lundi, juin 1, 2026
Asie-PacifiqueL’Inde brûle davantage de charbon alors que la chaleur extrême et la guerre en Iran réduisent ses approvisionnements en énergie

L’Inde brûle davantage de charbon alors que la chaleur extrême et la guerre en Iran réduisent ses approvisionnements en énergie

Inde : hausse de la consommation de charbon malgré les objectifs climatiques

En avril 2026, l’Inde a enregistré une augmentation notable de sa production d’électricité à partir du charbon, phénomène lié à une vague de chaleur exceptionnelle et à la hausse des prix du gaz naturel liquéfié (GNL). Cette tendance intervient alors que le pays affirme avoir déjà dépassé la moitié de sa capacité installée en énergies renouvelables, soulignant la complexité de la transition énergétique dans un contexte de forte demande électrique.

Contexte énergétique actuel

Selon les données publiées en février 2026 par le ministère de l’Énergie, plus de 52 % de la capacité totale de production d’électricité installée en Inde provient de sources non fossiles, principalement solaire, hydroélectrique et éolienne. En revanche, les centrales au charbon représentent encore près de 43 % de cette capacité et demeurent la principale source d’énergie du pays.

En avril 2026, la production moyenne d’électricité au charbon a atteint 164,9 GW, contre 160,7 GW un an auparavant, soit une hausse séquentielle de 3,5 % (environ 5,6 GW supplémentaires) selon les chiffres de S&P Global Energy (S&P Global Energy, avril 2026).

Impact de la vague de chaleur d’avril 2026

Les températures maximales ont oscillé entre 42 °C et 45 °C** dans la région Delhi‑NCR, poussant la demande de climatisation et, par conséquent, la consommation électrique. Le 27 avril, la plateforme de surveillance AQI basée à New Delhi a identifié les 50 villes les plus chaudes du monde** comme étant toutes situées en Inde, illustrant l’intensité de l’épisode caniculaire.

Cette hausse de la demande a entraîné un recours accru au charbon, comme l’explique Girish Madan, directeur des notations d’entreprise chez Fitch Ratings à Singapour : « Avec la hausse des prix du GNL, la production d’électricité à base de gaz devient économiquement non viable, obligeant le charbon à assumer une part plus importante de la charge pendant les mois de pointe estivale » (Fitch Ratings, avril 2026).

Rôle du gaz naturel liquéfié et des perturbations d’approvisionnement

Environ 4 % de la capacité installée électrique de l’Inde fonctionne au gaz, dont près de 60 % du GNL est importé via le détroit d’Ormuz. La flambée des prix du GNL, liée aux tensions géopolitiques au Moyen‑Orient, a rendu cette source moins compétitive. Même si une légère reprise de la production au gaz a été observée fin avril, elle reste en moyenne 1,5 GW** en dessous des niveaux de 2025, indique Madan, soulignant un « remplacement continu du gaz par le charbon » dans le mix énergétique.

Dans le cas où le phénomène El Niño se développerait, les analystes prévoient une possible croissance de 10 % d’une année sur l’autre de la production d’électricité au charbon en Inde (Fitch Ratings, avril 2026).

Conséquences pour l’industrie du ciment et du coke de pétrole

La demande de charbon ne provient pas uniquement du secteur électrique. Firat Ergene, analyste principal chez Kpler pour le charbon, le coke de pétrole et le ciment, note que les approvisionnements en coke de pétrole – utilisé comme carburant dans les cimenteries – ont été perturbés par le conflit au Moyen‑Orient, entraînant une hausse des prix. Cette situation a poussé plusieurs cimenteries à substituer le coke de pétrole par du charbon, augmentant ainsi la consommation globale de ce combustible (Kpler, avril 2026).

Perspectives et engagements climatiques

Malgré ces évolutions, l’Inde maintient ses objectifs climatiques nationaux. Le pays s’est engagé à réduire l’intensité des émissions de son économie de 47 % d’ici 2035 et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2070. Selon une analyse du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), le taux de croissance des émissions de CO₂ de l’Inde en 2025 a été le plus lent depuis plus de deux décennies, bien que les émissions totales continuent d’augmenter (CREA, 2025).

Le gouvernement indien a également rappelé, dans un communiqué du 2 mai 2026, que des températures relativement plus élevées étaient attendues pour le mois, pouvant déclencher des conditions de vague de chaleur dans le nord‑ouest, le centre, l’ouest et la côte est du pays, ce qui pourrait maintenir la pression sur la demande électrique.

En résumé, la combinaison d’une vague de chaleur intense, de la hausse des prix du GNL et des perturbations d’approvisionnement en coke de pétrole a entraîné un rebond temporaire de la consommation de charbon en Inde en avril 2026. Toutefois, les engagements à long terme du pays en matière d’énergies renouvelables et de réduction des émissions restent des leviers essentiels pour orienter son mix énergétique vers une trajectoire plus durable.

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