Les perspectives d’investissement en Afrique selon Richard Okello, co‑fondateur de Sango Capital
Lors d’une récente interview accordée à Comment nous avons réussi en Afrique, Richard Okello, co‑fondateur de la société de capital‑investissement Sango Capital, a détaillé les pays qu’il considère comme offrant le plus grand potentiel d’investissement sur le continent. Son analyse s’appuie à la fois sur son expérience de terrain et sur des données macroéconomiques provenant d’organisations reconnues telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
L’Égypte : un marché de 120 millions d’habitants en pleine ascension
Okello décrit l’Égypte comme « très intentionnelle à devenir un pays à revenu intermédiaire ». Avec une population d’environ 120 millions d’habitants (Banque mondiale, 2023), le pays offre un marché intérieur suffisamment vaste pour permettre aux entreprises d’atteindre une échelle significative sans devoir franchir de frontières.
Il souligne que les récents investissements à grande échelle, notamment dans les infrastructures énergétiques et le secteur des télécommunications, devraient permettre à l’Égypte de dépasser bientôt l’Afrique du Sud en tant que plus grande économie du continent. Selon les prévisions du FMI, la croissance du PIB égyptien pourrait atteindre 5,5 % en 2025, contre une moyenne régionale de 3,8 % pour l’Afrique subsaharienne.
Le Nigeria : réformes structurelles et prudence optimiste
Après une série de réformes, le Nigeria apparaît comme un cas d’étude intéressant. Okello mentionne deux mesures phares :
- la suppression d’une subvention sur le carburant qui coûtait auparavant plusieurs milliards de dollars par an au gouvernement ;
- la décision de laisser la monnaie locale, le naira, se dévaluer fortement afin de corriger les déséquilibres de change.
Ces actions, qualifiées de « mesures correctives indispensables », visent à réduire le déficit budgétaire et à améliorer l’attractivité du climat des affaires. Toutefois, l’investisseur reste prudent, rappelant que la mise en œuvre effective de ces réformes reste un défi majeur.
La Côte d’Ivoire : moteur de croissance porté par le cacao
En tant que premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire affiche une croissance annuelle moyenne de plus de 6 % sur la dernière décennie (Banque mondiale, 2024). Okello souligne que cette dynamique s’appuie non seulement sur l’agriculture, mais aussi sur un secteur des services en expansion et des investissements publics dans les infrastructures routières et portuaires.
Afrique du Sud vs Éthiopie : deux modèles contrastés
L’Afrique du Sud présente, selon Okello, un profil différent. Bien que le FMI ait récemment revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026 à seulement 1,0 % en raison des chocs géopolitiques au Moyen‑Orient, le pays conserve des atouts considérables :
- un secteur du capital‑investissement mature et bien réglementé ;
- des marchés financiers profonds et liquides ;
- la présence d’opérateurs d’entreprise expérimentés.
En comparaison, l’Éthiopie a enregistré une croissance annuelle proche de 8 % sur les dix dernières années, mais son secteur privé reste relativement superficiel, limitant les opportunités pour des acteurs comme Sango Capital qui recherchent des plateformes solides pour déployer du capital.
L’Afrique de l’Est : Kenya, Tanzanie et projets d’envergure
Okello voit également du potentiel au Kenya et en Tanzanie. Concernant la Tanzanie, il reconnaît certains défis politiques, mais estime que le gouvernement « fait beaucoup de grandes choses » et que le pays pourrait « surprendre à la hausse ». Il cite comme exemple le projet ferroviaire de 10 milliards de dollars destiné à relier le port de Dar es Salaam au lac Victoria, avec des extensions prévues vers le Rwanda, l’Ouganda et la République démocratique du Congo. Plusieurs tronçons sont déjà opérationnels, ce qui commence à transformer les flux de marchandises dans la région.
Le Maroc : attractivité tempérée par la hausse des valorisations
Bien qu’optimiste quant au Maroc, le co‑fondateur de Sango Capital met en garde contre la montée des valorisations d’actifs, notamment à l’approche de la co‑organisation de la Coupe du monde de football 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Il rappelle une règle fondamentale d’investissement : « Pour gagner de l’argent, il faut pouvoir acheter des choses au juste prix ». Selon lui, bien que des opportunités existent, elles deviennent de plus en plus difficiles à dénicher alors que les flux de capitaux locaux s’intensifient.
Synthèse et recommandations pour les investisseurs
L’interview de Richard Okello offre une vue d’ensemble nuancée des perspectives d’investissement en Afrique. Elle combine l’expérience d’un acteur de terrain avec des données macroéconomiques provenant de sources fiables telles que le FMI, la Banque mondiale et des rapports sectoriels spécialisés. Pour les investisseurs cherchant à diversifier leur portefeuille sur le continent, les points suivants ressortent :
- Égypte : fort potentiel de consommation intérieure grâce à une large base démographique et des réformes structurelles en cours.
- Nigeria : opportunités liées à la correction des distorsions macroéconomiques, mais nécessite un suivi rigoureux de la mise en œuvre des réformes.
- Côte d’Ivoire : croissance soutenue portée par le cacao et un secteur des services en expansion.
- Afrique du Sud : environnement financier mature, malgré des perspectives de croissance modestes.
- Éthiopie : forte croissance du PIB, mais secteur privé moins développé pour les investissements en capital‑investissement.
- Afrique de l’Est : projets d’infrastructure majeurs (notamment le ferroviaire tanzanien) pouvant redéfinir les chaînes logistiques régionales.
- Maroc : attractivité liée à des événements internationaux, mais vigilance requise face à la hausse des valorisations.
En intégrant ces éléments dans une stratégie d’allocation d’actifs, les investisseurs peuvent mieux saisir les opportunités tout en gérant les risques inhérents à chaque marché.
