Everlane vendue à Shein : le fondateur Michael Preysman lance un nouveau projet
Le 17 mai 2026, le média Fast Company a révélé que la start‑up de mode durable Everlane venait d’être rachetée par le détaillant chinois ultra‑rapide Shein. Cette annonce a provoqué une onde de choc dans l’industrie de l’habillement, d’autant plus que Michael Preysman, fondateur d’Everlane en 2011, a déclaré qu’il avait appris la nouvelle « en même temps que tout le monde » dans un post LinkedIn publié le même jour.
Le rachat surprise
Selon l’article de Fast Company, la transaction a été conclue après plusieurs mois de négociations discrètes. Shein, connu pour son modèle de « fast fashion » à très faible coût, a acquis la totalité du capital d’Everlane, mettant fin à une aventure qui avait commencé avec une promesse de transparence et de production responsable.
Dans son message LinkedIn, Preysman a expliqué :
« Je l’ai découvert en même temps que tout le monde. Je ne suis plus impliqué dans l’entreprise et, comme beaucoup, je digère encore la nouvelle. »
Cette déclaration témoigne d’une certaine distance émotionnelle, mais aussi d’une volonté de tourner la page.
Le parcours de Michael Preysman
Avant de créer Everlane, Michael Preysman travaillait dans le secteur de la finance. Après quelques années en banque d’investissement, il a décidé de lancer une marque de vêtements visant à éliminer les intermédiaires traditionnels. En 2011, Everlane a commencé à vendre directement en ligne, en affichant le coût réel de chaque produit et en révélant les usines partenaires.
Cette approche a contribué à populariser le modèle « direct‑to‑consumer » (DTC) qui a marqué les années 2010, aux côtés de marques telles que Away, Warby Parker, Allbirds et Glossier. Pour soutenir sa croissance, Everlane a levé des fonds auprès de plusieurs sociétés de capital‑risque, bien que le montant exact n’ait jamais été divulgué publiquement.
En 2016, la valorisation d’Everlane était estimée à 250 millions de dollars, même si la rentabilité restait incertaine. Les années suivantes ont vu l’entreprise intensifier ses engagements environnementaux : suppression du plastique vierge de la chaîne d’approvisionnement, publication détaillée des conditions d’usine et lancement de programmes de recyclage.
Malgré ces initiatives, la croissance d’Everlane a commencé à ralentir. Deux vagues de licenciements ont eu lieu, une pendant la pandémie de COVID‑19 et une autre en 2023. En 2020, L Catterton, la branche capital‑risque du conglomérat LVMH, a pris une participation majoritaire dans la société. Peu après, Preysman a quitté l’entreprise pour fonder Magna, une marque de compléments alimentaires lancée en 2024.
stillradical.com : une nouvelle approche sans capital‑risque
Après avoir « digéré » la nouvelle de l’acquisition par Shein, Michael Preysman a annoncé le lancement de stillradical.com, une nouvelle entreprise dont le site web se contente d’une page d’accueil minimale et d’une invitation à rejoindre une liste d’attente.
Le message présenté sur le site est le suivant :
« J’ai créé Everlane en 2011. La semaine dernière, l’équipe dirigeante actuelle l’a vendu à Shein. Nous recommençons donc. Mêmes principes, mais une nouvelle approche. Et cette fois : pas de capital‑risque, pas de capital‑investissement. »
Cette déclaration souligne une volonté délibérée de s’éloigner du modèle de financement traditionnel qui, selon Preysman, aurait pu compromettre l’indépendance et la vision originale de la marque. En optant pour un financement autonome ou basé sur les revenus précoces, il souhaite tester une voie où la durabilité et la transparence ne sont pas subordonnées aux exigences de rendement attendues par les investisseurs en capital‑risque.
À ce jour, peu d’informations concrètes ont été divulguées sur les produits, les prix ou le calendrier de lancement de stillradical.com. Toutefois, l’inscription à la liste d’attente permet aux intéressés de recevoir des mises à jour directement depuis l’équipe fondatrice.
Leçons tirées et perspectives d’avenir
Le passage d’Everlane à Shein soulève plusieurs questions importantes pour l’avenir de la mode responsable :
- Comment équilibrer croissance rapide et fidélité à des valeurs environnementales lorsqu’on dépend de capitaux externes ?
- Quel rôle peuvent jouer les fondateurs lorsqu’ils ne sont plus aux commandes opérationnelles d’une entreprise qu’ils ont créée ?
- Est‑il possible de construire une marque de mode durable sans recourir au modèle de capital‑risque qui a dominé la dernière décennie ?
En lançant stillradical.com, Michael Preysman montre qu’il souhaite expérimenter une réponse à ces interrogations. Son expérience chez Everlane — à la fois les succès en matière de transparence et les défis liés à la pression des investisseurs — constitue une base solide d’expertise et d’expérience pour guider cette nouvelle aventure.
Pour les observateurs du secteur, le projet mérite une attention particulière : il représente à la fois un témoignage de résilience entrepreneuriale et une tentative de réinventer le financement de la mode éthique. Seul le temps dira si cette approche « sans VC » pourra offrir une alternative viable et durable aux modèles qui ont prévalu jusqu’à présent.
