Les réformes économiques éthiopiennes attirent les investisseurs zimbabwéens
Addis‑Abeba – Alors que l’Éthiopie poursuit son ambitieux programme de transformation structurelle, les opérateurs économiques du Zimbabwe manifestent un intérêt croissant pour le marché éthiopien. Selon l’ambassadeur d’Éthiopie au Zimbabwe, en Zambie et à Maurice, Rashid Mohammed, les réformes en cours, combinées à un environnement des affaires de plus en plus attractif, ouvrent de nouvelles perspectives de coopération bilatérale.
Un climat des affaires en pleine transformation
Depuis le lancement du Growth and Transformation Plan (GTP II), l’Éthiopie a enregistré une croissance moyenne du PIB de 6,1 % par an entre 2015 et 2022, selon les données de la Banque mondiale [1]. Cette dynamique s’accompagne d’une amélioration notable du climat d’investissement :
- Le classement « Ease of Doing Business » de la Banque mondiale a placé l’Éthiopie au 159e rang en 2020, soit une progression de 12 places par rapport à 2018 [2].
- La nouvelle proclamation sur l’investissement (Proclamation No. 1180/2020) offre des exonérations fiscales pouvant atteindre cinq ans pour les projets dans les secteurs prioritaires tels que l’industrie manufacturière, l’agro‑alimentaire et les énergies renouvelables.
- Le développement des parcs industriels (Bole Lemi, Hawassa, Mekelle) a déjà attiré plus de 2,2 milliards USD d’IDE cumulés d’ici fin 2023, selon l’Éthiopian Investment Commission [3].
Ces mesures, conjuguées à la stabilisation macro‑économique et à la réduction progressive du déficit budgétaire, renforcent la confiance des investisseurs étrangers, y compris ceux du Zimbabwe.
Coopération bilatérale renforcée
Lors d’un entretien exclusif avec l’Éthiopian News Agency (ENA), l’ambassadeur Rashid Mohammed a souligné que les deux pays travaillent « en étroite collaboration pour approfondir la coopération dans des secteurs clés ». Il a cité notamment :
- l’agriculture, avec des projets de transfert de technologie semencière et d’irrigation goutte‑à‑goutte ;
- l’industrie manufacturière, où les entreprises éthiopiennes du cuir ont présenté leurs produits lors de la Foire internationale du Zimbabwe en mai 2024 ;
- les mines, notamment l’exploration conjointe de gisements de lithium et de platine ;
- le tourisme, favorisé par la facilitation des visas et la promotion conjointe des sites du patrimoine mondial ;
- la technologie et les services financiers, avec des partenariats entre fintechs éthiopiennes et zimbabwéennes.
Le soutien logistique d’Ethiopian Airlines joue également un rôle déterminant : la compagnie assure actuellement 23 vols hebdomadaires vers Harare, Bulawayo et les chutes Victoria, selon son rapport annuel 2023 [4]. Cette fréquence facilite les déplacements d’affaires et le transport de marchandises périssables, un atout majeur pour les échanges commerciaux.
L’héritage historique de solidarité panafricaine
Au-delà des aspects économiques, l’ambassadeur a rappelé que les relations Éthiopie‑Zimbabwe s’enracinent dans une histoire de solidarité panafricaine. Pendant la lutte de libération du Zimbabwe contre le régime colonial britannique (années 1960‑1980), l’Éthiopie a fourni une aide financière et une formation militaire aux combattants de la liberté, un geste reconnu comme « un exemple remarquable de solidarité africaine » par Rashid Mohammed.
Après l’indépendance du Zimbabwe en 1980, les deux nations ont officialisé leurs liens diplomatiques par l’ouverture d’ambassades à Harare et à Addis‑Abeba, puis ont renforcé leur coopération au sein de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), aujourd’hui devenue l’Union africaine.
Intégration régionale via le COMESA et la ZLECAf
L’Éthiopie, membre actif du Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA), bénéficie d’un cadre réglementaire harmonisé qui facilite les échanges transfrontaliers. L’ambassadeur a précisé que le COMESA a pris en charge les frais de déplacement et de service des producteurs éthiopiens ayant participé à la Foire commerciale internationale du Zimbabwe en 2024, démontrant l’engagement de l’organisation à soutenir les PME régionales.
Par ailleurs, l’Éthiopie occupe désormais un siège de représentation à la Cour de justice du COMESA, assurant ainsi une voix juridique dans le règlement des différends commerciaux.
L’adhésion de l’Éthiopie à la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf) renforce encore cet effet. Selon les projections de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), la ZLECAf pourrait augmenter le PIB intra‑africain de 15 % d’ici 2035, créant un marché de plus de 3 000 milliards USD auquel les entreprises zimbabwéennes pourront accéder plus facilement grâce aux corridors logistiques éthiopiens
