Jeunesse ougandaise : entre aspirations entrepreneuriales et attentes envers l’État
Une enquête Afrobaromètre réalisée en janvier 2025 auprès d’adultes ougandais révèle que, si la jeunesse pouvait choisir librement son parcours professionnel, près de la moitié envisagerait de créer sa propre entreprise, tandis qu’un tiers privilégierait un emploi dans le secteur public ou l’agriculture. Ces préférences s’inscrivent dans un contexte où l’éducation et la création d’emplois sont perçues comme les deux principales priorités des dépenses publiques destinées à soutenir les jeunes.
Priorités des citoyens pour l’aide aux jeunes
Selon les répondants, les gouvernements devraient concentrer leurs efforts sur :
- la création d’emplois ;
- l’amélioration de l’éducation.
Ces deux domaines arrivent en tête des programmes prioritaires destinés à aider la jeunesse, dépassant largement d’autres secteurs tels que la santé ou les infrastructures.
Évaluation de la performance gouvernementale
La perception de l’action de l’État varie sensiblement selon le secteur considéré :
- 58 % des Ougandais approuvent la performance du gouvernement en matière d’éducation, bien que cette approbation ait fortement diminué au cours des deux dernières décennies.
- Seuls 44 % des citoyens estiment que le gouvernement accomplit un travail adéquat en matière de création d’emplois.
En conséquence, l’éducation occupe la deuxième place parmi les problèmes que les Ugandans jugent les plus urgents pour leur gouvernement, tandis que le chômage se situe à la sixième position.
Situation actuelle de l’emploi des jeunes
Les données de l’enquête Afrobaromètre montrent que :
- 28 % des adultes ougandés occupent un emploi à temps plein ;
- 17 % travaillent à temps partiel ;
- 21 % déclarent ne pas avoir d’emploi et en chercher un activement.
Le chômage est particulièrement marqué chez les jeunes (27 %), les personnes ayant terminé le secondaire (25 %), les ménages les plus pauvres (24 %) ainsi que les résidents des régions de l’Est (31 %) et du Nord (26 %).
Obstacles fréquemment cités à l’insertion professionnelle
Lorsque les jeunes expliquent les difficultés qu’ils rencontrent pour trouver un travail, ils mettent en avant trois facteurs principaux :
- la réticence à accepter certains types d’emplois ;
- une formation jugée inadéquate par rapport aux besoins du marché ;
- le manque d’expérience exigée par les employeurs.
Ces obstacles contribuent à un décalage entre les diplômes obtenus et les compétences réellement demandées, entraînant une sous‑utilisation du capital humain et une inefficacité économique.
Préférences professionnelles si le choix était libre
Lorsqu’on leur demande quel secteur ils privilégieraient s’ils avaient la liberté de choisir, les répondants jeunes se répartissent ainsi :
- 47 % souhaiteraient créer leur propre entreprise ;
- 23 % privilégieraient un emploi dans le secteur public ;
- 13 % opteraient pour le travail agricole.
Cette forte inclination vers l’entrepreneuriat souligne le désir d’autonomie et d’innovation parmi la jeunesse ougandaise.
Volonté de contribuer financièrement aux politiques publiques
Une majorité substantielle de la population se dit prête à accepter une hausse de la fiscalité ou des frais d’usage afin de financer :
- l’éducation publique (75 %) ;
- les initiatives en faveur des jeunes (72 %) ;
- les programmes d’aide aux plus pauvres (70 %).
Cette disposition indique un consensus large sur la nécessité d’investir davantage dans le capital humain et les filets de protection sociale.
Liens avec les objectifs de développement durable et la Vision 2040 de l’Ouganda
Les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, adoptés en 2015, placent le travail décent et la croissance économique (ODD 8) ainsi qu’un accès inclusif à une éducation de qualité (ODD 4) au cœur du développement durable. Au niveau national, le plan de développement à long terme « Vision 2040 » met également l’accent sur le développement du capital humain et la création d’emplois comme leviers essentiels pour transformer l’Ouganda, actuellement à faible revenu, en un pays à revenu intermédiaire supérieur.
Les résultats de l’enquête Afrobaromètre confirment que les aspirations des jeunes et les attentes du public sont en phase avec ces cadres stratégiques : investir dans l’éducation et faciliter l’accès à un emploi décent sont perçus comme des conditions indispensables à la stabilité des ménages, à la réduction de la pauvreté et au développement national à long terme.
Conclusion
Les jeunes Ougandais manifestent un fort désir d’entreprendre, tout en reconnaissant le rôle crucial de l’État dans l’amélioration de l’éducation et la création d’emplois. Les obstacles identifiés – inadéquation de la formation, manque d’expérience et réticence face à certains postes – appellent des interventions ciblées, notamment des programmes de formation alignés sur les besoins du marché et des mécanismes de soutien à l’innovation entrepreneuriale. En répondant à ces attentes, le gouvernement pourrait non seulement améliorer sa légitimité aux yeux des citoyens, mais aussi accélérer la réalisation des ODD et de la Vision 2040.
Source : Afrobaromètre, enquête janvier 2025 ; Uganda Bureau of Statistics, 2021 ; Gouvernement de l’Ouganda, Vision 2040, 2013 ; déclarations de Ssenkumba Muhammad, statisticien chez Hatchile Consult Ltd., partenaire national de l’Afrobaromètre en Ouganda.
