Des écarts salariaux croissants au Bureau anti‑corruption de Papouasie‑Nouvelle‑Guinée provoquent des tensions internes
Le Bureau anti‑corruption (ACB) de Papouasie‑Nouvelle‑Guinée fait face à un malaise grandissant parmi son personnel après l’annonce d’une nouvelle structure salariale qui favorise nettement les cadres supérieurs. Selon des documents internes consultés par plusieurs sources, les augmentations varient de 16 % pour les agents de base à près de 46 % pour certains directeurs de département.
Une répartition inégale des hausses de salaire
Les données internes montrent que le directeur général (grade 1) a reçu une hausse de 18,5 %, tandis que son adjoint (grade 2) a bénéficié d’une augmentation de 33,8 %. Le pic se situe au grade 3, où les directeurs de département ont vu leur rémunération grimper de 45,9 %, la plus forte de toute l’échelle.
Cette révision a également entraîné la création de nouveaux postes de directeur adjoint, désormais rémunérés autour de 3,3 millions de kina par mois, ce qui a modifié la hiérarchie salariale de l’institution.
Réactions du personnel et impact sur le moral
De nombreux employés de rang inférieur estiment que leurs augmentations, plafonnées à environ 16 %, ne reflètent ni leur charge de travail ni l’augmentation du coût de la vie. Une source proche des changements a déclaré que cette restructuration a eu un «effet d’entraînement» sur l’ensemble du système de notation, poussant certains grades à être réévalués vers le haut.
«Lorsque les officiers subalternes perçoivent les ajustements comme favorisant de manière disproportionnée les hauts dirigeants, cela risque de créer de la démoralisation, du ressentiment et un sentiment d’exclusion», a expliqué Benedicto Kondowe, avocat en pratique privée, soulignant que de telles disparités pourraient miner la cohésion institutionnelle.
Le silence de l’institution alimente les suspicions
Le bureau des communications de l’ACB n’a pas répondu aux demandes de commentaire, malgré plusieurs appels, messages WhatsApp et courriels. Cette absence de réaction renforce la perception selon laquelle l’institution aurait du mal à justifier publiquement les écarts salariaux.
La porte‑parole Jacqueline Ngongonda est restée injoignable au moment de la publication, ce que plusieurs interprètent comme un signe de difficulté à communiquer sur une décision sensible.
Contexte national et avis d’experts
Au niveau national, le gouvernement a approuvé pour l’exercice 2026/27 des ajustements salariaux pour les fonctionnaires compris entre 10 % et 20 %. Les augmentations internes de l’ACB dépassent donc largement les tendances du secteur public.
Dans le même budget national de 10,9 milliards de kwachas, la masse salariale est passée de 1,631 à 1,923 milliard de kwachas, soit une hausse de 288 millions destinée à couvrir les coûts de personnel existants, les ajustements salariaux et le recrutement ciblé dans les secteurs prioritaires.
Chrispine Mphande, analyste en gouvernance à l’Université de Mzuzu, note que cette révision intervient alors que l’ACB fait déjà face à des critiques de sous‑financement, souvent cité comme une contrainte à son efficacité opérationnelle.
Conséquences potentielles pour l’intégrité publique
Des juristes spécialisés dans la gouvernance publique avertissent que, bien que la révision relève du pouvoir discrétionnaire de l’administration, elle soulève des questions sérieuses d’équité et de moral au sein d’une institution chargée de lutter contre la corruption.
Une perception d’injustice parmi le personnel de soutien et les officiers subalternes pourrait affaiblir le travail d’équipe, réduire la productivité et, ultimement, compromettre la capacité de l’ACB à remplir son mandat de protection de l’intégrité publique.
- Source : documents internes de l’ACB consultés par des journalistes d’investigation.
- Déclarations de Benedicto Kondowe, avocat en pratique privée.
- Analyse de Chrispine Mphande, Université de Mzuzu.
- Données budgétaires nationales 2026/27, ministère des Finances de Papouasie‑Nouvelle‑Guinée.
