Chine : la lutte contre les inégalités, clé d’une prospérité partagée
Par Ben Westmore, Bureau Chine, Département des affaires économiques de l’OCDE
L’ambition affichée par les autorités chinoises de construire une « société modérément prospère à tous égards » (xiaokang shehui) à l’horizon 2020 plaçait la réduction des inégalités et l’amélioration du bien-être de toute la population au cœur des priorités politiques. Pourtant, derrière une croissance économique soutenue, les disparités de revenus et d’accès aux services essentiels constituent un défi structurel majeur, comme le détaillent les travaux de l’OCDE.
Une tendance à la baisse qui masque des réalités contrastées
Selon l’Étude économique de l’OCDE sur la Chine 2017, le coefficient de Gini – indicateur phare des inégalités de revenus – a effectivement enregistré une baisse notable depuis son pic de 2008. Cette évolution positive reflète en partie une convergence régionale, les provinces de l’intérieur, de l’Ouest et du Nord-Est rattrapant en partie les côtes orientales, et une réduction de l’écart traditionnel entre revenus urbains et ruraux. Les ménages de la classe moyenne ont particulièrement bénéficié de cette dynamique.
Cependant, cette moyenne nationale dissimule des poches de pauvreté persistantes et même croissantes. Au sein des zones urbaines, l’écart de revenu disponible entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres a à peine fléchi. La situation est plus alarmante en milieu rural, où cet écart s’est sensiblement creusé, signalant que les fruits de la croissance ne profitent pas uniformément à toutes les strates de la population.
Le système fiscal et de transferts : un levier inefficace ?
L’analyse de l’OCDE pointe du doigt le rôle limité du système fiscal et de prestations sociales dans la réduction des inégalités en Chine. Deux mécanismes clés sont en cause :
- L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) : Son impact redistributif est fortement amoindri par un seuil d’imposition très élevé et des déductions généreuses qui profitent avant tout aux ménages aux revenus les plus importants. Le système est ainsi moins progressif qu’il n’y paraît.
- Les cotisations de sécurité sociale : Leur structure est régressive. Les travailleurs doivent s’acquitter d’une cotisation minimale, même avec un revenu faible, et
