Un rebond prudent sur les marchés américains malgré des incertitudes persistantes
Les marchés actions américains ont enregistré un net rebond cette semaine, dans un contexte de volatilité toujours élevée. L’indice S&P 500 a affiché sa meilleure performance journalière depuis le mois de mai mardi, en fin de trimestre, avant de progresser à nouveau mercredi. Au final, sur une semaine écourtée par le week-end de Pâques, l’indice large a gagné 3,4 %. Ce rallye intervient alors que les investisseurs semblent parier sur une issue prochaine des tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran, après avoir digéré l’impact potentiel de la hausse des prix du pétrole.
Cependant, ce mouvement haussier est loin de faire l’unanimité. De nombreux analystes mettent en garde contre un excès d’optimisme à court terme. « Je ne pense tout simplement pas que cette volatilité soit terminée », a déclaré Mark Malek, responsable des investissements chez Siebert Financial. Pour lui, la durée des tensions reste le principal risque, alimentant la prudence des acteurs du marché.
Les racines de la volatilité : pétrole, inflation et discours politique
La source première de l’inquiétude demeure la perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour les hydrocarbures. Depuis le début du conflit il y a plus d’un mois, ce goulet est en grande partie impraticable. Cette situation a fait flamber les prix du pétrole, mais aussi le coût d’autres matières premières essentielles comme les engrais ou l’hélium.
Les investisseurs surveillent de près l’évolution des prix à la consommation américains. Le rapport sur l’emploi de cette semaine, particulièrement solide, a renforcé l’idée que l’économie sous-jacente reste robuste. Néanmoins, l’inflation est déjà une réalité tangible : le prix de l’essence aux États-Unis dépasse les 4 dollars le gallon. La question clé est de savoir si les pressions inflationnistes seront temporaires, comme l’espèrent les marchés, ou plus durables.
Les déclarations du président Donald Trump, mercredi soir, ont ajouté une couche d’incertitude. S’il a affirmé que la guerre était « très proche » de sa fin, il a également menacé de frapper Téhéran « extrêmement durement ». Les marchés analysent désormais les implications concrètes d’un éventuel rétablissement du commerce via le détroit d’Ormuz.
Les voix de la prudence : un appel à la consolidation
Plusieurs figures de la finance ont exprimé leur scepticisme face au rebond récent. Marko Kolanovic, ancien stratège en chef des marchés chez JPMorgan, a mis en garde sur les réseaux sociaux contre les risques d’une escalade militaire pendant le week-end férié. « Je pense qu’il est probable qu’une sorte d’opération terrestre commence pendant ce long week-end », a-t-il écrit, suggérant que le récent rallye pourrait être motivé par une volonté de « maintenir le soutien des marchés » et de « contenir le pétrole ».
Cette analyse prudente est partagée par d’autres. Warren Buffett lui-même a déclaré mardi que les actions n’étaient pas encore suffisamment attractives pour déclencher ses achats. Mark Malek résume ainsi l’ambiance générale : « Ce n’est pas un moment commercial ».
Du point de vue technique, Mark Newton, stratège chez Fundstrat, indique attendre une nouvelle phase de consolidation entre le 5 et le 9 avril pour envisager des achats, plutôt que de tenter de capter un rebond trop fugace. Il estime cependant que le marché a probablement entamé un processus de formation de creux.
Le calendrier économique à venir : l’inflation sous les projecteurs
La semaine prochaine s’annonce cruciale pour mesurer l’impact réel des tensions géopolitiques sur l’économie américaine. Les données sur l’inflation seront particulièrement surveillées, notamment l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) de mars, publié vendredi. Selon les estimations consensuelles de FactSet, l’IPC annuel devrait passer de 2,4 % à 3,1 %, marquant une accélération significative.
D’autres indicateurs viendront éclairer la santé de l’économie et les anticipations de la Réserve fédérale :
- Lundi 6 avril : Indice PMI des services (ISM) pour mars.
- Mardi 7 avril : Commandes de biens durables préliminaires (février) et crédit à la consommation (février).
- Mercredi 8 avril : Publication des procès-verbaux (Minutes) du comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed.
- Jeudi 9 avril : Révision du PIB du T4, données sur l’emploi (demandes d’allocations chômage) et l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), l’indice d’inflation préféré de la Fed.
- Vendredi 10 avril : IPC de mars (le point focal), données sur les salaires horaires et la semaine de travail moyenne, ainsi que l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan (version préliminaire d’avril).
Ces publications interviendront dans un environnement où les investisseurs tentent de distinguer le bruit géopolitique des fondamentaux économiques sous-jacents.
Conclusion : Entre espoir et realisme
Le rebond récent des marchés traduit un certain optimisme quant à une résolution prochaine de la crise géopolitique et à la nature temporaire des chocs inflationnistes. Cependant, la persistance d’une volatilité élevée, les mises en garde d’experts chevronnés et l’accumulation de données économiques sensibles suggèrent que la prudence reste de mise. La phase de liquidation pourrait toucher à sa fin, mais le chemin vers une stabilisation durable semble encore semé d’embûches. Les prochaines publications sur l’inflation et les minutes de la Fed seront déterminantes pour confirmer ou infirmer le scénario d’une normalisation rapide.
