samedi, avril 11, 2026
EuropeLes 0,1 % les plus riches cachent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité n’en possède

Les 0,1 % les plus riches cachent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité n’en possède






Paradis fiscaux : L’immense fortune cachée des ultra-riches dépasse la richesse des 4,1 milliards de personnes les plus pauvres


Un océan de richesses offshore hors de portée du fisc

Imaginez la totalité de l’économie britannique. Maintenant, doublez ce montant. C’est, selon l’ONG Oxfam, l’équivalent de la richesse privée non imposée et cachée dans les paradis fiscaux par les 0,1 % les plus riches de la planète. Une décennie après le scandale des Panama Papers, cette analyse choc souligne que l’élite mondiale continue d’utiliser un système financier international complexe pour placer des fortunes colossales hors de toute portée du contrôle public et de l’impôt.

Le chiffre est vertigineux : environ 3 550 milliards de dollars (près de 3 080 milliards d’euros) de richesses privées échappent encore à l’imposition dans des juridictions offshore. « Les ultra-riches séquestrent toujours des océans de richesses », analyse Christian Hallum, responsable des questions fiscales chez Oxfam, dans un entretien à Euronews. Il insiste : il ne s’agit pas seulement « d’ingénierie fiscale intelligente, mais de pouvoir et d’impunité ».

Une concentration extrême des actifs cachés

La répartition de ces actifs est encore plus révélatrice des inégalités mondiales. Oxfam estime que les 0,1 % les plus riches détiennent environ 80 % de ces fonds offshore non imposés, soit un montant astronomique de 2 840 milliards de dollars (2 470 milliards d’euros). Au sein de ce groupe restreint, une fraction infime – les 0,01 % les plus riches – contrôle à elle seule 1 770 milliards de dollars (1 530 milliards d’euros).

Pour mettre ces chiffres en perspective, la totalité de la richesse financière offshore (imposée ou non) a atteint environ 13 250 milliards de dollars en 2023, soit 12,48 % du PIB mondial. La part non imposée semble, elle, s’être stabilisée autour de 3,2 % de ce total.

Comment un tel système perdure-t-il ?

La robustesse du modèle des paradis fiscaux s’explique, selon Christian Hallum, par les ressources considérables des concernés : « Les individus ultra-riches ont les moyens d’embaucher des gestionnaires de patrimoine et des comptables pour proposer des idées toujours plus fantaisistes sur la manière d’échapper à l’impôt. »

Oxfam pointe également du doigt les lacunes de la coopération fiscale internationale. Bien que 126 juridictions aient adhéré au standard commun de déclaration (CRS) de l’OCDE, de nombreux pays du Sud en sont exclus. L’exigence de « réciprocité » constitue un obstacle majeur : un pays en développement doit d’abord mettre en place des systèmes complexes pour identifier les bénéficiaires effectifs et transmettre des données avant de pouvoir recevoir des informations sur les avoirs offshore de ses propres citoyens.

L’exemple du Ghana est éloquent : signataire du CRS en 2014, il n’a commencé à recevoir des informations qu’en 2022, après avoir dépensé environ 1 million de dollars pour renforcer ses capacités administratives. Cette charge technique et financière empêche de nombreuses administrations, surtout celles à court de liquidités, d’accéder à des données cruciales pour récupérer des recettes fiscales perdues.

Les solutions proposées : transparence et impôt sur la fortune

Face à ce constat, Oxfam exhorte les dirigeants du G7, et notamment le gouvernement britannique, à introduire des impôts permanents et progressifs sur la fortune des ultra-riches. L’organisation argue que ces fonds sont essentiels pour lutter contre la pauvreté mondiale, financer la transition écologique et réparer les infrastructures publiques délabrées.

Interrogé sur l’efficacité d’un tel impôt lorsque les riches utilisent spécifiquement l’offshore pour éviter tout prélèvement, Christian Hallum nuance : « Un impôt sur la fortune ne résout pas le problème de l’offshore. Mais lorsque les 0,1 % les plus riches possèdent environ 80 % de toute la richesse non imposée à l’étranger, nous pensons que nos pertes dans les paradis fiscaux ne peuvent être séparées du problème des inégalités extrêmes. »

Pour l’experte, une double approche est nécessaire : accroître la transparence financière et s’attaquer aux inégalités extrêmes qui alimentent la demande pour les services des paradis fiscaux. Oxfam appelle ainsi à :

  • La création d’un registre mondial des actifs pour cartographier la propriété réelle dans toutes les juridictions.
  • L’ouverture de registres publics pour percer les sociétés écrans et les fiducies qui cachent des biens immobiliers et autres actifs.
  • Des investissements accrus dans les administrations fiscales des pays en développement.

« Ces mesures permettraient de construire l’infrastructure informationnelle nécessaire pour rendre structurellement plus difficile l’évasion fiscale », conclut Hallum.

Le contexte européen : la Grèce en première ligne

L’analyse d’Oxfam offre une vision mondiale. L’Atlas du monde offshore, une initiative conjointe de l’Observatoire fiscal de l’UE et du Centre norvégien

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