samedi, mai 9, 2026
AfriqueKenya : Explication - Pourquoi le carburant est si cher au Kenya - et où va votre argent

Kenya : Explication – Pourquoi le carburant est si cher au Kenya – et où va votre argent

Les prix du carburant au Kenya en avril 2026 : une hausse qui relance le débat fiscal

En mi‑avril 2026, le prix de l’essence au Kenya a dépassé les 197 KSh le litre, provoquant une vague de réactions parmi les usagers et les responsables politiques. Cette augmentation intervient dans un contexte où le gouvernement alterne entre hausses de taxes, réductions de la TVA et mesures de subvention ciblées, laissant de nombreux consommateurs se demander quels sont réellement les éléments qui composent le prix à la pompe.

Comment sont fixés les prix à la pompe ?

Le régulateur de l’énergie et du pétrole (EPRA) établit chaque mois, le 15, un prix de détail maximal qui s’applique uniformément à l’échelle nationale. Ce prix résulte de l’addition de cinq composantes principales :

  • Le coût au débarquement, qui intègre le prix d’achat international du carburant, le taux de change dollar/shilling, les frais de manutention portuaire, le stockage, le transport intérieur et les coûts de financement.
  • Les taxes et prélèvements gouvernementaux, prélevés directement sur chaque litre vendu.
  • La logistique entre le port de Mombasa et les stations‑service.
  • Les marges des négociants pétroliers, plafonnées par l’EPRA en fonction du coût estimé d’exploitation d’une station‑service standard.
  • L’ajustement pour stabilisation des prix (PDL), un mécanisme pouvant soit ajouter, soit soustraire un montant afin d’atténuer les variations brutales du coût d’importation.

Selon l’addendum de l’EPRA publié le 16 avril 2026, le prix final à la pompe pour l’essence s’établit à 197,60 KSh/l, contre 196,63 KSh/l pour le diesel et 152,78 KSh/l pour le kérosène.

Taxes et prélèvements : ce que représentent réellement les prélèvements

Dans la terminologie kenyane, les taxes sont des paiements obligatoires destinés au budget général de l’État, tandis que les prélèvements sont également obligatoires mais affectés à des services ou des fonds spécifiques (par exemple, l’entretien des routes ou la stabilisation des prix). Le Fonds monétaire international souligne toutefois qu’un prélèvement peut devenir de facto une taxe lorsqu’il n’est plus clairement lié au service qu’il prétend financer.

Pour chaque litre d’essence vendu en avril 2026, la charge fiscale totale s’élève à 72,38 KSh, soit 36,6 % du prix à la pompe. Le diesel supporte 62,91 KSh (32 %) et le kérosène 49,34 KSh (32,3 %). Ces valeurs sont nettement inférieures au « 50 % » souvent avancé dans le débat public.

Les deux taxes principales sont :

  • Le droit d’accise à 21,95 KSh/l pour l’essence et 11,37 KSh/l pour le diesel, affecté au budget national pour le service de la dette et les services publics.
  • La taxe sur la valeur ajoutée (TVA), fixée à 8 % en avril 2026 (soit 17,81 KSh/l pour l’essence et 17,85 KSh/l pour le diesel), après avoir été réduite de moitié durant trois mois pour atténuer l’impact de la flambée des prix.

En outre, sept prélèvements s’appliquent à chaque litre, parmi lesquels la taxe d’entretien routier, le prélèvement pour le développement pétrolier (PDL) et plusieurs fonds sectoriels.

L’évolution récente de la fiscalité pétrolière

La structure fiscale des carburants a connu plusieurs variations au cours des dernières années, souvent en réaction à des pressions budgétaires ou à des mouvements de protestation.

  • En septembre 2018, le gouvernement a introduit une TVA de 16 % sur les produits pétroliers, puis l’a réduite à 8 % quelques mois après des manifestations publiques. Ce taux est resté stable jusqu’en 2023.
  • La loi de finances 2023 a rétabli la TVA à 16 %, avant qu’une mesure d’urgence en avril

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