entre 4 % et 12 %, principalement en raison de la pression sur les prix aux États-Unis et de la concurrence des génériques sur des marchés tels que l’Inde, le Canada, le Brésil et la Chine [7]. En contraste, Eli Lilly a publié une hausse de 81 % de son chiffre d’affaires hors États‑unis au premier trimestre 2024, portée par une augmentation de 95 % du volume, tandis que ses revenus américains ont grimpé de 43 % pour atteindre 12,1 milliards de dollars [8].
Ces chiffres illustrent la demande mondiale croissante pour les traitements contre l’obésité, mais ils mettent également en lumière les vulnérabilités liées aux politiques de tarification. Le mécanisme de « nation la plus favorisée » proposé par l’administration Trump, qui relie les prix américains à ceux d’un panier de pays de référence, complique le lancement de nouveaux médicaments pour de nombreuses entreprises pharmaceutiques [9].
Stratégie de lancement mondial et considérations de tarification
Mads Larsen indique que Novo Nordisk ne révélera pas encore la liste précise des pays où Wegovy oral sera introduit en premier. Le choix se fera « selon le potentiel » de chaque marché, en prenant en compte l’intérêt des patients pour le traitement de l’obésité, la qualité de la formation médicale et la présence de partenaires de télésanté potentiels [10]. En Allemagne, par exemple, la télésanté a récemment facilité un accès plus pratique aux traitements, après une période d’adoption lente [11].
Le dirigeant souligne également que les États‑unis ne constituent pas un modèle universel de comparaison, car l’adoption dépendra fortement de la différence de prix relatif entre la forme orale et les versions injectables. Bien que la stratégie tarifaire précise reste à dévoiler, Larsen suggère qu’aux États‑unis le produit offre une valeur élevée, mais qu’un échelon de prix distinct existe par rapport aux traitements injectables [12]. Il anticipe que la courbe de croissance internationale pourrait présenter une progression « légèrement plus courbée » que celle observée aux États‑unis.
Un besoin de traitement encore largement insatisfait
Lors d’une interview, Larsen a rappelé que près d’un milliard de personnes dans le monde pourraient bénéficier de ces médicaments, alors que l’accès actuel atteint environ 20 millions de patients [13]. Même dans des systèmes de santé fortement subventionnés, comme celui du Danemark, près de 99 % des patients paient de leur poche pour ces thérapies, un constat qui aurait été inimaginable il y a seulement quelques années [14]. Cette réalité souligne l’importance d’élargir l’accès grâce à des modèles de télésanté et à des partenariats locaux, tout en poursuivant les efforts de recherche pour démontrer les avantages cardiovasculaires à long terme du sémaglutide oral.
[1] Novo Nordisk communiqué de presse, janvier 2024.
[2] Interview de Mads Larsen, responsable du développement commercial, Novo Nordisk, février 2024.
[3] Analyse Nordea, note aux clients, mars 2024.
[4] Communiqué Eli Lilly, 30 avril 2024.
[5] Données hebdomadaires IQVIA, comparaison avril‑mai 2024.
[6] Commentaire d’Emily Field, analyste Barclays, semaine du 15 avril 2024.
[7] Prévisions révisées Novo Nordisk, communiqué presse, avril 2024.
[8] Résultats trimestriels Eli Lilly, Q1 2024.
[9] Analyse de l’impact de la politique « nation la plus favorisée », Congressional Research Service, 2
