Une stratégie culturelle pour la sécurité régionale
Dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues dans l’Indo-Pacifique, un think tank américain propose une approche innovante pour renforcer la résilience des États insulaires face aux pressions chinoises. Le 23 septembre 2025, Bailey Galice, assistant au programme Scowcroft Center de l’Atlantic Council, a publié un article explorant le potentiel de l’identité austronésienne comme levier de “dissuasion en réseau”. Cette notion, qui a valu à son auteur la troisième place du concours d’écriture 2025 de l’Irregular Warfare Initiative, mérite une analyse approfondie.
Qu’est-ce que la “dissuasion en réseau” ?
La “dissuasion en réseau” (network deterrence) est un concept qui s’écarte des modèles militaires traditionnels. Il ne s’agit pas de menacer directement un adversaire avec des représailles coûteuses, mais de créer un écosystème de partenariats interconnectés où toute action agressive contre un membre déclenche une réponse coordonnée et multilatérale. Dans l’Indo-Pacifique, cela peut prendre la forme d’alliances diplomatiques, économiques, sécuritaires et même culturelles.
Contrairement à une dissuasion purement basée sur la force, cette approche vise à rendre l’agression trop complexe et coûteuse politiquement et économiquement pour l’agresseur potentiel. Elle repose sur la création de “réseaux de résilience” où les États partagent des intérêts communs et des mécanismes de solidarité.
L’identité austronésienne : un atout inattendu
Le cœur de l’article de Bailey Galice est l’idée que les peuples austronésiens – dont l’aire culturelle s’étend de Madagascar à l’île de Pâques, en passant par la Polynésie, la Micronésie et la Mélanésie – partagent un patrimoine commun qui peut être mobilisé pour renforcer la cohésion régionale. Cette identité, forgée par des millénaires de migrations maritimes, d’échanges et de traditions similaires, constitue un lien intangible mais puissant.
Selon Galice, cette identité culturelle partagée peut être institutionnalisée pour créer un réseau diplomatique et sécuritaire informel mais robuste. Elle permettrait aux petits États insulaires, souvent vulnérables aux pressions économiques et diplomatiques, de présenter un front uni. En cas de tentative de coercition par une puissance extérieure (comme la Chine), la réaction ne viendrait pas d’un seul État, mais d’un ensemble de pays liés par des affinités historiques et culturelles, amplifiant ainsi le coût politique de l’agression.
Le contexte de la competition sino-américaine
La Chine a considérablement accru son influence dans le Pacifique ces dernières années, notamment par des investissements massifs dans les infrastructures (ports, routes, télécommunications) et des accords de sécurité controversés, comme celui signé avec les Îles Salomon en 2022. Cette stratégie, souvent qualifiée de “diplomatie du piège de la dette”, inquiète les États-Unis et leurs alliés, qui y voient une tentative de gagner des bases militaires et de contrôler des points stratégiques.
Face à cela, les États-Unis et leurs partenaires (Australie, Japon, Nouvelle-Zélande) ont répondu par des initiatives comme le “Partnership for the Blue Pacific” et le “Indo-Pacific Economic Framework” (IPEF). Cependant, ces mécanismes officiels peinent parfois à répondre aux besoins immédiats des petits États insulaires, qui cherchent à préserver leur souveraineté sans s’aligner ouvertement.
Comment opérationnaliser cette dissuasion ?
Bailey Galice suggère plusieurs pistes concrètes :
- Renforcer les institutions régionales existantes comme le Forum des Îles du Pacifique (FIP) en y intégrant des dimensions sécuritaires et diplomatiques coordonnées.
- Développer des mécanismes de solidarité automatique : par exemple, un accord où une menace contre un État membre déclenche une consultation urgente et une réponse diplomatique collective.
- Mettre en avant les valeurs et l’histoire communes dans les discours politiques et les éducations, pour créer un récit d’appartenance à une communauté résiliente.
- Créer des réseaux d’experts et de société civile transversaux pour alimenter la coopération en dehors des canaux gouvernementaux officiels.
Un concept qui soulève des questions
Cette approche n’est pas sans défis. L’identité austronésienne, bien que réelle, est diverse et parfois source
