La Banque asiatique de développement annonce 65 milliards d’euros d’investissements régionaux
Lors de sa 59ᵉ réunion annuelle, tenue à Samarkand en Ouzbékistan en mai 2024, la Banque asiatique de développement (BAD) a dévoilé un programme d’investissements de près de 65 milliards d’euros destiné à renforcer les systèmes énergétiques, les infrastructures numériques et la connectivité transfrontalière en Asie et dans le Pacifique. Plus de 4 000 délégués représentant plus de 100 pays – ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales et acteurs du secteur privé – ont participé aux débats sous le thème « Carrefour du développement : faire progresser un avenir connecté ».
Un réseau électrique panasiatique et des infrastructures numériques renforcées
Le montant total se répartit ainsi :
- 46 milliards d’euros destinés à la création d’un réseau électrique panasiatique visant à interconnecter les systèmes d’énergie renouvelable au-delà des frontières.
- Ce projet pourrait permettre le transport de jusqu’à 20 gigawatts d’énergie renouvelable, étendre les lignes de transmission de 22 000 kilomètres et offrir un accès à l’électricité à environ 200 millions de personnes d’ici 2035.
- 18,2 milliards d’euros sont alloués aux infrastructures numériques transfrontalières, notamment au déploiement du haut débit et au renforcement des réseaux dans les économies participantes.
Selon la BAD, ces investissements devraient réduire les coûts de connectivité dans les zones reculées et enclavées tout augmentant l’accès à l’énergie et aux services numériques.
Financement annuel et perspectives économiques actualisées
Lors de la même assemblée, la Banque a indiqué qu’elle apporterait près de 40 milliards d’euros de soutien à la région en 2025, sur la base de ses dernières données financières. Le Conseil des gouverneurs a approuvé les états financiers incluant une affectation de 1,34 milliard d’euros aux réserves, au financement concessionnel, à l’assistance technique et à la réponse aux catastrophes.
Le président de la BAD, Masato Kanda, a souligné que « l’énergie et l’accès numérique définiront le développement régional ». Les projections économiques actualisées prévoient une croissance de 4,7 % en 2026 pour les pays en développement d’Asie, tandis que l’inflation devrait atteindre 5,2 %, reflétant la hausse des prix de l’énergie et les tensions géopolitiques persistantes.
Accords de coopération renforcée avec l’Ouzbékistan
L’Ouzbékistan a profité de la réunion pour élargir son partenariat avec la BAD. Le portefeuille de projets de la Banque dans le pays approche désormais les 15 milliards d’euros, couvrant les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et le développement social.
Deux accords ont été signés :
- Un programme de 92 millions d’euros destiné à moderniser 200 écoles grâce à l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM).
- Une initiative de 275 millions d’euros visant à développer l’inclusion financière dans les zones rurales.
Le Président Shavkat Mirzioïev a confirmé la signature d’un cadre de coopération de 11 milliards d’euros avec la BAD, mettant l’accent sur la réduction de la pauvreté, le développement du capital humain et les infrastructures modernes. Il a également insisté sur la nécessité de nouveaux mécanismes efficaces face à un environnement économique mondial en mutation rapide.
Propositions ouzbèkes sur l’intelligence artificielle, les transports et l’intégration régionale
Lors du forum, l’Ouzbékistan a présenté plusieurs initiatives visant à renforcer la coopération régionale :
- La création d’un programme dédié au sein de la BAD pour développer l’intelligence artificielle dans les pays en développement.
- L’intention de rejoindre l’initiative « Autoroute numérique pour l’Asie » et la proposition d’établir un centre de coordination régional à Tachkent.
- Le soutien au corridor ferroviaire Chine‑Kirghizistan‑Ouzbékistan, projeté pour transporter environ 15 millions de tonnes de marchandises par an et réduire les délais de transit à environ dix jours.
- La mise en place d’une « Alliance douanière et logistique numérique » dans le cadre du programme CAREC afin de faciliter les échanges commerciaux.
- L’extension du programme national « Yashil Makon » (plantation de 200 millions d’arbres par an) à une « Ceinture verte d’Asie centrale » visant à lutter contre la dégradation des sols et à renforcer la résilience climatique.
- Une réflexion sur le rôle des minéraux essentiels, avec un accent sur la transformation à valeur ajoutée au sein de la région.
Un appel à l’action coordonnée
En clôturant la réunion, Masato Kanda a rappelé que « les décisions que nous prenons à ce nouveau carrefour assureront l’avenir de la prochaine génération ». Il a exhorté les participants à privilégier des réponses profondément connectées et résilientes, plutôt que des approches fragmentées, afin de permettre à l’Asie et au Pacifique de prospérer malgré une croissance plus lente et des coûts croissants.
