jeudi, avril 9, 2026
ChineTrump et Xi ont négocié une trêve dans la guerre commerciale. Est-ce que ça tiendra ?

Trump et Xi ont négocié une trêve dans la guerre commerciale. Est-ce que ça tiendra ?

Une trêve commerciale sino-américaine annoncée : espoir ou simple répit ?

Une annonce surprise venue de Busan, en Corée du Sud, où les présidents américain Donald Trump et chinois Xi Jinping se sont rencontrés en marge du sommet de l’APEC le 30 octobre 2024. Selon la Maison-Blanche, les deux dirigeants auraient trouvé un accord sur « presque tout », incluant une trêve tarifaire d’un an, une réduction des droits de douane américains sur certains produits chinois et une suspension temporaire des restrictions chinoises sur les exportations de terres rares. Pourtant, les dossiers épineux comme l’avenir de TikTok ou les subventions d’État chinoises restent en suspens. Cette détente est-elle le début d’une désescalade durable ou une simple pause tactique dans un conflit économique de longue date ?

Un accord aux contours précis mais limités

Les observateurs soulignent que l’accord, bien que concret, ne règle pas les problèmes structurels. « Pékin obtient un allègement tarifaire bienvenu, ramenant ses droits de douane à des niveaux comparables à ceux de ses voisins asiatiques, ce qui soulage son économie en quête de stimulation », analyse un expert en économie internationale ayant servi au Fonds monétaire international. De son côté, Washington arrache une année de répit sur l’approvisionnement critique en terres rares et en aimants permanents, un secteur où la Chine détient un quasi-monopole de la transformation. Les données du United States Geological Survey (USGS) indiquent que la Chine contrôlait environ 70% de la production mondiale de terres rares en 2023, un levier de négociation puissant.

La reprise des importations américaines de soja chinois répond également aux pressions du secteur agricole américain, selon les mêmes sources. Enfin, sur le dossier du fentanyl, la Chine a réitéré des engagements antérieurs sur le contrôle des précurseurs chimiques, un sujet qui avait déjà fait l’objet d’annonces en début d’année.

Les questions en suspens et les risques persistants

Malgré ces avancées circonscrites, l’accord est largement perçu comme un « moment de soulagement, pas une solution ». L’utilisation passée des restrictions à l’exportation par la Chine comme arme de négociation laisse présager qu’elle pourrait réutiliser ce levier dès la fin de la trêve. « L’incertitude sur les chaînes d’approvisionnement reste entière, car la Chine contrôle non seulement les matières premières mais aussi des étapes cruciales de fabrication », met en garde un directeur de centre de recherche sur l’énergie et la sécurité.

Le statu quo tarifaire ramène en réalité les relations à un niveau encore très conflictuel. Les droits de douane américains moyens sur les importations chinoises restent autour de 19-20%, contre environ 3% avant 2018, selon des données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les subventions d’État chinoises, les transferts technologiques forcés et les pratiques de concurrence déloyale n’ont pas été abordées de front.

L’omission la plus notable reste Taiwan. Donald Trump a déclaré que le sujet n’avait pas été soulevé par Xi Jinping. Pour les experts en sécurité indo-pacifique, cela ne présage en rien d’une détente militaire. « Il n’existe pas de trêve dans la pression diplomatique, économique et militaire que la Chine exerce sur Taiwan. La campagne d’intimidation se poursuit », note un ancien responsable du renseignement américain. Néanmoins, l’engagement continu de Washington en faveur du statu quo, réaffirmé après la rencontre, reste un facteur de stabilisation perçu à Taipei.

Les perspectives : entre incertitude juridique et course aux alliances

L’avenir immédiat est conditionné par deux facteurs. D’abord, la décision attendue de la Cour suprême des États-Unis sur l’étendue des pouvoirs tarifaires du président Trump. Celle-ci pourrait invalider une partie des droits de douane unilatéraux imposés au nom de la « sécurité nationale ». Ensuite, la recherche active par Washington de « chaînes d’approvisionnement alliées » avec des partenaires comme le Japon ou l’Australie devrait s’intensifier. Les réunions du G7 à venir seront scrutées pour toute avancée sur la coordination des politiques de résilience économique.

Pour la Chine, la fixation d’un calendrier de sommets réguliers (une visite de Trump à Pékin est évoquée pour avril 2025) est une victoire stratégique. Cela permet de « verrouiller » le processus diplomatique et de faire pression pour des concessions supplémentaires dans les mois à venir. « La clarté des objectifs chinois contraste avec l’approche souvent improvisée de l’administration Trump », observe une ancienne conseillère du département d’État. La capacité de Washington à définir et à poursuivre une stratégie cohérente au-delà des pauses tactiques sera le test décisif de la durabilité de tout accord.

En définitive, la trêve de Busan offre un répit bienvenu pour les marchés et les entreprises, mais elle ne constitue pas un tournant. Elle reporte les décisions difficiles et laisse intactes les rivalités technologiques, de sécurité et idéologique qui structurent la relation entre les deux premières économies mondiales. La vraie question n’est pas de savoir si la trêve tiendra, mais ce que les deux camps en feront pendant qu’elle dure.

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