Les véhicules électriques chinois arrivent au Canada : opportunités et défis
Alors que le marché canadien de l’automobile dépasse déjà les 1,9 million de véhicules vendus chaque année, l’arrivée prochaine de modèles électriques fabriqués en Chine suscite à la fois enthousiasme et inquiétude. Michael MacGillivray, président de Century Auto Group et de Sigma Auto Group, supervise dix concessionnaires en Nouvelle‑Écosse et au Nouveau‑Brunswick et voit dans cette évolution une « énorme révélation » pour le secteur.
Une mission à Pékin pour tisser des liens
En avril 2024, MacGillivray a participé au Salon de l’automobile de Pékin aux côtés d’autres concessionnaires canadiens. L’objectif était de rencontrer des constructeurs tels que BYD, Geely et Chery afin d’évaluer le potentiel d’importation de leurs véhicules électriques et utilitaires sport.
« J’ai été très impressionné par la qualité des matériaux, le design et la dynamique de conduite des modèles chinois », a-t-il déclaré. Cette impression positive l’a motivé à poursuivre des discussions en vue de devenir l’un des premiers détaillants canadiens à proposer ces marques sur son territoire.
Un cadre tarifaire privilégié
Le gouvernement canadien a instauré, dès 2024, un régime tarifaire spécifique pour les véhicules électriques originaires de la République populaire de Chine : un quota annuel de 49 000 unités soumis à un droit de douane de 6,1 %, bien inférieur au taux de 100 % qui s’applique aux autres véhicules chinois exportés vers le Canada【https://www.canada.ca/fr/ministere-finances/programmes/tarifs.html】. Cette mesure a été interprétée par les acteurs du secteur comme un signal encourageant pour établir des réseaux de distribution.
Farid Ahmad, président du courtier automobile DSMA basé dans la banlieue de Toronto, confirme l’engouement : « Nous avons reçu près de 400 demandes de concessionnaires à travers le Canada qui souhaitent représenter l’une de ces marques chinoises ». Selon lui, cette ouverture permet aux constructeurs chinois de prendre pied sur le marché nord‑américain tout en offrant aux consommateurs davantage de choix.
Réactions de l’industrie canadienne
L’Association canadienne des constructeurs de véhicules (ACCV) a exprimé ses réserves, jugeant la décision « profondément préoccupante » en raison des risques potentiels pour les producteurs nationaux. De l’autre côté de la frontière, l’ancien président américain Donald Trump a qualifié la mesure de « désastre », tandis que le secrétaire aux Transports Sean Duffy a averti sur X que le Canada « regrettera le jour où il a laissé le Parti communiste chinois inonder l’Amérique du Nord de ses véhicules électriques ».
Ces déclarations reflètent les tensions géopolitiques qui entourent le commerce de technologies propres, mais elles ne modifient pas le cadre légal actuellement en vigueur au Canada.
Analyse du marché et prévisions
Selon S&P Global Mobility, les véhicules électriques chinois pourraient représenter entre 3 % et 5 % du parc canadien d’ici les prochaines années, une part suffisante pour offrir de la variété sans bouleverser profondément la dynamique concurrentielle actuelle【https://www.spglobal.com/mobility/】. Michael Robinet, vice‑président de la stratégie de prévision chez S&P Global Mobility, précise que cette fourchette est « importante, mais ne modifiera pas significativement les rapports de force ».
Le marché canadien de l’automobile reste dominé par les constructeurs traditionnels : General Motors, Ford, Toyota et Hyundai continuent de représenter la majorité des ventes, selon les dernières données de S&P Global. Toutefois, l’intérêt croissant pour les modèles électriques à prix compétitif pourrait accélérer la transition énergétique souhaitée par les gouvernements provinciaux et fédéral.
Vers une offre diversifiée pour les consommateurs
Des observateurs tels que Patrick Hunt et Daniel Haim soulignent que l’arrivée de ces véhicules élargira les possibilités d’achat, particulièrement dans un contexte où les prix de l’essence restent volatils. « Plus de chances, plus d’options pour les gens de choisir différents véhicules », affirme Hunt, tandis que Haim ajoute que la combinaison d’un coût d’acquisition potentiellement inférieur et d’incitations provinciales pourrait rendre les VE chinois particulièrement attractifs.
En résumé, l’importation contrôlée de véhicules électriques chinois au Canada constitue une expérimentation réglementaire qui tente d’équilibrer l’ouverture du marché avec la protection des acteurs locaux. Les mois à venir permettront de vérifier si les prévisions de pénétration de 3 % à 5 % se concrétisent et comment les concessionnaires, comme ceux dirigés par Michael MacGillivray, réussiront à intégrer ces nouvelles offres dans leurs showrooms.
