La chaleur extrême menace la croissance des grandes économies européennes
Un rapport récent d’Allianz Trade souligne que la hausse des températures pourrait devenir un frein majeur à la croissance dans les plus grandes économies du Vieux Continent. En cause : une baisse de la productivité du travail et une demande croissante de refroidissement, qui pèsent directement sur le PIB.
Projections de pertes de PIB d’ici 2030
Selon l’étude, si les températures continuent d’augmenter au rythme observé entre 2014 et 2024, les pertes cumulées de PIB pourraient atteindre 5 % à 7 % d’ici 2030 dans les pays les plus exposés. Les estimations chiffrées sont les suivantes :
- France : 240 milliards de dollars (≈ 209 milliards d’euros) de pertes potentielles sur les cinq prochaines années.
- Italie : 147 milliards de dollars (≈ 128 milliards d’euros).
- Allemagne : 131 milliards de dollars (≈ 114 milliards d’euros).
- Espagne : 120 milliards de dollars (≈ 104 milliards d’euros).
- Japon (pour comparaison) : jusqu’à 354 milliards de dollars (≈ 308 milliards d’euros).
Ces chiffres proviennent d’une modélisation qui suppose une augmentation constante de la chaleur extrême entre 2026 et 2030, culminant avec des conditions similaires à l’année la plus chaude jamais enregistrée dans chaque pays.
Mécanismes derrière la perte de productivité
Lorsque le mercure dépasse 30 °C, la productivité du travail chute d’environ 3 % pour chaque degré supplémentaire, tandis que la demande d’énergie augmente d’environ 1,2 % par degré (Allianz Trade, 2024). Cette double pression s’explique par trois facteurs principaux :
- Effort physique accru, particulièrement pénible pour les travailleurs en extérieur.
- Troubles cognitifs qui réduisent la concentration et la prise de décision.
- Qualité de sommeil détériorée, affectant la récupération quotidienne.
Les secteurs les plus vulnérables sont la construction, l’industrie manufacturière, la logistique et l’agriculture. À l’échelle mondiale, la part des heures de travail perdues à cause du stress thermique devrait passer de 1,4 % en 1995 à 2,2 % d’ici 2030, avec des pointes nettement plus élevées en Asie du Sud (5,3 %) et en Afrique de l’Ouest (4,8 %).
Impact sur les systèmes énergétiques
Au-delà de 30 °C, la demande d’électricité grimpe fortement, tandis que la capacité de production peut être mise à rude épreuve. En Europe, le mix énergétique repose encore largement sur la thermoélectricité : gaz (≈ 51 %), nucléaire (≈ 18 %) et charbon (≈ 17 %). Toutes ces filières dépendent de la disponibilité de l’eau et de l’efficacité du refroidissement.
Un exemple concret est la canicule de 2019 en France, où la production nucléaire a été réduite en raison de contraintes de refroidissement, entraînant un resserrement de l’offre et une hausse soudaine des prix de l’électricité.
Conséquences macroéconomiques et financières publiques
Le rapport d’Allianz Trade va au-delà de la simple perte de productivité. Il prévoit que :
- L’investissement privé subirait un coup plus dur que la consommation, avec une baisse moyenne de 8 % de la formation de capital fixe dans les pays touchés.
- Des pressions stagflationnistes pourraient émerger, combinant hausse de l’inflation et augmentation du chômage, compliquant la tâche des banques centrales.
- Les recettes fiscales diminueraient du fait de la baisse de la production économique, tandis que les dépenses publiques augmenteraient (prestations liées à l’inflation, soins de santé, réparations d’urgence).
En termes de déficit budgétaire, les pertes annuelles de recettes fiscales pourraient atteindre :
- France : 1,8 % du PIB.
- Italie et Espagne : 1,3 % du PIB chacune.
- Allemagne : 0,7 % du PIB.
Le solde budgétaire moyen se détériorerait d’environ 0,5 % du PIB par an. Selon Allianz Trade, l’Italie et l’Espagne risqueraient de dépasser le plafond de déficit de l’UE (3 % du PIB) une fois les effets de la chaleur pris en compte. La France, déjà prévue à un déficit de 4,9 % du PIB, pourrait voir ce chiffre grimper à près de 7,1 % si aucune mesure d’adaptation n’est mise en œuvre.
Dans quelle mesure l’Europe est‑elle préparée ?
Allianz Trade estime qu’aucune grande économie européenne n’est actuellement pleinement prête à affronter les conséquences économiques de la chaleur extrême.
Points forts et lacunes par pays
- Espagne : leader en matière de protection des travailleurs durant les vagues de chaleur (plans d’hydratation, ajustement des horaires).
- France : avancée en normes de construction résilientes à la chaleur (isolation renforcée, réglementation sur les toits réfléchissants).
- Allemagne et Italie : disposent de plans d’adaptation, mais le financement à long terme reste limité.
La plupart des États membres comptent sur des dépenses d’urgence après l’apparition d’une vague de chaleur, plutôt que sur des investissements préventifs soutenus. L’UE, via son programme Fit for 55, s’engage à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici 2030 et à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. Cette transition vise à diminuer la dépendance aux combustibles fossiles importés et à renforcer la résilience face aux risques climatiques.
Rôle des ménages et des politiques publiques
Les ménages européens détiennent près de 40 000 milliards d’euros d’actifs financiers, mais nombreux sont encore mal équipés pour affronter des étés plus chauds. Des incitations à améliorer l’isolation thermique, à installer des systèmes de refroidissement efficaces et à étendre la couverture d’assurance pourraient réduire l’impact de la chaleur extrême.
Cependant, les foyers à faible revenu sont souvent les plus vulnérables et peuvent ne pas se permettre ces améliorations sans soutien public. Le rapport insiste donc sur la nécessité d’un accompagnement gouvernemental ciblé afin d’éviter que les efforts d’adaptation n’aggravent les in
