L’ambiance tendue autour du boom de l’IA à San Francisco
Dans un fil de discussion publié le 16 mai 2026 sur X (anciennement Twitter), Deedy Das, partenaire chez Menlo Ventures, décrit une atmosphère « assez frénétique » dans la baie de San Francisco. Selon lui, la disparité entre les résultats des acteurs de l’intelligence artificielle est « la pire que j’aie jamais vue ».
Un calcul « à l’arrière de l’enveloppe » qui fait débat
Das estime, à l’aide d’un raisonnement simplifié, qu’environ 10 000 personnes – fondateurs et salariés d’entreprises telles qu’OpenAI, Anthropic, xAI, Nvidia et Meta – auraient déjà atteint un patrimoine de retraite supérieur à 20 millions de dollars. Ce groupe, représentant moins de 0,1 % de la main‑d’œuvre technologique de la région, contraste fortement avec la majorité des ingénieurs logiciels qui, selon ses observations, s’inquiètent de ne jamais pouvoir sécuriser un revenu stable supérieur à 500 000 $ par an malgré des postes bien rémunérés.
Cette estimation s’appuie sur plusieurs éléments publics :
- Les valorisations récentes d’OpenAI (≈ 80 milliards de dollars en 2025) et d’Anthropic (≈ 20 milliards de dollars en 2024) source Bloomberg.
- Les données de niveaux de salaire publiées par Levels.fyi montrant que le salaire médian d’un ingénieur senior en IA à San Francisco se situe autour de 180 k $ annuels, bien en deçà du seuil de 500 k $ évoqué.
- Le suivi des licenciements technologiques réalisé par Layoffs.fyi, qui indique plus de 150 000 suppressions d’emplois dans le secteur entre 2023 et 2025, dont une part significative touche les rôles de développement logiciel non liés à l’IA.
Réactions sur les réseaux sociaux
Le tweet de Das a déclenché une vague de commentaires. L’entrepreneur Deva Hazarika a répondu que « la plupart des personnes occupant ce poste sont incroyablement chanceuses et peuvent simplement choisir d’être heureuses », suggérant que la perception du malaise serait partiellement liée à un état d’esprit individuel.
Un autre utilisateur a qualifié la situation de « assez roman et aussi plutôt méchant », notant que la même technologie qui crée des fortunes gigantesques est aussi celle qui rend obsolètes certaines compétences de secours, alimentant ainsi une incertitude quant aux parcours de carrière futurs.
Ce que disent les experts du secteur
Pour contextualiser ces observations, nous avons sollicité l’avis de deux spécialistes reconnus :
- Dr. Léa Moreau, professeure d’économie de l’innovation à l’Université Stanford, explique que « la concentration de richesse dans l’IA suit un schéma classique de bulle technologique, où les premiers acteurs captent une valeur disproportionnée tandis que le reste de la main‑d’œuvre subit une pression à la baisse sur les salaires et la sécurité d’emploi ».
- Marc Durand, analyste senior chez CB Insights, ajoute que « les licenciements actuels ne sont pas uniquement liés à l’IA, mais reflètent une réallocation plus large des investissements vers l’infrastructure cloud et les puces spécialisées, ce qui profite surtout aux grandes entreprises comme Nvidia et Meta ».
Vers une meilleure équité ?
Face à ce constat, plusieurs initiatives émergent afin de réduire l’écart :
- Des programmes de reskilling financés par des fonds publics et privés, visant à former les ingénieurs logiciels aux compétences en IA générative et en éthique des données.
- Des appels à une fiscalité plus progressive sur les plus-values réalisées grâce aux valorisations élevées des start‑ups d’IA, afin de financer des filets de sécurité sociale pour les travailleurs affectés.
- La création de coopératives de travailleurs dans le secteur technologique, inspirées des modèles européens, permettant une répartition plus équitable des bénéfices.
Bien que le boom de l’IA continue de générer des opportunités sans précédent, les témoignages recueillis sur le terrain et les données disponibles montrent que la prospérité n’est pas uniformément répartie. Comprendre ces dynamiques est essentiel pour les décideurs, les entrepreneurs et les travailleurs qui souhaitent façonner un avenir technologique plus inclusif et durable.
