lundi, juin 1, 2026
ChineMarine publiée dans le Bulletin of the Atomic Scientists sur le contrôle trilatéral des armements

Marine publiée dans le Bulletin of the Atomic Scientists sur le contrôle trilatéral des armements

Un appel au contrôle trilatéral des armements : l’analyse de Alyxandra Marine et Matthew Kroenig

Le 13 mai 2026, Bulletin of the Atomic Scientists a publié un article co‑écrit par Alyxandra Marine, directrice associée du programme Forward Defense et chercheuse résidente au Atlantic Council, et Matthew Kroenig, chercheur senior au même think‑tank. Intitulé « Pursuing Trilateral Arms Control with Russia and China », le texte soutient que, même si un accord à court terme entre les États‑Unis, la Russie et la Chine paraît improbable, lancer des négociations trilatérales pourrait néanmoins servir les intérêts stratégiques américains.

Contexte géopolitique actuel

Les relations entre les trois puissances nucléaires sont marquées par une méfiance profonde : la modernisation des arsenaux russes et chinois, les tensions autour de Taïwan et de l’Ukraine, ainsi que les différends sur les systèmes de défense antimissile. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires combinées de la Russie et de la Chine ont dépassé 300 milliards de dollars en 2025, tandis que le budget de la défense américaine restait autour de 800 milliards de dollars.

Dans ce cadre, les auteurs soulignent que le contrôle bilatéral des armements (notamment le traité New START entre Washington et Moscou) montre ses limites lorsqu’il est envisagé isolément. Ils affirment qu’un cadre trilatéral permettrait de :

  • Réduire les risques de course aux armements stratégique;
  • Établir des mécanismes de vérification transparents applicables à trois parties;
  • Créer un canal de dialogue pouvant désamorcer les crises potentielles.

Arguments en faveur d’un processus de négociation

Marine et Kroenig reconnaissent que les obstacles politiques sont considérables : la méfiance mutuelle, les divergences doctrinales sur l’usage des armes nucléaires et les pressions internes dans chaque capitale. Néanmoins, ils avancent que :

  1. Un premier pas symbolique : même un accord limité sur la notification préalable des essais de missiles ou sur l’échange de données télémétriques pourrait instaurer une habitude de coopération.
  2. Effet d’entraînement : des progrès dans le domaine trilatéral pourraient faciliter la reprise ou l’extension de traités bilatéraux existants (par exemple, un renouvellement de New START ou un nouvel accord sur les armes intermédiaires).
  3. Valeur de signalisation : montrer aux alliés et aux partenaires que Washington poursuit activement la stabilité stratégique renforce la crédibilité de ses engagements de sécurité.

Ils citent également le précédent du Traité sur la non‑prolifération (TNP), où des négociations initialement perçues comme impossibles ont finalement conduit à des cadres de vérification robustes après plusieurs cycles de dialogue.

Recommandations pratiques

Pour mettre en œuvre cette approche, les auteurs proposent :

  • Instaurer un groupe de travail informel sous l’égide des Nations Unies, composé d’experts techniques provenant des trois États.
  • Convoquer un sommet de suivi annuel alternant entre Washington, Moscou et Pékin afin de maintenir le momentum.
  • Se concentrer d’abord sur des mesures de confiance non contraignantes (échange de données sur les lancements de missiles, visites mutuelles de sites de stockage) avant d’aborder des limites quantitatives sur les arsenaux.

Conclusion

Bien que la perspective d’un traité trilatéral contraignant demeure lointaine dans le climat actuel, l’article de Marine et Kroenig rappelle que le contrôle des armements n’est pas uniquement une question de résultats immédiats : il s’agit aussi de bâtir les infrastructures de confiance nécessaires pour prévenir une escalade nucléaire. En poursuivant le dialogue, même sous forme préliminaire, les États‑Unis peuvent protéger leurs intérêts stratégiques tout en contribuant à une architecture de sécurité globale plus résiliente.


Sources :

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