La Chine à la croisée des chemins : entre robustesse et défis structurels
Alors que la croissance économique de la Chine ralentit, elle demeure un moteur essentiel de l’expansion mondiale. Selon une analyse approfondie de l’OCDE signée par Margit Molnar et Patrick Lenain, experts du Service des études par pays, l’économie chinoise présente une résilience relative, portée par une consommation intérieure dynamique. La progression régulière de l’emploi et des revenus soutient les dépenses des ménages, notamment dans le commerce électronique et les services numériques. Cependant, des nuages persistent : les tensions commerciales internationales pèsent sur les exportations et génèrent une incertitude qui affecte particulièrement les petites et moyennes entreprises. Une escalade tarifaire supplémentaire aurait des répercussions négatives non seulement sur l’activité et l’emploi en Chine, mais aussi sur l’économie globale.
Une transformation économique en profondeur
Le modèle de développement historique de la Chine, axé sur la manufacture et l’accumulation de capital, montre ses limites. Il a conduit à une allocation inefficace du capital et à des surcapacités dans certains secteurs industriels. La croissance est désormais de plus en plus tirée par le secteur des services, au-delà du seul secteur financier. Le commerce électronique, les plateformes numériques et les services liés à la logistique internationale gagnent en importance. Ces services, cruciaux pour l’intégration aux chaînes de valeur mondiales, bénéficieraient toutefois d’une plus grande libéralisation pour atteindre leur plein potentiel, selon les données compilées par CEIC.
Le poids de la dette locale : un risque contenu mais sous surveillance
Un point de vigilance majeur concerne l’endettement des gouvernements locaux. Ces derniers financent principalement les infrastructures, ce qui a entraîné une accumulation rapide de dettes. Dans huit provinces, celle-ci dépasse désormais un tiers du produit intérieur brut (PIB) local, et dans deux provinces, elle excède la moitié. Pour contourner les plafonds d’emprunt officiels, des mécanismes innovants et des garanties illégales ont émergé, poussant le gouvernement central à durcir sa régulation. Le cœur du problème réside dans un décalage entre les responsabilités décentralisées (éducation, santé, protection sociale) et les ressources financières insuffisantes des échelons inférieurs. Une recentralisation partielle de ces mandats, avec un financement central accru, apparaît comme une solution pour garantir la pérennité des services publics essentiels, comme le paiement des salaires des enseignants et du personnel soignant.
La dette des entreprises : un niveau record qui interroge
L’endettement des entreprises non financières chinoises atteint environ 155 % du PIB, un ratio largement supérieur à celui des autres grandes économies. Ce phénomène est principalement porté par les entreprises publiques (EP). Fin 2017, leur dette non financière s’élevait à 118 500 milliards de CNY, soit près de quatre fois plus qu’en 2007. Les entreprises publiques locales, souvent des véhicules d’investissement pour les projets d’infrastructures urbaines, sont particulièrement concernées, avec une dette dépassant 70 % du PIB local en 2016. Il est important de noter que ce n’est pas nécessairement dans les secteurs traditionnellement en surcapacité (acier, charbon) que la dette est la plus élevée, mais plutôt dans la construction, l’immobilier et les transports. Face à ce risque, les autorités ont indiqué en 2018 qu’elles laisseraient les entreprises publiques et ces véhicules d’investissement en difficulté faire face à leurs responsabilités, y compris la faillite, marquant une volonté de purger les actifs non performants.
Éliminer les barrières commerciales internes pour stimuler la productivité
Un frein moins visible mais significatif à la croissance chinoise est le protectionnisme local. Les gouvernements municipaux et provinciaux ont historiquement protégé leur marché intérieur pour préserver leur assiette fiscale et favoriser les producteurs locaux. Ces pratiques se manifestent par :
- Des restrictions dans l’accès aux appels d’offres publics pour les entreprises extérieures à la juridiction.
