L’économie pakistanaise face à un nouveau défi structurel
Le Pakistan traverse une période où les vulnérabilités extérieures refont surface, malgré les efforts de stabilisation à court terme déployés ces derniers mois. Le déficit du compte courant, longtemps maîtrisé grâce à des entrées de devises temporaires, montre désormais des signes de rechute, révélant les déséquilibres structurels qui pèsent sur la croissance durable du pays.
Déséquilibres structurels persistants
Le modèle économique pakistanais reste fortement dépendant des importations, notamment en énergie et en biens de consommation, tandis que les exportations peinent à décoller. Cette asymétrie crée un déficit chronique du compte courant qui s’accentue dès que les chocs extérieurs – tels que les fluctuations des prix du pétrole ou les tensions géopolitiques – surviennent.
Selon la Banque d’État du Pakistan (SBP), le déficit du compte courant a atteint 4,2 % du PIB au cours du premier semestre de l’exercice 2026, contre 2,8 % un an auparavant. Cette détérioration s’explique principalement par la baisse de 12 % des exportations textiles, secteur traditionnel de devises, et par une hausse de 9 % des importations de produits pétroliers.
Impact de la guerre entre les États‑Unis et l’Iran
Le conflit américano‑iranien, qui s’est intensifié au premier trimestre 2026, a perturbé les routes commerciales clés passant par le détroit d’Ormuz, augmentant les coûts de fret et les primes d’assurance maritime. Le Pakistan, qui importe près de 30 % de son pétrole via ce corridor, a vu ses factures énergétiques grimper de près de 15 % en glissement annuel.
Parallèlement, les réserves de change du pays ont subi une pression supplémentaire : elles sont passées de 12,3 milliards de dollars en juillet 2025 à 9,8 milliards en avril 2026, réduisant la couverture des importations à moins de trois mois.
Flux d’investissement étranger : une tendance à la baisse, sauf pour la Chine
La confiance des investisseurs internationaux demeure fragile. Les données de la SBP montrent une chute de 31 % des investissements directs étrangers (IDE) sur les dix premiers mois de l’exercice 2026, passant de 2,035 milliards de dollars à 1,409 milliard.
- Total des entrées étrangères (IDE + portefeuille) : 31,7 millions de dollars contre 1,46 milliard un an auparavant.
- Principaux contributeurs : Hong Kong (281 M$), Suisse (170 M$), Émirats arabes unis (169 M$).
Dans ce contexte morose, la Chine constitue une exception notable. Ses investissements dans le secteur financier pakistanais ont représenté plus de la moitié des flux entrants sur la période, soit environ 740 millions de dollars, contre 1,0 milliard lors de la même période de l’exercice précédent.
En avril 2026 seul, les entrées chinoises ont atteint 61 millions de dollars, dépassant le total net des IDE provenant de tous les autres pays réunis. Cette résilience s’explique par le cadre du Corridor économique Chine‑Pakistan (CPEC) et par la volonté de Pékin de diversifier ses placements hors des marchés occidentaux traditionnels.
Le succès de l’obligation Panda
Un signal positif est venu du lancement inaugural de l’obligation Panda pakistanaise sur le marché des capitaux intérieur chinois. En mars 2026, Islamabad a levé 250 millions de dollars à un taux fixe de 2,5 %, jugé compétitif par les analystes.
Khurram Schehzad, conseiller du ministre des Finances, a déclaré : Le succès de cette émission témoigne de l’amélioration des fondamentaux macroéconomiques du Pakistan, de sa stabilité extérieure et de sa capacité de remboursement souverain.
Cette opération permet au pays de diversifier ses sources de financement et de renforcer son intégration avec les marchés financiers chinois, réduisant ainsi la dépendance aux capitaux du Golfe ou de l’Occident.
Les envois de fonds : un filet de sécurité temporaire
Les remittances des travailleurs pakistanais à l’étranger ont continué de soutenir la balance des paiements, atteignant 2,1 milliards de dollars sur les dix premiers mois de l’exercice 2026. Toutefois, s’appuyer indéfiniment sur ces flux pour masquer des faiblesses structurelles n’est pas viable à long terme, comme le soulignent plusieurs études du Fonds monétaire international (FMI) publiées en 2025.
Vers quelles réformes structurelles ?
Pour rétablir la confiance des investisseurs et réduire la vulnérabilité aux chocs extérieurs, le Pakistan devra engager des réformes profondes :
- Améliorer la facilité de faire des affaires en simplifiant les procédures d’enregistrement et en réduisant la corruption administrative.
- Renforcer la gouvernance financière et la transparence des comptes publics.
- Réformer le système fiscal afin d’élargir l’assiette et de diminuer la dépendance aux droits de douane.
- Promouvoir un modèle de croissance tiré par les exportations, notamment en valorisant les secteurs textile, agroalimentaire et des technologies de l’information.
- Développer les réserves de change grâce à une gestion plus prudente de la dette extérieure et à la diversification des sources de financement.
Sans ces changements, l’économie risque de rester enfermée dans un cycle de stabilisation temporaire suivi de nouvelles vulnérabilités, la laissant exposée aux aléas géopolitiques et aux pressions persistantes sur le compte extérieur.
Conclusion
Le Pakistan se trouve à un carrefour où les mesures de court terme ont permis d’éviter une crise immédiate, mais où les défis structurels exigent une réponse audacieuse et soutenue. Le succès de l’obligation Panda et la résilience des investissements chinois offrent des leviers encourageants, pourtant ils ne sauraient remplacer une réforme globale visant à renforcer la compétitivité des exportations, à améliorer la gouvernance et à diversifier les sources de financement. Seul un tel approche permettra au pays de bâtir une résilience durable face aux incertitudes mondiales.
Sources
- Banque d’État du Pakistan (SBP), Bulletin statistique, juillet 2025 – avril 2026.
- Ministère des Finances du Pakistan, Communiqué sur l’émission Panda Bond, mars 2026.
- Fonds monétaire international (FMI), Rapport sur les perspectives économiques du Pakistan, octobre 2025.
- Corridor économique Chine‑Pakistan (CPEC), Rapport annuel 2025.
