jeudi, avril 9, 2026
GénéralNe vous laissez pas berner par les chiffres de l'inflation britannique d'avant-guerre : une poussée « brutale » pourrait survenir

Ne vous laissez pas berner par les chiffres de l’inflation britannique d’avant-guerre : une poussée « brutale » pourrait survenir






Inflation UK : Les données de février masquent déjà le choc énergétique à venir


Inflation au Royaume-Uni : Un répit trompeur avant la tempête énergétique

Alors que des files de voitures se formaient début mars 2026 dans une station-service Costco de l’Essex pour acheter du carburant dans un contexte de pénurie relative, les chiffres officiels de l’inflation pour février révélaient une stabilité apparente. L’Office national des statistiques (ONS) a annoncé un taux annuel maintenu à 3 %, un chiffre conforme aux attentes des économistes interrogés par Reuters. Pourtant, cette photographie économique, prise avant le déclenchement des frappes aériennes sur l’Iran fin février, cache déjà les prémices d’une nouvelle poussée inflationniste liée au blocage du détroit d’Ormuz.

Contexte et données de février : une accalmie relative

L’analyse détaillée de l’ONS montre que la stabilité globale masque des dynamiques contradictoires. L’inflation sous-jacente (hors énergie, alimentation, alcool et tabac), un indicateur suivi de près par la Banque d’Angleterre (BoE), a légèrement accéléré à 3,2 % en février, contre 3,1 % en janvier.

Grant Fitzner, économiste en chef de l’ONS, a expliqué sur le réseau X que ce chiffre résulte d’un effet de base : “Le principal moteur de hausse a été le prix des vêtements, qui a augmenté ce mois-ci mais a baissé il y a un an. Cela a été compensé par la baisse des prix du pétrole, les prix ayant été relevés avant le début du conflit au Moyen-Orient et par la hausse ultérieure des prix du pétrole brut.”

Cette nuance est cruciale : les données de février intègrent encore des prix de l’énergie en baisse, un avantage qui disparaîttra immédiatement avec les perturbations géopolitiques suivantes.

L’impact du conflit iranien : un choc énergétique direct

Le blocage quasi-total du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un tiers du pétrole maritime mondial, a provoqué une flambée immédiate des prix du brut et du gaz. Le Royaume-Uni est particulièrement vulnérable à ce choc pour deux raisons principales :

  • Sa forte dépendance aux importations d’hydrocarbures.
  • L’absence de capacités de stockage de gaz suffisantes pour amortir les à-coups d’approvisionnement.

Comme le souligne Suren Thiru, économiste en chef de l’ICAEW, “l’inflation inchangée en février est un faux signal pour l’économie dans la mesure où ces chiffres sont antérieurs au choc énergétique alarmant induit par le conflit du Moyen-Orient”. Il anticipe “une brutale poussée d’inflation” avec un taux général qui pourrait dépasser les 4 % d’ici l’été, les prix de l’énergie se répercutant sur les coûts de transport, de production et les factures des ménages.

Le dilemme de la Banque d’Angleterre (BoE)

Entre statu quo et hausse des taux

Avant le conflit, la BoE envisageait un atterrissage en douceur de l’inflation vers son objectif de 2 %, ce qui aurait permis d’envisager des baisses de taux. La guerre a radicalement changé la donne. La semaine précédant la publication des données de février, le Comité de politique monétaire (MPC) de la BoE a voté à l’unanimité pour maintenir son taux directeur à 3,75 %, tout en prévenant que “le conflit au Moyen-Orient a provoqué une augmentation significative des prix mondiaux de l’énergie” et que “l’inflation de l’IPC sera plus élevée à court terme”.

Les marchés et les économistes s’interrogent désormais sur la réaction de la banque centrale. Sanjay Raja, économiste en chef de la Deutsche Bank au Royaume-Uni, a été sans ambiguïté : “Préparez-vous à l’impact. L’inflation est sur le point de faire un autre détour indésirable.”

Les “effets de second tour” au cœur des débats

La clé du dilemme de la BoE réside dans le risque d’effets de second tour : la hausse des coûts énergétiques peut alimenter des revendications salariales et se répercuter sur les prix de l’ensemble des biens et services. Zara Nokes, analyste chez JP Morgan Asset Management, note que “la surprise à la hausse de l’inflation sous-jacente aujourd’hui sera une préoccupation pour la Banque car elle montre que nous sommes toujours confrontés à des pressions persistantes sur les prix, avant même de prendre en compte la récente flambée des prix de l’énergie”.

James Smith, économiste chez ING, rappelle un repère important : “des recherches de la Banque ont suggéré que les effets de second tour ont tendance à devenir plus prononcés lorsque l’inflation globale dépasse 3,5 à 4 %.” Cela établit un seuil critique. Selon les scénarios d’ING :

  • Si les perturbations énergétiques persistent, l’inflation pourrait culminer brièvement à 4 % à l’automne.
  • Si les marchés se stabilisent au deuxième trimestre, un pic autour de 3,5 % en septembre est plus probable.

Malgré tout, Zara Nokes tempère :

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