L’Asie-Pacifique, modèle de résilience économique en temps de crise
Alors que de nombreuses régions du monde luttent encore pour se remettre des conséquences de la pandémie de COVID-19, l’Asie-Pacifique se distingue par une reprise économique précoce et vigoureuse. Selon les prévisions de l’OCDE, cette trajectoire de croissance devrait se poursuivre en 2021 et 2022. Cette performance remarquable n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une préparation minutieuse, nourrie par les leçons amères des crises précédentes.
Des années de préparation : la leçon de la crise de 1997
Le contraste avec la crise financière asiatique de la fin des années 1990 est saisissant. À l’époque, la région avait été durement touchée. Cette épreuve a servi de catalyseur pour des réformes structurelles profondes. Lorsque la crise financière mondiale de 2008-2009, puis la pandémie de COVID-19, ont frappé, les pays d’Asie-Pacifique étaient bien mieux armés. Leurs atouts étaient multiples : des politiques monétaires prudentes, des taux de change flexibles, des réserves de change conséquentes, des systèmes bancaires solidement capitalisés, et surtout, un espace budgétaire leur permettant de soutenir leurs économies sans mettre en péril leur stabilité financière à long terme. Les systèmes de santé, réorganisés après les précédentes crises sanitaires comme le SRAS, ont également mieux résisté à la pression initiale.
La résilience, un moteur de croissance à long terme
La capacité d’une économie à absorber les chocs sans subir de dommages permanents est un déterminant crucial de sa croissance future, en particulier pour les pays en développement et émergents. La recherche économique, notamment les travaux pionniers d’Easterly et al. (1993), a depuis longtemps établi ce lien. C’est en grande partie grâce à cette résilience cumulative que les 15 économies de la région Asie-Pacifique ont vu leur poids dans l’économie mondiale presque doubler, passant d’environ 19 % au début des années 1990 à 34 % aujourd’hui. Cette ascension économique devrait être consolidée par le récent Partenariat économique régional global (RCEP), le plus grand accord de libre-échange mondial, qui devrait stimuler l’intégration commerciale et l’investissement, comme le souligne l’Étude économique de l’OCDE sur la Thaïlande.
Une analyse nuancée : la résilience n’est pas uniforme
Il serait trompeur de peindre toute la région du même pinceau. Pour mettre en lumière les différences de performance, les économistes de l’OCDE Patrick Lenain et Kosuke Suzuki ont employé une méthode statistique d’analyse groupée (classification hiérarchique de Ward). Cette approche permet d’identifier des groupes d’économies partageant des comportements similaires face aux chocs, sans a priori sur les causes. La résilience a été mesurée selon trois indicateurs clés pour chaque crise majeure : la profondeur de la récession, la vitesse de la reprise, et l’ampleur des “cicatrices” de croissance à long terme (mesurée ici, pour la pandémie, par le nombre de décès liés au COVID-19, un indicateur fortement corrélé avec l’ampleur des perturbations économiques selon Goolsbee et Syverson, 2020).
Cette analyse révèle une dynamique évolutive et contrastée :
- L’Australie avait fait preuve d’une robustesse exceptionnelle lors des crises de 1997 et 2008. Elle a pourtant connu une récession sévère lors de la pandémie, illustrant qu’aucune économie n’est à l’abri.
- La Chine et l’Inde, bien que résilientes lors des deux premières crises, ont vu leurs performances relatives se dégrader face à la pandémie. L’Inde, particulièrement, a subi une contraction économique profonde.
- La Corée et la Thaïlande affichent une trajectoire d’amélioration notable de leur résilience après chaque crise successive.
- Le Vietnam se distingue comme l’économie la plus constamment résiliente de l’ensemble de la région sur la période observée.
Perspectives : consolider la reprise et relever les défis structurels
Malgré ces disparités, le tableau d’ensemble est sans équivoque : la région Asie-Pacifique a démontré une capacité collective à se remettre rapidement des chocs. La poursuite de la reprise en 2021 et 2022 dépendra largement de deux facteurs : la maîtrise de la pandémie, notamment par des campagnes de vaccination rapides et étendues, et le maintien de politiques de soutien coordonnées.
Si ces conditions sont réunies, la région devrait renforcer son statut de moteur de la croissance mondiale. Cette phase de rebond offre une fenêtre d’opportunité cruciale pour s’attaquer à des défis structurels préexistants. Il s’agit notamment de réduire le haut niveau d’économie informelle et les inégalités, qui freinent le développement inclusif, ainsi que d’accélérer la transition vers une économie sobre en carbone. La résilience démontrée face aux crises doit maintenant être transformée en résilience face aux défis démographiques, sociaux et environnementaux de demain.
Références :
Easterly, W., M. Kremer, L. Pritchett et LH Summers (1993), « Bonne politique ou bonne chance ? Performance de croissance des pays et chocs temporaires », Journal of Monetary Economics, 32.
Goolsbee A. et C. Syverson (2020), « Fear, Lockdown, and Diversion : Comparing Drivers of Pandemic Economic Decline 2020 », document de travail du NBER n° 27432, juin.
OCDE (2020), Études économ
