samedi, avril 11, 2026
Asie-PacifiqueLa guerre en Iran menace une nouvelle crise économique au Laos

La guerre en Iran menace une nouvelle crise économique au Laos






Inflation au Laos : la flambée des prix du carburant ravive la crise économique


Une inflation qui dépasse les seuils critiques

Le Laos voit l’inflation repartir à la hausse de manière brutale, atteignant un niveau qui menace la stabilité économique du pays. Selon les données publiées par le Bureau lao des statistiques et relayées par le Laotian Times le 28 mars 2024, l’inflation globale a grimpé à 9,7 % en mars, après 6,2 % en février et 5,1 % en janvier. Cette accélération est si marquée que la moyenne trimestrielle a désormais franchi le plafond annuel de 5 % fixé par le Parti révolutionnaire populaire lao (PRPL) lors de son 12e Congrès national en janvier 2024.

Le carburant, moteur principal de la flambée des prix

L’analyse détaillée des paniers de consommation révèle l’ampleur du choc. La catégorie la plus touchée est celle des biens et services (+39,8 % en mars), un indicateur qui reflète directement les coûts de transport et des services divers. Le coût des transports et communications a bondi de 18,1 %, tandis que les dépenses liées au logement, à l’eau, à l’électricité et au combustible de cuisine ont augmenté de 17,2 %.

Cette dynamique est directement attribuée par l’agence de presse officielle Lao à « l’instabilité au Moyen-Orient ». Les perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, ont entraîné une hausse des coûts de l’énergie qui s’est répercutée en cascade sur l’ensemble de l’économie laotienne.

Une dépendance vitulaire au carburant importé

Le cas laotien illustre de façon criante la vulnérabilité des pays importateurs nets d’énergie. Bien que n’important pas directement du pétrole du Moyen-Orient, le Laos dépend à 97 % de la Thaïlande pour ses approvisionnements en essence et en diesel. Cette dépendance a été exposée à deux reprises en quelques mois.

  • Début 2024 : Suite aux tensions géopolitiques, la Thaïlande a d’abord annoncé la suspension de ses exportations de carburant pour préserver ses propres stocks. Si le Laos a initialement été épargné par cette mesure, une interdiction de fait a frappé le pays à la mi-décembre 2023 pendant les combats frontaliers thaïlando-cambodgiens, par crainte de détournements.
  • Fin février 2024 : L’interdiction thaïlandaise a été levée le 28 février, jour même du début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, plongeant immédiatement le marché laotien dans la tourmente.

Les conséquences sur le terrain ont été sévères. Le prix du diesel a plus que doublé, passant de 19 970 kips (environ 0,91 $) le litre le 26 février à 44 340 kips le 28 mars. À la mi-mars, plus de 40 % des 2 538 stations-service du pays étaient fermées, et des files d’attente interminables se formaient dans la capitale, Vientiane.

Les réponses du gouvernement : achat d’urgence et mesures d’économie

Face à cette crise aiguë, le gouvernement laotien a activé plusieurs canaux :

  • Achat de carburant : Il a acquis 50 millions de litres auprès de son allié vietnamien et 14 millions de litres de diesel via une source non divulguée.
  • Allègement fiscal : Réduction de la taxe d’accise sur l’essence (de 25 % à 15 %) et suppression de celle sur le diesel (de 10 % à 0 %).
  • Rationnement administratif : Le bureau du Premier ministre a ordonné aux ministères de réduire leur consommation via la rotation du personnel, la généralisation des réunions à distance et la limitation des déplacements non essentiels.

Le spectre de la crise de 2022 : un avertissement pour l’Asie

Cette situation n’est pas une première pour le Laos. Le pays peine encore à se remettre de la crise économique déclenchée début 2022, une combinaison toxique de :

  • La hausse des prix du pétrole après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
  • Une dépréciation massive du kip, passé d’environ 9 000 pour un dollar américain en 2020 à plus de 21 000 en 2023.
  • Une dette extérieure libellée en dollars qui a fait exploser le coût de son service, passé de 1,2 milliard de dollars en 2020 à 1,7 milliard en 2023.

Cette spirale avait alors asphyxié les importateurs d’État de carburant, conduisant à des pénuries généralisées qui ont menacé la sécurité alimentaire (manque de diesel pour les agriculteurs) et paralysé la vie urbaine.

Un pays parmi les plus vulnérables d’Asie

Malgré une stabilisation relative depuis, le Laos reste un cas d’école de la vulnérabilité. Son économie fragile, sa dette écrasante et sa dépendance extrême aux importations d’énergie en font l’une des économies les plus exposées aux chocs pétroliers et géopolitiques. Comme le souligne le Laotian Times, le pays a souvent été absent des discussions sur les répercussions régionales du conflit au Moyen-Orient, alors qu’il en subit directement les conséquences.

Si la guerre en Iran devait se prolonger, le scénario de 2022 pourrait se reproduire, voire s’aggraver. La crise laotienne actuelle n’est pas seulement une histoire nationale ; elle sert d’avertissement préco

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