L’or volatile : entre tensions géopolitiques et correction de marché
Le marché de l’or a connu une séance de forte volatilité lundi, illustrant la sensibilité du métal jaune aux nouvelles géopolitiques et à l’évolution du sentiment des investisseurs. Après avoir chuté brutalement en début de séance, le prix de l’or au comptant a partiellement effacé ses pertes suite à des déclarations du président américain Donald Trump laissant entrevoir une désescalade potentielle des tensions avec l’Iran.
Un rebond technique après une chute initiale
Le cours de l’or avait temporairement plongé de plus de 5 % lundi matin, tombant à 4 262,50 $ l’once, avant de se ressaisir pour clôturer la journée à 4 431,09 $. Ce mouvement de yo-yo a suivi l’annonce par M. Trump d’un report des frappes militaires américaines sur les infrastructures énergétiques iraniennes, à la suite de pourparlers qualifiés de “bons et productifs”. Les contrats à terme sur l’or (futures), plus sensibles aux anticipations, ont quant à eux chuté de près de 10 % avant de se stabiliser en baisse de 0,7 % à 4 574 $.
Cette réaction immédiate souligne la nature de l’or comme actif réactif aux flux de nouvelles géopolitiques. Une escalade militaire dans une région clé pour l’approvisionnement énergétique mondial alimente traditionnellement les craintes d’inflation et d’instabilité, soutenant la demande pour le métal précieux en tant que valeur refuge. L’apaisement relatif de ces craintes a donc provoqué un mouvement de prise de bénéfices.
La fin d’un cycle haussier ?
Ce rebond technique ne doit pas masquer la tendance de fond qui pèse sur le métal jaune. La semaine dernière, l’or avait enregistré sa pire performance hebdomadaire depuis septembre 2011, avec une perte cumulative d’environ 10 %. Depuis son record historique de 5 594,92 $ l’once atteint fin janvier 2025, le prix au comptant a reculé d’environ 25 %.
Cette correction s’inscrit dans un contexte de réévaluation globale des actifs par les investisseurs. Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique :
- Un dollar plus fort : Le billet vert ayant repris de la vigueur, le prix de l’or libellé en dollars en est mécaniquement pénalisé.
- La hausse des rendements obligataires : Les taux des obligations d’État, notamment dans la zone euro, ont de nouveau augmenté lundi. Or, l’or ne rapportant aucun coupon, son attractivité relative diminue lorsque les actifs de revenu fixe offrent des rendements plus élevés.
- Une aversion au risque sélective : Contrairement aux phases de panique pure, le conflit iranien, bien qu’inquiétant, n’a pas (encore) déclenché un “flight to quality” massif et généralisé vers l’or. Les actifs américains, y compris le Trésor, restent perçus comme le refuge principal.
Analyse d’expert : un changement de paradigme ?
Pour Nic Puckrin, co-fondateur de Coin Bureau et analyste chevronné des marchés des métaux précieux, cet épisode pourrait marquer un tournant. “Les enjeux de la guerre en Iran ont simplement augmenté et ce à quoi nous assistons est une fuite ultime vers la sécurité. C’est exactement ainsi que les échanges commerciaux dynamiques prennent fin”, a-t-il déclaré, suggérant que le soutien structurel à l’or s’émousse.
Son analyse pointe un changement de comportement des acteurs institutionnels majeurs : “Ce que nous observons dans le secteur des métaux précieux indique que les banques centrales et les États du Golfe puisent dans les réserves d’or qu’ils ont constituées au cours des deux dernières années. L’accent s’est déplacé de l’accumulation vers la préservation du capital. Cela plafonnera naturellement les prix de l’or.”
Cette thèse est étayée par les données du World Gold Council qui montraient une demande des banques centrales encore robuste au premier trimestre 2025, mais avec un rythme potentiellement moins effréné qu’en 2023-2024. Une stabilisation de ces achats institutionnels, combinée à une demande physique (bijoux, pièces) moins dynamique à ces niveaux de prix, limite les soutiens de fond.
Perspectives : l’or face à un nouvel environnement
L’épisode de lundi démontre que le métal jaune reste un baromètre sensible aux tensions géopolitiques. Cependant, son rôle traditionnel de valeur refuge absolue semble être testé dans un environnement macroéconomique où les taux restent élevés et où le dollar conserve sa prééminence.
À court terme, toute nouvelle escalade au Moyen-Orient pourrait relancer les achats de couverture. Toutefois, la tendance à moyen terme dépendra davantage des perspectives de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine et de l’évolution de l’inflation. Pour l’instant, le marché semble avoir intégré un scénario où la hausse des taux est terminée mais où leur niveau reste “élevé pour plus longtemps”, un environnement historiquement moins favorable à l’or.
L’argent (argent), souvent perçu comme un proxy plus volatil de l’or, a quant à lui rebondi de 3,3 % à 69,97 $ l’once après avoir touché un plus bas annuel, illustrant la recherche d’opportunités dans les actifs risqués une fois la pression géopolitique immédiate relâchée.
