Les régulateurs européens et américains mettent en garde contre l’acquisition de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance
Le 24 février 2026, David Ellison, président‑directeur général de Paramount Skydance Corp., devrait traverser la Statuary Hall du Capitole pour assister au discours sur l’état de l’Union lors d’une session conjointe du Congrès à Washington, D.C. Cette apparition intervient alors que les discussions autour du projet de fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery (WBD) continuent de susciter l’attention des autorités de concurrence des deux côtés de l’Atlantique.
Contexte de la transaction
Paramount a annoncé son intention d’acquérir WBD pour 31 dollars par action, soit une valorisation globale d’environ 43 milliards de dollars. L’accord prévoit une pénalité de rupture de 7 milliards de dollars au cas où les régulateurs bloqueraient l’opération. Le financement du rapprochement s’appuie notamment sur près de 24 milliards de dollars provenant de fonds souverains des États du Golfe, complétés par une facilité de crédit et le soutien de Larry Ellison, cofondateur milliardaire d’Oracle et père de David Ellison.
Selon les informations publiées par Paramount, les investisseurs du Golfe ont accepté de renoncer à tout droit de vote dans la nouvelle entité, ce qui, selon une source proche du dossier, devrait permettre d’éviter un examen obligatoire par le Comité des investissements étrangers aux États‑États-Unis (CFIUS). Néanmoins, la présence de capitaux étrangers reste un point de vigilance pour plusieurs législateurs.
Avertissements des législateurs américains et européens
Un groupe de parlementaires américains et européens a adressé une lettre à David Ellison mettant en garde contre une éventuelle sous‑estimation du contrôle réglementaire. Dans leur courrier, ils écrivent :
« Dans l’Union européenne, la Commission européenne et le Parlement européen examineront de près la définition du marché, le seuil de part de marché, la substituabilité des clients, les effets de l’intégration verticale et les impacts en aval sur le marché intérieur, conformément au règlement européen sur les concentrations. »
Ils soulignent également que, malgré le vote préliminaire favorable des actionnaires de WBD obtenu le mois précédent, la fusion demeure soumise à l’examen des gouvernements respectifs. Les législateurs craignent que l’opération ne crée de nouvelles barrières à la concurrence, réduisant ainsi le choix des consommateurs et pouvant entraîner une hausse des prix dans les secteurs de la production cinématographique, de la télévision, des licences de contenu, de la distribution en salles et du streaming.
Parmi leurs préoccupations figurent également l’indépendance éditoriale. Ils rappellent que, peu après l’acquisition de Paramount par la société Skydance d’Ellison l’année dernière, le groupe a acheté la publication en ligne « The Free Press » et nommé son cofondateur, Bari Weiss, au poste de rédacteur en chef de CBS News. Selon eux, cela pourrait compromettre le pluralisme des médias si aucune garantie interne n’est mise en place pour préserver l’indépendance décisionnelle face aux intérêts des actionnaires, notamment ceux provenant de pays tiers.
Réaction de Paramount
Dans un communiqué transmis par courrier électronique, Paramount a affirmé s’être engagée « de manière constructive et proactive » avec les agences de régulation chargées d’examiner la transaction. L’entreprise soutient que l’accord « représente une concurrence accrue et accrue tout en permettant à une entreprise bien capitalisée et axée sur la créativité d’investir dans davantage de projets et de proposer des histoires au public du monde entier ». Elle ajoute que le regroupement élargirait les opportunités pour les créateurs et améliorerait le choix des consommateurs.
Lors de l’appel aux résultats du premier trimestre 2026, David Ellison a déclaré que des « progrès significatifs » étaient réalisés en vue de finaliser l’acquisition d’ici la fin du troisième trimestre, précisant que l’opération restait sur les rails pour être conclue en septembre de la même année.
Implications financières et géopolitiques
Le financement de l’opération soulève des questions de sécurité nationale et d’influence étrangère. Les législateurs ont noté que la présence de fonds souverains du Golfe pourrait entraîner un examen au titre du règlement européen sur les subventions étrangères et, aux États‑Unis, une éventuelle revue par le CFIUS, particulièrement compte tenu du regroupement de données sensibles sur les utilisateurs et d’importants actifs médiatiques sous une seule entité.
Par ailleurs, Paramount a déposé fin avril auprès de la Federal Communications Commission (FCC) une demande de financement indirect étranger, étant donné sa propriété de la station de diffusion américaine CBS. Bien que la FCC ne dispose pas de l’autorité exclusive d’approbation de l’opération, son avis sera pris en compte dans le processus global d’examen.
Prochaines étapes
Les parlementaires américains et européens ont appelé à un processus d’examen « rigoureux et transparent », mettant en garde contre toute affirmation selon laquelle l’accord aurait déjà surmonté les obstacles réglementaires. Ils ont conclu leur lettre par la mise en demeure suivante :
