vendredi, juin 19, 2026
Asie-PacifiqueL’examen de l’AEUMC sera un test de politique en Chine (et en Asie) pour le Mexique

L’examen de l’AEUMC sera un test de politique en Chine (et en Asie) pour le Mexique

Contexte de la révision de l’AEUMC en 2026

L’accord États‑Unis‑Mexique‑Canada (AEUMC), entré en vigueur le 1er juillet 2020, doit faire l’objet d’un premier examen conjoint à compter du 1er juillet 2026, date qui coïncide avec le sixième anniversaire de sa mise en application. Cet examen permettra aux trois gouvernements de décider si l’accord sera prolongé de seize années supplémentaires ou s’il sera soumis à une série d’évaluations annuelles pouvant conduire à son expiration en 2036.

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a indiqué devant le Congrès en décembre 2025 qu’une simple prolongation « ne servirait pas l’intérêt national » et a plaidé pour un ajustement structurel avant toute extension.

Pourquoi la Chine est au centre des débats

Bien que l’AEUMC porte officiellement sur les règles d’origine et l’application des normes du travail, Washington a transformé l’accord en un levier pour limiter l’accès du marché américain aux produits chinois transitant par le Mexique. La préoccupation principale des États‑Unis est que des entreprises chinoises utilisent le Mexique comme plateforme d’assemblage afin de bénéficier du traitement tarifaire préférentiel de l’AEUMC sans payer de droits d’importation sur les composants originaires de Chine.

Lors de son audition de confirmation, Greer a résumé cette crainte en déclarant qu’une entreprise pourrait « construire une usine au Mexique, l’assembler avec des pièces provenant de la Chine et expédier le produit fini vers le nord sans droits de douane ».

Réponse du Mexique aux pressions américaines

Face à la pression de Washington, le gouvernement mexicain a adopté une série de mesures tarifaires visant à décourager les importations en provenance de pays sans accord commercial avec le Mexique, notamment la Chine.

  • En septembre 2025, la présidente Claudia Sheinbaum a proposé d’augmenter les droits de douane sur les importations provenant de ces pays.
  • Le Congrès mexicain a adopté ces mesures en décembre 2025.
  • Le 1er janvier 2026, le Mexique a instauré des droits pouvant atteindre 50 % – le plafond autorisé par l’OMC – sur les automobiles, les pièces automobiles et l’acier originaires de Chine.
  • Cette hausse a touché environ 8,6 % du total des importations mexicaines.

Quelques mois auparavant, le Mexique avait également relevé la taxe sur les colis de faible valeur à 33,5 %, visant spécifiquement les plateformes de commerce électronique chinoises telles que Shein et Temu. Pékin a protesté et a demandé l’annulation de ces hausses.

Impact sur les flux commerciaux sino‑mexicains

Malgré ces mesures, la dépendance du Mexique aux intrants asiatiques demeure forte. Selon les données du Service des douanes mexicain (SAT) pour 2024 :

  • Les exportations chinoises vers le Mexique ont atteint près de 130 milliards de dollars, tandis que les exportations mexicaines vers la Chine s’élevaient à environ 10 milliards de dollars, créant un déficit commercial record.
  • Une grande partie de ces importations chinoises consiste en biens intermédiaires (composants électroniques, pièces métalliques, matières plastiques) qui sont ensuite transformés en produits finis destinés à l’exportation vers les États‑Unis.

Le déficit commercial reflète donc l’intégration du Mexique dans des chaînes d’approvisionnement asiatiques, notamment celles de la Corée du Sud, de Taïwan, du Japon et, de plus en plus, du Vietnam, de la Malaisie et de la Thaïlande.

Analyse des risques de transbordement

Les craintes américaines d’un « porte dérobée chinoise » sont toutefois nuancées par plusieurs études indépendantes.

Résultats de la Réserve fédérale américaine

Une étude publiée par la Réserve fédérale en juin 2025 a estimé que le transbordement direct de produits chinois via le Mexique ne représentait que environ 1 % de la croissance des exportations mexicaines vers les États‑Unis depuis la guerre tarifaire de 2018‑2019. La production chinoise réalisée sur le sol mexicain aurait contribué à hauteur d’environ 14 % de cette même croissance.

Observations du Brookings Institution

Le Brookings Institution a constaté que, en 2024, la valeur ajoutée d’origine nord‑américaine représentait près de 74 % des exportations manufacturières du Mexique vers les États‑Unis. Par ailleurs, les exportations chinoises vers le Mexique auraient légèrement diminué d’environ 1 % en 2025.

Ces chiffres suggèrent que, bien que la Chine joue un rôle non négligeable en tant que fournisseur de composants, l’impact direct du transbordement sur les flux commerciaux globaux reste limité.

Perception versus réalité à Washington

Le représentant Greer a toutefois reconnu que le Mexique avait absorbé environ un quart de la réduction du déficit commercial américain avec la Chine. Malgré ces données, la perception d’une porte dérobée demeure puissante dans les cercles décisionnels américains, ce qui crée un écart entre les preuves empiriques et l’orientation politique.

Perspectives pour la révision de l’AEUMC

Le défi pour le Mexique consiste à mettre en place des mécanismes crédibles qui répondent aux préoccupations de sécurité économique des États‑Unis sans compromettre les chaînes d’approvisionnement qui emploient une part significative de sa main‑d’œuvre.

Outils potentiels

  • Règles d’origine plus claires et vérifiables, incluant des seuils de contenu régional.
  • Systèmes de traçabilité des intrants permettant de suivre l’origine des composants utilisés dans la production.
  • Contrôle renforcé des investissements étrangers directs, notamment dans les secteurs sensibles tels que l’automobile et l’électronique.

La mise en œuvre de telles mesures pourrait apaiser les inquiétudes de Washington tout en préservant l’accès du Mexique aux fournisseurs asiatiques non chinois, essentiels à sa compétitivité.

Le cas BYD

En juillet 2025, le géant chinois du véhicule électrique BYD a annoncé l’abandon de son projet d’usine au Mexique, citant des pressions géopolitiques comme motif principal. Ce retrait illustre comment les tensions sino‑américaines peuvent directement influencer les décisions d’investissement au Mexique, même avant que la révision de l’AEUMC ne soit officiellement entamée.

Conclusion : une épreuve d’équilibre pour le Mexique

La révision conjointe de l’AEUMC de juillet 2026 sera un test décisif pour déterminer si l’Amérique du Nord peut renforcer sa résilience tout en restant ouverte aux chaînes d’approvisionnement transpacifiques. Le Mexique, situé à l’intersection de l’accord nord‑américain et de son intégration industrielle au Pacifique, devra démontrer qu’il est possible de concilier discipline commerciale régionale et ouverture envers des partenaires asiatiques variés.

Si le pays parvient à obtenir une prolongation de l’accord tout en préservant ses liens avec le Japon, la Corée du Sud, le Vietnam

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