lundi, juin 1, 2026
ChineQu’ont accompli Trump et Xi ?

Qu’ont accompli Trump et Xi ?

Que ont réellement accompli Donald Trump et Xi Jinping lors de leur sommet de Pékin en mai 2026 ?

Le 13 et le 14 mai 2026, le président américain Donald Trump s’est rendu à Pékin pour rencontrer son homologue chinois Xi Jinping. Deux jours d’entretiens, de cérémonies et de rencontres avec des dirigeants d’entreprises ont donné lieu à peu d’annonces concrètes, selon les analystes du Atlantic Council qui ont suivi de près les échanges. Leurs observations permettent de mieux comprendre les points de friction et les zones de moindre tension entre les deux puissances.

La grande image selon les experts du Atlantic Council

Melanie Hart, directrice principale du Global China Hub de l’Atlantic Council et ancienne conseillère pour la Chine au Département d’État américain, souligne que l’approglobale de Trump a présenté les États‑Unis comme ayant désespérément besoin de la faveur de Pékin. Elle considère cela comme un « faux pas » qui signale aux responsables chinois qu’ils peuvent adopter une posture plus ferme. Selon Hart, la présence massive de chefs d’entreprise américains a donné l’impression que Washington était trop pressé de signer des accords non encore prêts, ce qui a dégagé une impression de désespoir que Pékin a exploité.

Matthew Kroenig, vice‑président et directeur principal du Scowcroft Center for Strategy and Security de l’Atlantic Council, voit autrement l’absence de percées majeures. Il estime que les seules avancées envisageables auraient été soit impossibles (amener la Chine à modifier son système économique pour corriger le déséquilibre commercial), soit indésirables (changer la politique américaine à l’égard de Taïwan). Pour lui, l’absence d’accord spectaculaire est donc une bonne nouvelle.

Taïwan : une corde raide prudente

Kroenig rappelle que Trump a maintenu un soutien fort à Taïwan durant ses deux mandats et n’a pas affaibli le langage déclaratif américain concernant le statut spécial de l’île. Lors du sommet, il a déclaré aux journalistes qu’il serait le seul à décider si Washington viendrait en aide à Taïwan en cas d’attaque, préservant ainsi l’ambiguïté stratégique traditionnelle.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a, dès le premier jour des réunions, publié un compte rendu d’un échange Trump‑Xi dans lequel Xi aurait exhorté son homologue à faire preuve de « plus grande prudence » sur la question de Taïwan, avertissant que le manque de prudence pourrait conduire à des affrontements voire à un conflit.

Hart ajoute que Pékin tente, par ces déclarations, de convaincre l’administration Trump de retarder ou d’annuler un projet de vente d’armes à Taïwan d’une valeur de quatorze milliards de dollars, actuellement en attente de signature à la Maison Blanche.

Semi‑conducteurs : des puces, pas de trempette

Kenton Thibaut, chercheur résident principal en Chine au laboratoire de recherche médico‑légale numérique de l’Atlantic Council, note que des informations non confirmées ont circulé selon lesquelles les États‑Unis auraient autorisé une dizaine d’entreprises technologiques chinoises à acheter les puces avancées H200 de NVIDIA. Ces rumeurs ont brièvement soutenu l’optimisme sur les marchés américains, d’autant que le PDG de NVIDIA, Jensen Huang, avait rejoint la délégation à Pékin.

Thibaut prévient toutefois que ces ventes pourraient ne pas se concrétiser, car Pékin poursuit activement le développement de ses propres puces nationales, même si elles sont actuellement moins performantes que leurs homologues américains. Les décideurs chinois semblent prêts à accepter un certain coût à court terme afin de réduire à long terme leur dépendance aux points d’étranglement américains en matière de technologie des puces.

Par ailleurs, aucune augmentation des contrôles américains sur les exportations de puces n’aurait été annoncée pendant le sommet. Thibaut explique que la tolérance de Pékin envers les restrictions existantes repose en partie sur l’espoir que Washington évitera des escalades soudaines qui pourraient gravement perturber les secteurs chinois de l’intelligence artificielle et des semi‑conducteurs.

Commerce : des attentes modestes

Josh Lipsky, vice‑président et président de l’économie internationale à l’Atlantic Council et ancien conseiller du Fonds monétaire international, indique que Trump a affirmé que le mot « tarif » n’avait pas été prononcé lors des discussions. Toutefois, les enquêtes américaines sur les pratiques commerciales déloyales de la Chine devraient aboutir à de nouveaux droits de douane cet été, ce qui explique probablement pourquoi Pékin n’a pas ressenti l’urgence de faire de nouvelles annonces majeures sur le suivi des accords d’achat de produits tels que le soja, le bœuf ou l’énergie.

Trump a néanmoins déclaré que la Chine avait accepté d’acheter deux cents avions Boeing. Si cette commande est confirmée par Pékin, elle représenterait la première commande officielle d’avions américains par une branche du gouvernement chinois depuis près d’une décennie. Lipsky précise toutefois que le marché anticipait une commande comprise entre trois cents et cinq cents appareils, de sorte que l’annonce reste en deçà des attentes.

L’excédent commercial record de la Chine avec le reste du monde continue d’alimenter ce que certains analystes appellent un « choc chinois 2.0 », caractérisé par l’afflux de véhicules électriques bon marché, de panneaux solaires et d’autres biens manufacturés. Selon Lipsky, les deux dirigeants semblent satisfaits de « grignoter les limites de la relation économique » plutôt que de chercher à la remodeler en profondeur.

Les prochaines rencontres sont déjà programmées : un nouveau sommet en septembre à Washington, en novembre à Shenzhen et en décembre lors du sommet du G20 à Miami. Ce calendrier coïncide avec la fin de la trêve commerciale négociée en Corée du Sud en octobre 2025, ce qui pourrait présager des discussions plus difficiles plus tard dans l’année.

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