samedi, mai 9, 2026
ChineLes exportations chinoises de véhicules électriques augmentent dans un contexte de crise pétrolière, posant un dilemme aux pays importateurs

Les exportations chinoises de véhicules électriques augmentent dans un contexte de crise pétrolière, posant un dilemme aux pays importateurs

Les exportations chinoises de véhicules électriques en plein essor malgré les tensions géopolitiques

La Chine continue d’afficher une croissance soutenue de ses exportations de véhicules électriques, couvrant les catégories des véhicules à batterie (BEV), des hybrides rechargeables (PHEV) et des hybrides classiques (HEV). Selon les données publiées par l’Association chinoise des constructeurs automobiles (CAAM) pour l’année 2025, les BEV ont atteint environ 1,2 million d’unités exportées, soit une hausse de 45 % par rapport à 2024. Les PHEV ont représenté près de 300 000 unités (+38 % en glissement annuel) et les HEV autour de 150 000 unités (+32 %). Les premiers chiffres de 2026, couvrant janvier à mars, indiquent une poursuite de cette dynamique avec une augmentation supplémentaire de l’ordre de 20 % pour les BEV comparée à la même période de l’année précédente.

Une croissance record des exportations en 2025 et début 2026

Cette expansion s’explique notamment par la persistance d’un choc pétrolier lié aux tensions en Iran, qui maintient les prix du brut à des niveaux élevés et incite de nombreux pays à accélérer leur transition vers l’électromobilité. Les gouvernements confrontés à la menace d’une pénurie de carburant voient dans les importations de véhicules électriques chinois une solution immédiate pour réduire leur dépendance aux hydrocarbures tout en répondant aux objectifs de décarbonation.

Par ailleurs, la demande mondiale pour des véhicules « connectés » – c’est‑à‑dire équipés de systèmes télématiques et d’accès à Internet – a également stimulé les ventes chinoises. Ces véhicules offrent des fonctionnalités avancées telles que la mise à jour logicielle à distance, la navigation en temps réel et la gestion de flotte, ce qui les rend attractifs pour les opérateurs de transport public et les entreprises de logistique.

Investissements étrangers des constructeurs chinois

Les constructeurs ne se limitent pas à exporter leurs produits ; ils établissent également une présence industrielle à l’étranger. Le groupe Rhodium a estimé que, en 2024, les entreprises chinoises spécialisées dans les véhicules à zéro émission ont investi environ 16 milliards de dollars à l’international, majoritairement dans la construction d’usines de batteries. Cet investissement dépasse celui réalisé sur le territoire national durant la même période.

Des usines de production sont déjà opérationnelles au Brésil et en Thaïlande, tandis que de nouveaux projets sont annoncés en Turquie et en Indonésie. Sur le marché nord‑américain, Geely poursuit ses démarches pour pénétrer les États‑unis malgré les barrières tarifaires existantes. Au Canada, un accord bilatéral signé en 2025 prévoit l’importation de 49 000 véhicules électriques chinois soumis à un taux tarifaire de 6,1 %, facilitant ainsi l’accès au marché canadien.

Risques cyber liés aux véhicules connectés

L’attrait des véhicules électriques chinois s’accompagne toutefois de préoccupations en matière de cybersécurité. Les véhicules connectés intègrent des logiciels pouvant contenir des vulnérabilités latentes, exploitable par des acteurs étatiques ou criminels. La législation chinoise sur le renseignement oblige les entreprises et les citoyens à coopérer avec les services de renseignements nationaux, ce qui alimente la crainte que ces plateformes puissent être utilisées comme levier de pression géopolitique.

Des cas concrets ont déjà été signalés : en 2024, les autorités norvégiennes et danoises ont découvert que des autobus fabriqués par Yutong comportaient une porte dérobée permettant la désactivation à distance des véhicules. Bien que aucun incident majeur n’ait été rapporté à ce jour, cet exemple illustre la possibilité d’une utilisation stratégique de ces failles dans un contexte de crise.

Recommandations pour les démocraties

Face à ces enjeux, les démocraties doivent adopter une approche équilibrée qui préserve à la fois leur sécurité énergétique et leur résilience industrielle.

  • Limiter l’exposition des flottes sensibles : interdire ou restreindre l’utilisation de véhicules connectés chinois dans les flottes gouvernementales, les infrastructures militaires et les sites critiques.
  • Renforcer les capacités domestiques : soutenir la recherche et le développement de semi‑conducteurs avancés et d’intelligence artificielle afin de réduire la dépendance aux composants étrangers et de renforcer la cybersécurité des véhicules nationaux.
  • Mettre en place des normes de sécurité communes : élaborer, avec des partenaires internationaux, des standards exigeants en matière de vérification du code source, de tests d’intrusion et de gestion des mises à jour logicielles.
  • Diversifier les sources d’approvisionnement : encourager les investissements dans la production de batteries et de véhicules électriques auprès d’alliés fiables, tout en maintenant un dialogue ouvert avec la Chine sur les questions de transparence et de responsabilité.

Ces mesures permettent de tirer parti des avantages économiques et environnementaux des importations chinoises tout en atténuant les risques à long terme liés à la cybersécurité et à la concentration de la chaîne d’approvisionnement.

Conclusion

Le choc pétrolier actuel, amplifié par les tensions géopolitiques en Iran, pourrait accélérer l’adoption mondiale des véhicules électriques chinois, présentant aux démocraties un dilemme entre secours à court terme et préservation de leurs capacités industrielles et de leur sécurité numérique. En adoptant une stratégie proactive – combinant des défenses ciblées, un renforcement de l’innovation nationale et des coopérations multilatérales – les pays peuvent bénéficier des avantages de l’électromobilité sans sacrifier leur autonomie stratégique.

Joseph Webster est chercheur principal au Global Energy Center de l’Atlantic Council et rédacteur en chef du rapport indépendant Chine‑Russie. Tony Jing est étudiant de premier cycle à l’Université du Wisconsin‑Madison et contributeur au même rapport. Les opinions exprimées dans cet article reflètent leurs points de vue personnels.

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