mercredi, juin 17, 2026
AfriqueAfrique de l'Est : L'Éthiopie, fer de lance d'un pôle numérique pour les créateurs de contenu africains

Afrique de l’Est : L’Éthiopie, fer de lance d’un pôle numérique pour les créateurs de contenu africains

L’Éthiopie mise sur une infrastructure numérique pour dynamiser la créativité des jeunes

Lors du premier Sommet des influenceurs des médias sociaux en Afrique (ASMIS) 2026, tenu au musée du Mémorial de la victoire d’Adwa à Addis-Abeba, le représentant permanent adjoint de l’Éthiopie auprès de l’UA et de la CEA, Bereket Driba, a présenté la stratégie nationale visant à faire du pays un hub numérique continental. Il a souligné que le gouvernement éthiopien considère la connectivité comme un levier essentiel pour permettre à la prochaine génération de créateurs et de conteurs digitaux de collaborer, d’innover et de participer à des projets d’intérêt public.

Le Sommet ASMIS 2026 : un cadre d’échanges pour les influenceurs africains

Le sommet, organisé pour la première fois en 2026, a rassemblé des influenceurs, des décideurs et des experts provenant de plus de trente États membres de l’Union africaine. Selon les organisateurs, l’objectif était de créer un espace de dialogue où les expériences locales pourraient être partagées et où des pistes de coopération transfrontalière seraient identifiées. Bereket Driba a rappelé que l’événement s’inscrivait dans une série d’initiatives visant à accueillir les créateurs de contenu et à renforcer l’écosystème numérique éthiopien.

Une vision gouvernementale centrée sur la connectivité et le tourisme

Le représentant a expliqué que le gouvernement priorise le déploiement d’un réseau à large échelle, notamment la fibre optique dans les zones urbaines et les solutions satellitaires pour les régions rurales. Selon les données de la Banque mondiale, le taux de pénétration d’Internet en Éthiopie était d’environ 20 % en 2023 [1], tandis que les autorités visent un objectif de 50 % d’ici 2030 dans le cadre du plan national de développement numérique. Cette amélioration de la couverture devrait permettre aux créateurs de produire et de diffuser leurs œuvres plus facilement, tout en soutenant la promotion du secteur touristique, un pilier de l’économie nationale.

Les influenceurs comme leviers de l’intégration africaine et de l’Agenda 2063

Bereket Driba a également insisté sur le rôle potentiel des influenceurs dans l’élaboration des orientations politiques et la promotion de l’intégration régionale. En améliorant la compréhension entre les peuples, en augmentant la visibilité transfrontalière et en soutenant les aspirations de l’Agenda 2063 de l’UA, les créateurs de contenu peuvent devenir des acteurs clés du développement continental. Cette perspective a été reprise par Botho Kebabonye Bayendi, directrice de la planification stratégique et de la mise en œuvre de la Commission de l’UA, qui a décrit la présente décennie comme une période d’accélération pour le numérique en Afrique.

Mise en œuvre des politiques numériques : un gap persistant

Malgré l’existence de cadres stratégiques tels que la Stratégie africaine pour la transformation numérique et les plans nationaux de développement, la mise en œuvre reste souvent lente. Bayendi a déclaré : « Les cadres sont là, les politiques sont là, mais nous manquons de mise en œuvre » [2]. Elle a expliqué que les engagements pris au niveau de l’UA mettent parfois plusieurs années à être transposés dans la législation nationale, ce qui limite l’impact réel des initiatives.

  • Manque de ressources financières allouées aux projets numériques au niveau des États membres.
  • Capacités techniques insuffisantes dans les administrations locales pour gérer les infrastructures avancées.
  • Coordination limitée entre les ministères des Télécommunications, de l’Éducation et du Tourisme.

Pour combler ce fossé, Bayendi a encouragé les créateurs numériques à exploiter la nature sans frontières des médias sociaux afin de plaider en faveur d’une application plus rapide des politiques, en soulignant que les plateformes digitales offrent aujourd’hui un accès plus direct aux dirigeants de l’UA et des gouvernements que les canaux traditionnels.

Appel à la responsabilité et à la véracité des contenus numériques

Ashagrie G. Abdi, avocate internationale en droits humains et conseillère stratégique, a rappelé que les influenceurs ne sont plus de simples artistes ou conteurs. Leur capacité à façonner l’opinion publique et à éclairer les décideurs leur confère une responsabilité accrue. Elle a exhorté les créateurs à privilégier l’honnêteté, à reconnaître les échecs lorsqu’ils sont nécessaires et à collaborer avec des institutions telles que l’UA pour garantir que l’information diffusée soit vérifiée et utile au développement.

Les panélistes ont convenu que des informations exactes renforcent la confiance du public et soutiennent les programmes de développement, tandis que la désinformation peut engendrer des dommages considérables. Ils ont donc proposé que les créateurs numériques adoptent une approche axée sur la responsabilité, en intégrant la vérification des faits et la transparence dans leurs pratiques quotidiennes.

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