Jerome Powell réaffirme la stabilité des attentes d’inflation et écarte une hausse des taux
Lors d’une intervention marquante à l’Université Harvard le 30 mars 2026, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, a envoyé un signal clair aux marchés : les attentes d’inflation restent solidement ancrées, ce qui ne justifie pas, à ses yeux, un resserrement monétaire immédiat en réponse aux chocs sur les prix de l’énergie.
Un message de calme face aux chocs temporaires
Dans un large discours suivi d’une séance de questions-réponses, M. Powell a insisté sur la nécessité pour la banque centrale de se concentrer sur les tendances sous-jacentes plutôt que sur les fluctuations volatiles du marché pétrolier, exacerbées par les tensions géopolitiques, notamment la guerre en Iran. “Il faut ignorer ce genre de choc d’offre”, a-t-il déclaré, rappelant le délai de transmission long et incertain de la politique monétaire. “Au moment où les effets d’un resserrement se feraient sentir, le choc des prix du pétrole sera probablement passé depuis longtemps”, a-t-il argumenté, jugeant qu’une hausse des taux maintenant exercerait une pression inappropriée sur l’économie.
Le « bon endroit » pour les taux et la fin de mandat
Réitérant sa position antérieure, le président de la Fed estime que la fourchette actuelle des taux directeurs (entre 3,5 % et 3,75 %) constitue “un bon endroit” pour observer l’évolution de la situation. Cette sérénité contraste avec les craintes initiales du marché. En effet, les données montrent un revirement spectaculaire des anticipations. Si les traders estimaient vendredi une probabilité supérieure à 50 % d’une hausse de 25 points de base pour 2026, cette probabilité est tombée à seulement 2,2 % après les propos de M. Powell, selon les calculs du Fed Watch Tool.
Sur le front des attentes d’inflation à long terme, les indicateurs de marché le confirment. Le « point mort » (breakeven) sur cinq ans, qui mesure l’inflation attendue à partir des obligations du Trésor indexées, s’établissait récemment à environ 2,56 % et affiche une tendance à la baisse sur les dix derniers jours, signalant une relative confiance des investisseurs dans le cadre des 2 % de la Fed.
Succession incertaine et silence sur l’orientation future
Alors que son mandat prendra fin à la mi-mai, Jerome Powell a soigneusement évité tout commentaire sur l’orientation future de la politique monétaire ou sur les vues de son successeur désigné, l’ancien gouverneur Kevin Warsh, dont la nomination est bloquée au Sénat. Cette impasse politique est liée à l’enquête de la procureure américaine Jeanine Pirro sur les rénovations du siège de la Fed, une affaire en appel après le rejet d’une assignation à comparaître visant M. Powell. Le sénateur Thom Tillis s’est publiquement engagé à s’opposer à la nomination tant que l’enquête se poursuit. Interrogé sur les préférences de taux de M. Warsh, qui a publiquement exprimé son souhait de voir des taux plus bas, M. Powell a botté en touche : “Je ne vais pas me lancer sur ce terrain.”
Vigilance sur le crédit privé, mais pas de risque systémique
Hors des questions de taux, le président de la Fed a également commenté les turbulences dans le vaste secteur du crédit privé (3 000 milliards de dollars). Il a noté une hausse des défauts de paiement, des retraits d’investisseurs et des inquiétudes généralisées. Toutefois, il a relativisé le risque pour le système financier dans son ensemble. “Nous recherchons des liens avec le système bancaire et des choses qui pourraient entraîner une contagion. Nous ne les voyons pas pour le moment”, a-t-il déclaré, qualifiant la situation de “correction en cours” plutôt que d’événement systémique. “Il y aura certainement des gens qui perdront de l’argent, mais cela ne semble pas avoir l’étoffe d’un événement systémique plus large.”
Analyse : Un positionnement stratégique en fin de mandat
L’intervention de Jerome Powell à Harvard revêt une importance particulière en cette période de transition. Son message principal – que la Fed peut se permettre d’attendre et de voir face aux chocs énergétiques – vise à ancrer les anticipations et à éviter des mouvements de taux prématurés qui pourraient freiner une économie déjà confrontée à des vents contraires géopolitiques et commerciaux.
Son silence sur les dossiers sensibles (succession, orientation future) est tout aussi revealing. Il préserve la continuité institutionnelle et évite de politiciser un processus de nomination déjà entaché par des considérations extra-économiques. En se concentrant sur les données macroéconomiques et les risques financiers sectoriels, Powell renforce son rôle de gardien technique de la stabilité, en phase avec les piliers de l’E-E-A-T (Expertise, Authoritativeness, Trustworthiness) qui fondent la crédibilité de la Fed.
La réaction immédiate des marchés, avec l’effondrement des probabilités de hausse des taux, témoigne de l’autorité que son parole continue d’exercer. Toutefois, l’incertitude entourant la nomination de son successeur et la persistance de chocs d’offre laissent planer des questions sur la trajectoire future de la politique monétaire américaine, que son successeur devra trancher.
