L’Inde réduit les taxes sur les carburants pour amortir le choc pétrolier
Des files d’attente se sont formées début 2026 dans une station-service de Guwahati, en Inde, illustrant la pression exercée par les prix des carburants sur les consommateurs. Face à la flambée des cours mondiaux du pétrole, le gouvernement indien a annoncé jeudi 26 mars une réduction significative des droits d’accise sur l’essence et le diesel destinés au marché intérieur. Cette décision, qualifiée de « coup dur » pour les recettes fiscales par le ministre du Pétrole et du Gaz naturel Hardeep Singh Puri, vise à protéger les ménages et les entreprises d’une hausse immédiate des prix à la pompe.
Une mesure défensive face à la volatilité des marchés
Le déclencheur de cette politique est la brutale appréciation du prix du brut. « Les prix internationaux ont explosé le mois dernier, passant d’environ 70 dollars le baril à quelque 122 dollars », a précisé M. Puri dans une publication sur le réseau social X. Cette envolée, liée aux turbulences géopolitiques et aux craintes de perturbation des approvisionnements, notamment via le détroit d’Ormuz, met à l’épreuve la troisième économie importatrice de pétrole au monde.
Concrètement, le gouvernement central a ramené les droits d’accise sur l’essence de 13 à 3 roupies par litre, et ceux sur le diesel de 10 à 0 roupie par litre. Pour compenser partiellement le manque à gagner et décourager les exportations, des taxes à l’exportation ont été instaurées ou relevées : 21,5 roupies par litre pour le diesel et 29,5 roupies par litre pour le carburéacteur. La ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a justifié cette mesure par la nécessité de « garantir une disponibilité adéquate de ces produits pour la consommation intérieure » et de « protéger les consommateurs contre la hausse des prix ».
Le dilemme budgétaire et inflationniste
Cette intervention gouvernementale illustre le dilemme classique auquel est confrontée New Delhi. En absorbant le coût de la hausse internationale, l’État évite une inflation supplémentaire qui pourrait freiner la demande intérieure et la croissance. Toutefois, cette décision creuse le déficit budgétaire, un indicateur suivi de près par les marchés financiers et les agences de notation. Les compagnies pétrolières publiques, qui vendaient auparavant à perte, voient leurs pertes par litre réduites (d’environ 24 roupies pour l’essence et 30 pour le diesel), mais le fardeau financier se reporte en partie sur les finances de l’État.
Les premiers signes de ralentissement économique
L’impact du conflit au Moyen-Orient et de la cherté de l’énergie se fait déjà sentir sur l’activité économique. Selon l’indice des directeurs d’achats (PMI) flash de HSBC publié début avril, l’activité du secteur privé indien a ralenti en mars, atteignant son plus bas niveau depuis octobre 2022. Les entreprises interrogées ont explicitement cité « le conflit au Moyen-Orient, les conditions de marché instables et l’intensification des pressions inflationnistes » comme des facteurs de préoccupation majeurs. La hausse des coûts de production est désormais proche de son niveau le plus élevé en quatre ans.
Dans ce contexte, les économistes révisent leurs prévisions de croissance. HSBC estime que le PIB indien pourrait être ramené d’un taux potentiel de 7,2% à environ 6,5% pour l’exercice en cours, en raison de la combinaison d’une inflation tenace et d’une demande intérieure qui se modère. La politique de gel des prix des carburants, bien que populaire à court terme, ajoute une contrainte supplémentaire sur l’espace budgétaire disponible pour stimuler l’économie.
La séquence est donc claire : une crise externe sur les marchés pétroliers contraint le gouvernement à choisir entre stabilité des prix pour les citoyens et santé des finances publiques. La réduction des taxes sur les carburants est un pari sur la temporanéité de la flambée des prix, un pari qui se paie cash dans le budget de l’État et qui souligne la vulnérabilité structurelle de l’Inde aux vicissitudes du marché mondial de l’énergie.
