L’Europe se tourne davantage vers le gaz naturel liquéfié américain
Publié le 13/05/2026 – 15:46 GMT+2
Une analyse récente de l’Institut pour l’économie et l’analyse financière (IEEFA) montre que la dépendance de l’Union européenne aux importations de GNL en provenance des États‑vaux devrait encore s’accentuer en 2026. Cette tendance s’inscrit dans le cadre de la stratégie REPowerEU, qui vise à supprimer progressivement les livraisons de gaz russe d’ici 2027.
Parts de marché prévues pour le GNL américain
Selon le rapport de l’IEEFA, les États‑Unis pourraient fournir près de deux tiers des importations européennes de GNL en 2026, contre 57 % en 2025. Cette hausse reflète la poursuite de nouveaux contrats d’approvisionnement à long terme et la persistance des flux actuels d’importation.
L’organisme précise que, entre janvier 2022 et juin 2025, les pays de l’UE ont dépensé environ 117 milliards d’euros pour acheter du GNL américain, principalement destiné à compenser la réduction des livraisons par gazoduc en provenance de Russie.
Coûts et contraintes économiques
Le GNL importé reste généralement plus onéreux que le gaz transporté par pipeline, en raison des étapes de liquéfaction, de transport maritime et de regazéification. L’IEEFA souligne que ces dépenses additionnelles pèsent sur les factures énergétiques des ménages et des industries européennes, même si elles ont permis d’améliorer la sécurité d’approvisionnement à court terme.
Avis des régulateurs européens
Plusieurs décideurs et autorités de régulation ont exprimé leurs réserves concernant une trop forte dépendance à un seul fournisseur alternatif.
- La vice‑présidente exécutive de la Commission européenne, Teresa Ribera, a déclaré que l’UE devait éviter de remplacer une dépendance énergétique par une autre et privilégier plutôt les investissements dans les énergies renouvelables et l’électrification.
- L’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) a mis en garde contre les risques de concentration de l’offre liés au rôle croissant du GNL américain sur le marché européen.
Contexte de baisse de la consommation de gaz
Paradoxalement, l’augmentation des importations de GNL intervient alors que la consommation européenne de gaz connaît une tendance à la baisse. Les facteurs explicatifs incluent :
- Des prix élevés consécutifs à la crise énergétique de 2022‑2023;
- Un ralentissement de l’activité industrielle dans plusieurs États membres;
- Des mesures d’efficacité énergétique et un déploiement accéléré des énergies renouvelables (éolien, solaire, pompes à chaleur).
Les données de l’IEEFA indiquent que la consommation de gaz dans l’UE est tombée à son plus bas niveau depuis plus d’une décennie en 2024, avant de remonter légèrement en 2025 sous l’effet d’hivers plus froids et de la volonté des États de reconstituer leurs réserves de stockage.
Développement des infrastructures d’importation
Plusieurs pays continuent d’étendre leurs capacités d’accueil du GNL.
- L’Allemagne, auparavant fortement dépendante du gazoduc russe, a rapidement déployé des terminaux GNL flottants et est devenue l’un des principaux acheteurs de GNL américain en Europe.
- Des projets similaires sont en cours aux Pays‑Bas, en Belgique et en France, visant à diversifier les points d’entrée et à réduire les goulets d’étranglement logistiques.
Néanmoins, certains analystes s’interrogent sur le risque de surcapacité : si la demande de gaz à long terme poursuit son déclin dans le cadre de la transition énergétique, les terminaux récemment construits pourraient rester sous‑utilisés, entraînant des coûts fixes importants pour les opérateurs et les contribuables.
Vers une diversification énergétique équilibrée
Le rapport de l’IEFA conclut que, bien que le recours au GNL américain ait renforcé la résilience immédiate de l’Europe face à la rupture des approvisionnements russes, il convient de surveiller étroitement l’évolution de la dépendance à un seul fournisseur externe. Une stratégie équilibrée devrait combiner :
- La poursuite de la diversification des sources de GNL (Qatar, Afrique, projets de liquéfaction émergents);
- Un soutien accru aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique;
- Des mécanismes de marché permettant de limiter la concentration contractuelle, tels que des plafonds de part de marché ou des clauses de révision périodique des contrats à long terme.
En adoptant une approche globale, l’UE pourra garantir sa sécurité d’approvisionnement tout en avançant vers ses objectifs climatiques pour 2030 et au-delà.
