lundi, juin 1, 2026
EuropeLes banques centrales risquent une récession en augmentant leurs taux pour faire face au choc pétrolier iranien, prévient un stratège

Les banques centrales risquent une récession en augmentant leurs taux pour faire face au choc pétrolier iranien, prévient un stratège

Les banques centrales face au dilemme de l’inflation énergétique

Alors que les prix de l’énergie continuent de grimper sous l’effet des tensions géopolitiques et des perturbations d’approvisionnement, plusieurs analystes mettent en garde contre le risque d’une réaction excessive des politiques monétaires. Selon Julian Howard, stratège en chef des investissements multi‑actifs chez GAM Investments, tenter de contenir la flambée des coûts énergétiques en relevant simplement les taux d’intérêt pourrait déclencher une récession mondiale.

Pourquoi une hausse des taux serait‑elle contre‑productive ?

Howard explique que le choc actuel provient principalement de l’offre – la réduction de la production de pétrole et de gaz liée au conflit en Ukraine – plutôt que d’une demande surchauffée. Dans ce contexte, augmenter le coût de l’emprunt pour décourager la consommation d’énergie nécessiterait des niveaux de taux « très, très élevés », selon ses termes, ce qui ferait chuter l’investissement et la consommation globale.

Il précise également que l’effet réel de telles hausses est souvent atténué : les ménages réduisent leurs dépenses non énergétiques (loisirs, habillement, services) pour faire face à la facture d’énergie, ce qui limite l’impact inflationniste perçu. « L’inflation n’augmente pas autant que les gens le pensent », note‑t‑il, citant l’exemple des États‑unis où l’inflation des services est restée relativement modérée malgré la hausse du pétrole.

Positions récentes des principales banques centrales

  • Banque centrale européenne (BCE) : lors de sa réunion d’avril 2024, la BCE a laissé ses taux directeurs inchangés, malgré une inflation de la zone euro qui s’est établie à 3 % sur un an (communiqué de presse BCE, avril 2024).
  • Banque d’Angleterre (BoE) : la BoE a également maintenu ses taux stables, alors que le Royaume‑uni fait face à une hausse soutenue des prix du pétrole (minutes de la réunion de mai 2024).
  • Banque de réserve d’Australie (RBA) : la RBA a relevé son taux directeur de 25 points de base, le portant à 4,35 % le mardi suivant, après que l’inflation globale ait atteint 4,6 % en mars 2024 (contre 3,7 % le mois précédent) (communiqué de la RBA, mai 2024).
  • Réserve fédérale américaine (Fed) : Viktor Shvets, responsable de la stratégie de bureau mondiale chez Macquarie Capital, indique que « tout est possible au cours des six prochains mois » et prévoit une inflation américaine pouvant atteindre 4 % voire davantage, dans un contexte de « légère stagflation » (note de recherche Macquarie, mai 2024).

Le risque d’une politique monétaire trop restrictive

Howard met en garde contre l’idée que les hausses de taux puissent simplement « combattre les effets secondaires de l’inflation », tels que les revendications salariales. Selon lui, tenter de s’attaquer directement aux coûts de l’énergie par le biais du crédit reviendrait à traiter un symptôme plutôt que la cause sous‑jacente du choc d’offre. Le résultat probable serait une contraction du crédit, une baisse de l’investissement productif et, in fine, un ralentissement marqué de l’activité économique mondiale.

Cette analyse rejoint les travaux récents du Fonds monétaire international (FMI), qui souligne que dans un environnement d’inflation d’origine offre, les politiques monétaires restrictives ont une efficacité limitée et peuvent aggraver les écarts de production (document de travail du FMI, avril 2024).

Conclusion : vers une réponse plus nuancée

Les décideurs monétaires se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins. Alors que la maîtrise de l’inflation demeure une priorité, les preuves empiriques suggèrent que relever les taux d’intérêt comme premier recours face à un choc énergétique d’offre risque d’entraîner une récession inutile. Une approche plus équilibrée – combinant des mesures ciblées sur l’offre (diversification des sources d’énergie, réserves stratégiques, coopération internationale) avec une politique monétaire prudente et axée sur les pressions de demande secondaires – apparaît comme la voie la plus raisonnable pour préserver la croissance tout en contenant les pressions inflationnistes.

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