samedi, mai 9, 2026
EuropeRésilience au milieu des ruines : les marchés atteignent des niveaux records malgré la guerre en Iran

Résilience au milieu des ruines : les marchés atteignent des niveaux records malgré la guerre en Iran

Introduction : un paradoxe entre marchés financiers et économie réelle

Alors que les prévisions de croissance mondiale sont revues à la baisse par des institutions telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, plusieurs indices boursiers continuent d’enregistrer des niveaux élevés. Cette divergence soulève des questions sur les moteurs actuels de la valorisation des actions et sur la résilience des marchés face à des tensions géopolitiques persistantes.

Contexte géopolitique et pression sur les marchés de l’énergie

Les tensions dans le détroit d’Ormuz, situées entre l’Iran et les pays du Golfe, ont perturbé approximativement 10 à 12 millions de barils de pétrole par jour selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publiées en mars 2024. Cette réduction affecte particulièrement les économies fortement dépendantes des importations énergétiques, comme le Japon et la Corée du Sud, qui importent plus de 80 % de leur pétrole provenant de cette voie maritime.

Malgré ces risques, les indices asiatiques ont montré une capacité de rebond rapide. Par exemple, le Kospi sud‑coréen a récupéré plus de la moitié de sa perte initiale de mars 2024 d’ici la fin du deuxième trimestre, tandis que le Nikkei 225 japonais a retrouvé son niveau pré‑crisis grâce à un afflux de capitaux vers les valeurs technologiques.

Le rôle moteur de l’IA et des semi‑conducteurs

La dynamique actuelle des marchés s’explique en grande partie par l’expansion rapide de l’intelligence artificielle (IA) et la demande soutenue de composants électroniques de pointe.

Les géants asiatiques des puces

En Corée du Sud et à Taïwan, les fabricants de semi‑conducteurs représentent une part substantielle des indices locaux. Selon les données de Bloomberg compilées en avril 2024, SK Hynix et Samsung détiennent ensemble près de 44 % de la capitalisation du Kospi, tandis que TSMC compte pour environ 45 % du TAIEX taïwanais. Ces entreprises bénéficient de commandes élevées pour les puces mémoire à large bande passante et les processeurs destinés aux centres de données d’IA, ce qui a soutenu leurs cours malgré la hausse des coûts de l’énergie.

Les investissements américains dans l’IA

Aux États‑unis, les grands acteurs du cloud – Amazon, Microsoft et Alphabet – ont annoncé des dépenses d’investissement combinées dépassant 150 milliards de dollars pour l’exercice 2024, principalement orientées vers l’infrastructure IA, selon leurs rapports trimestriels déposés auprès de la SEC. Cette allocation de capital a contribué à la surperformance du NASDAQ‑100, qui a affiché une hausse de plus de 20 % sur les six premiers mois de 2024, même si l’indice S&P 500 a connu une progression plus modeste liée à la pression inflationniste sur la consommation.

Facteurs techniques : short squeeze et sentiment des investisseurs

Une partie du rebond observé au premier trimestre 2024 s’explique également par des phénomènes de marché technique.

Des analyses de Goldman Sachs publiées en février 2024 indiquaient que plusieurs fonds spéculatifs et des traders algorithmique avaient pris des positions courtes sur les actions asiatiques en anticipation d’un ralentissement prolongé lié au détroit d’Ormuz. Lorsque les cours ont commencé à remonter, ces acteurs ont dû racheter leurs couvertures, générant un effet de « short squeeze » qui a amplifié la hausse des prix.

Par ailleurs, les enquêtes de sentiment menées par l’Université de Chicago auprès des investisseurs institutionnels montrent une persistance d’optimisme quant à une résolution rapide des tensions géopolitiques, ainsi qu’une confiance dans la capacité des banques centrales à intervenir par des baisses de taux ou des mesures de liquidité si l’économie réelle venait à se détériorer davantage.

Perspectives et risques à surveiller

Les experts s’accordent à dire que la dynamique actuelle dépend de plusieurs facteurs clés :

  • La poursuite de la demande mondiale pour les puces et les solutions d’IA, qui pourrait rester robuste tant que les investissements en infrastructures cloud se maintiennent.
  • L’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz ; toute escalade prolongée pourrait entraîner une hausse durable des coûts de production et affecter les marges des entreprises industrielles.
  • La réaction des banques centrales face à l’inflation persistante ; un resserrement monétaire plus sévère que prévu pourrait freiner le crédit et peser sur les valorisations boursières.
  • La capacité des entreprises à répercuter les coûts énergétiques sur leurs prix de vente sans perdre de parts de marché.

En suivant les publications du FMI, de l’OCDE et des rapports trimestriels des grandes sociétés technologiques, les investisseurs pourront mieux évaluer dans quelle mesure le soutien actuel des marchés provient de fondamentaux solides versus des facteurs spéculatifs ou techniques.

Découvrez nos autres contenus

Articles connexes