mercredi, juin 17, 2026
AfriqueNigeria: NEITI tire la sonnette d'alarme sur les flux financiers illicites dans le secteur des minéraux solides

Nigeria: NEITI tire la sonnette d’alarme sur les flux financiers illicites dans le secteur des minéraux solides

L’Initiative nigériane pour la transparence des industries extractives (NEITI) alerte sur les flux financiers illicites dans le secteur minier

Dans une note d’orientation publiée jeudi à Abuja, intitulée « Endiguer le fléau des flux financiers illicites dans le secteur minier du Nigeria », la NEITI met en lumière la montée des flux financiers illicites (FFI) qui compromettent la contribution du secteur des minéraux solides à l’économie nationale. Le document, basé sur des analyses de terrain et des échanges avec les parties prenantes, décrit des défis systémiques plutôt que des incidents isolés.

Contexte et enjeux économiques

Malgré d’importantes réserves d’or, de lithium, de calcaire et de pierres précieuses, le secteur minier nigérian n’a généré que 401 milliards de nairas de revenus en 2023, soit seulement 0,72 % du PIB du pays (NEITI, 2024). Cette faible performance contraste avec le potentiel estimé du sous‑secteur, qui, selon la Banque mondiale, pourrait représenter jusqu’à 3 % du PIB si une gouvernance renforcée était mise en place (Banque mondiale, 2023).

Principaux moteurs des flux financiers illicites

La note d’orientation identifie plusieurs facteurs qui, combinés, facilitent l’évasion de capitaux :

  • Faible capacité réglementaire et fragmentation institutionnelle entre le ministère du Développement des minéraux solides, le bureau du cadastre minier, la NEITI, le service des douanes nigérian et la cellule de renseignement financier du Nigeria.
  • Coordination institutionnelle limitée : chaque agence collecte des données en silos, avec peu d’interopérabilité et aucun système de surveillance numérique intégré.
  • Domination des acheteurs étrangers et opacité des structures de propriété réelle, souvent dissimulées derrière des véhicules ad hoc, des sociétés écrans et des holdings à plusieurs niveaux.
  • Prépondérance de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), qui représente plus de 70 % des activités minières nationales.
  • Dans les États du Nord‑Ouest (Zamfara, Katsina, Kaduna), près de 80 % de l’activité minière serait menée illégalement.

Ces faiblesses permettent à des acteurs politiquement exposés, à des intérêts étrangers non déclarés et à des réseaux criminels de blanchir de l’argent, de falsifier des déclarations commerciales et de s’engager dans la contrebande de minerais.

Impact sur la traçabilité et les chaînes d’approvisionnement

Les minerais extraits de sites illégaux sont fréquemment mélangés à des matériaux d’origine légale, rendant la traçabilité quasi impossible. Ce mélange crée des canaux de blanchiment qui permettent aux exportations illicites d’entrer dans les chaînes d’approvisionnement formelles, augmentant ainsi les risques de réputation pour les entreprises internationales qui s’approvisionnent au Nigeria (EITI, 2022).

Recommandations de la NEITI

Pour endiguer ce phénomène, la NEITI propose une série de mesures concrètes :

  • Renforcer les capacités réglementaires grâce à une formation continue du personnel et à l’harmonisation des procédures entre les agences.
  • Mettre en place un système national de suivi numérique des titres miniers, des productions et des flux financiers, accessible en temps réel aux autorités compétentes.
  • Instaurer une divulgation obligatoire de la propriété réelle, avec des sanctions pour les entités qui utilisent des écrans pour dissimuler leurs bénéficiaires effectifs.
  • Formaliser l’EMAPE par des licences simplifiées, des structures coopératives, un accès au financement et des systèmes de traçabilité basés sur la blockchain ou des étiquettes physiques.
  • Intensifier la coopération régionale et internationale pour suivre les flux de minerais vers les marchés étrangers et empêcher la réintroduction de matières provenant de sources illicites.

Conclusion

La NEITI souligne que les flux financiers illicites dans le secteur minier nigérian ne sont pas le fruit d’erreurs ponctuelles, mais résultent de failles structurelles profondément ancrées. Sans une réforme globale qui allie transparence, coopération interinstitutionnelle et formalisation de l’exploitation artisanale, le pays continuera à perdre d’importantes recettes fiscales et à voir son potentiel minier demeurer sous‑exploité. Les acteurs nationaux et internationaux ont désormais une feuille de route claire pour transformer ces défis en opportunités de développement durable.

Découvrez nos autres contenus

Articles connexes