Atiku Abubakar met en garde contre une gestion « illusionniste » de l’économie nigériane
L’ancien vice‑président nigérian, Atiku Abubakar, a récemment exprimé ses inquiétudes concernant ce qu’il qualifie de « réalités dures et troublantes » de l’économie du pays. Dans un communiqué diffusé par son assistant spécial chargé de la communication publique, Phrank Shaibu, il souligne une contradiction préoccupante : alors que les réserves extérieures du Nigeria continuent de baisser, le gouvernement annonce une manne pétrolière de 5 000 milliards de naira liée à la hausse des prix du brut.
Évolution récente des réserves extérieures
Selon le bulletin de la Banque centrale du Nigeria (CBN) publié le 24 avril 2025, les réserves officielles de change se situaient à 48,45 milliards de dollars américains, contre 48,72 milliards de dollars la semaine précédente. Cette baisse représente un épuisement cumulé d’environ 1,57 milliard de dollars depuis le 11 mars 2025.
Les analystes de la CBN expliquent que cette tendance résulte principalement d’interventions visant à soutenir le naira face à la pression de la demande étrangère. En injectant des liquidités sur le marché des changes, la banque centrale tente de limiter la dépréciation de la monnaie nationale, mais cette stratégie, selon Atiku, n’est pas viable à long terme.
Le paradoxe de la manne pétrolière
Parallèlement, le gouvernement fédéral a annoncé une hausse des recettes pétrolières attribuée en partie à des développements géopolitiques extérieurs qui ont soutenu les prix du brut. Atiku décrit cette situation comme un « paradoxe » : tandis que les caisses de l’État se remplissent, le pouvoir d’achat des Nigérians continue de s’éroder sous l’effet de l’inflation, de la hausse des prix du carburant et de l’augmentation des coûts de transport.
Il rappelle que, selon l’Institut national de la statistique (NBS), l’inflation annuelle avait atteint 22,4 % en mars 2025, tandis que le prix officiel du litre d’essence avait grimpé de près de 35 % sur les six derniers mois. Ces chiffres illustrent le décalage entre les recettes publiques et le vécu quotidien des citoyens.
Recommandations pour une utilisation responsable des ressources
Atiku propose deux axes d’action prioritaires :
- Éviter de consacrer les revenus pétroliers à des dépenses récurrentes ou à du favoritisme politique. Au lieu de cela, il préconise des interventions ciblées telles que des subventions temporaires pour atténuer l’impact de la hausse du prix du carburant, des mesures pour stabiliser les chaînes d’approvisionnement alimentaire et un soutien renforcé aux ménages vulnérables.
- Revoir la politique de défense du naira. Plutôt que d’épuiser les réserves via des interventions artificielles, il appelle à renforcer les fondamentaux économiques : développer la capacité nationale de raffinage, investir dans les infrastructures critiques, promouvoir les exportations non pétrolières et rétablir la confiance des investisseurs.
Il conclut en affirmant que « le naira ne peut pas être défendu par la force ; il doit être renforcé par des fondamentaux ». Cette approche, selon lui, permettrait de transformer les aubaines pétrolières en leviers de développement durable plutôt qu’en simples gains politiques à court terme.
Contexte économique plus large
Le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, reste fortement dépendant des hydrocarbures pour ses recettes publiques, qui représentent encore plus de 50 % du budget fédéral. Toutefois, la volatilité des prix du brut, couplée à des contraintes structurelles telles que le déficit d’infrastructure énergétique et la faible diversification de l’économie, rend le pays vulnérable aux chocs externes.
Des institutions telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont régulièrement recommandé au Nigeria de renforcer la résilience de son économie en améliorant la gouvernance des ressources naturelles, en augmentant l’efficacité de la collecte fiscale non pétrolière et en favorisant un climat des affaires plus attractif pour les investisseurs étrangers.
En suivant les conseils d’experts comme Atiku Abubakar et en s’appuyant sur des données vérifiables provenant de la CBN, du NBS et d’organisations internationales, les décideurs nigérians pourraient mieux aligner la gestion des recettes pétrolières avec les besoins réels de la population, tout en préservant les réserves de change pour faire face aux incertitudes futures.
