Le budget de l’IEBC en hausse pour préparer les élections de 2027
Lors de son audition devant la commission de la justice et des affaires juridiques (JLAC) en mai 2026, la Commission électorale indépendante et de délimitation des frontières (IEBC) du Kenya a présenté une révision à la hausse de son budget prévisionnel pour l’exercice 2026/2027. Le montant demandé passe de 61,7 milliards de shillings à 74,8 milliards de shillings, soit une augmentation de plus de 13 milliards de shillings.
Cette hausse s’explique principalement par trois axes de travail : l’élargissement du réseau de bureaux de vote, le renforcement de l’inscription des électeurs et la modernisation du matériel technologique électoral.
Augmentation du nombre de bureaux de vote et prévision de l’électorat
Selon la commissaire Anne Nderitu, l’IEBC prévoit de porter le nombre de bureaux de vote de 46 000 (utilisés lors des élections générales de 2022) à près de 55 000 d’ici 2027. Cette évolution vise à maintenir un ratio d’environ 500 électeurs par bureau, contre 480 en 2022.
Le nombre d’électeurs inscrits devrait quant à lui passer de 22,1 millions en 2022 à environ 28,5 millions pour le scrutin de 2027, soit une hausse de près de 29 %. Cette projection s’appuie sur les tendances démographiques observées par le Bureau national des statistiques du Kenya et sur les résultats des opérations d’inscription récentes.
Opérations d’inscription renforcée des électeurs
Entre septembre 2025 et avril 2026, l’IEBC a mené deux phases d’inscription continue :
- Le routine Continuous Voter Registration (CVR) a permis d’enregistrer 267 249 nouveaux électeurs.
- La phase I de l’Enhanced Continuous Voter Registration (ECVR), réalisée entre le 30 mars et le 28 avril 2026, a ajouté 2 345 476 électeurs.
Au total, 2,6 millions de nouveaux électeurs ont été intégrés aux listes électorales grâce à ces campagnes, a indiqué la commissaire Nderitu devant la JLAC.
Vote de la diaspora : besoins d’expansion
Le Kenya compte actuellement environ 1,4 million de ressortissants vivant à l’étranger, dont plus de 700 000 sont inscrits auprès des missions diplomatiques kenyanes. Toutefois, le vote de la diaspora reste limité à 12 pays et se restreint généralement aux locaux des ambassades.
Anne Nderitu a expliqué que la commission souhaite obtenir une révision législative afin d’ouvrir des bureaux de vote supplémentaires hors des ambassades, notamment dans les États‑Unis, le Royaume‑Uni, le Canada, l’Afrique du Sud et les pays de la Communauté d’Afrique de l’Est.
« Au Royaume‑Uni, par exemple, nous n’avons qu’un seul bureau de vote à Londres, ce qui oblige certains Kenyans à parcourir de longues distances juste pour voter », a-t-elle déclaré aux députés.
Modernisation du matériel électoral (KIEMS)
L’IEBC possède plus de 41 000 kits du Système intégré de gestion électorale du Kenya (KIEMS). Bien que la plupart demeurent fonctionnels, leur âge moyen dépasse dix ans, ce qui soulève des préoccupations quant à leur fiabilité lors d’un scrutin national.
Le commissaire Francis Aduol a mis en garde : « Nous parlons de 41 000 vieux kits KIEMS. Toute panne d’un seul kit le jour du scrutin deviendrait un problème sérieux ».
Pour réduire les risques d’incompatibilité entre anciens et nouveaux appareils, la commission propose l’acquisition d’un tout nouveau système technologique intégré, capable de soutenir plusieurs cycles électoraux futurs. Le calendrier d’approvisionnement est jugé serré ; idéalement, le matériel devrait être acquis, testé et simulé au moins soixante jours avant le vote de 2027, a souligné la vice‑présidente Fahima Abdalla.
Financement, soutien des partenaires et défis de mise en œuvre
Les députés de la JLAC ont interrogé l’IEBC sur son taux d’absorption budgétaire et sur les factures en attente, faisant remarquer que l’agence semblait solliciter davantage de fonds malgré un niveau de dépenses relativement faible durant l’exercice en cours.
En réponse, la commission a expliqué que certains retards étaient liés à la dépendance à d’autres entités gouvernementales, notamment l’Autorité des TIC, qui effectue actuellement un audit des kits KIEMS existants.
Face à la diminution du soutien traditionnel des donateurs, l’IEBC indique qu’elle engage les agences des Nations Unies et divers partenaires de développement dans le cadre d’un accord de financement commun destiné à soutenir les préparatifs électoraux.
Les commissaires affirment que le budget proposé est indispensable pour garantir des élections crédibles, respecter les exigences constitutionnelles et assurer la préparation adéquate avant les élections générales de 2027.
Conclusion
La demande d’augmentation budgétaire de l’IEBC reflète une stratégie globale visant à adapter l’infrastructure électorale kenyanne à la croissance de l’électorat, à améliorer l’accès au vote pour la diaspora et à renouveler le matériel technologique devenu obsolète. La réussite de ces initiatives dépendra non seulement de l’obtention des fonds requis, mais aussi de la capacité de la commission à respecter les délais serrés d’acquisition et de test, tout en maintenant la transparence exigée par les organes de contrôle parlementaire.
