Accord UE-Australie : le lobby agricole dénonce des concessions “inacceptables”
Le 24 mars 2026, le Copa-Cogeca, principal lobby représentant les agriculteurs et coopératives de l’Union européenne, a vivement critiqué le nouvel accord commercial conclu entre l’UE et l’Australie. Dans un communiqué, l’organisation estime que les concessions accordées par la Commission européenne sont “inacceptables” car elles ne protègent pas suffisamment le secteur agricole européen, notamment dans un contexte où les engagements pris avec d’autres partenaires, comme le Mercosur, pèsent déjà sur le marché.
Un impact cumulé jugé préoccupant
L’accord prévoit des quotas d’importation progressifs pour plusieurs produits considérés comme sensibles par l’UE. Il s’agit notamment de :
- 30 600 tonnes de bœuf par an, étalées sur 10 ans.
- 25 000 tonnes de viande ovine par an, sur une période de sept ans.
- 35 000 tonnes de sucre.
- 8 500 tonnes de riz, progressivement sur cinq ans.
Or, pour le Copa-Cogeca, ces volumes ne peuvent être isolés des autres accords. Ils s’ajoutent aux quotas déjà octroyés aux pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), qui prévoient par exemple 99 000 tonnes de viande bovine. “Dans un contexte post-Mercosur, l’impact cumulé des accords commerciaux successifs rend ces concessions inacceptables”, a déclaré le lobby, ajoutant que les agriculteurs européens “ne peuvent pas continuer à absorber le coût de la libéralisation des échanges bilatéraux sans des garanties adéquates et véritablement efficaces”.
Des mécanismes de sauvegarde jugés insuffisants
L’accord inclut bien un mécanisme de sauvegarde, permettant à l’UE ou à l’Australie d’imposer des mesures temporaires pendant les sept premières années en cas de perturbation majeure du marché due à une hausse soudaine des importations. Cependant, le Copa-Cogeca minimise son efficacité. Un représentant a confié à Euronews que ces outils étaient perçus comme de simples “outils de communication”, car ils “mettront du temps à s’activer en cas de crise du marché”. Cette méfiance soulève des questions sur la capacité réactive de l’accord face à des chocs conjoncturels.
La protection des indications géographiques en débat
Un autre point de friction concerne la protection des indications géographiques (IG), ces appellations liées à un terroir, comme le fromage Feta grec ou le Gruyère français. L’accord protège officiellement 165 IG agroalimentaires et 231 IG de boissons spiritueuses de l’UE en Australie. Toutefois, une exception notable a été négociée : les producteurs australiens ayant utilisé de bonne foi des noms comme “Feta” ou “Gruyère” de manière continue pendant au moins cinq ans avant l’accord pourront continuer à les employer. Pour le député européen libéral Benoît Cassart, un agriculteur belge, cela met “ces produits en danger”.
Le cas du “Prosecco” italien a provoqué une réaction particulièrement vive. L’accord permet aux Australiens de continuer à utiliser le terme “Prosecco” pour désigner un cépage gris, à condition qu’il soit lié à une indication géographique australienne et utilisé comme nom de variété. Si les exportations de vins portant ce nom vers l’UE doivent cesser après 10 ans, l’eurodéputée italienne Carolina Morace (Mouvement 5 étoiles) y voit une légalisation de l’imitation : “Avec cette décision, la Commission européenne légalise le ‘son à l’italienne’, c’est-à-dire l’imitation de notre excellence agroalimentaire dans le monde entier. En tant que Vénitien, je ne peux que rejeter cette dernière attaque contre nos traditions.”
Un accord déjà contesté sur la scène politique européenne
Avant sa ratification définitive, l’accord doit être approuvé par le Parlement européen et les États membres. Or, il arrive dans un contexte politique déjà tendu, plusieurs députés ayant contesté la légalité de l’accord UE-Mercosur devant la Cour de justice de l’UE, retardant son processus. Benoît Cassart a fustigé la méthode de la Commission, accusant la présidente Ursula von der Leyen de “faire cavalier seul” : “Nous allons être confrontés à des importations supplémentaires dans des secteurs sensibles comme la viande bovine et le sucre, même si nous avons déjà fait part de nos inquiétudes sur cette situation dans le cas du Mercosur.”
Ces critiques, portées par un lobby puissant et relayées par des élus de plusieurs États membres, esquissent un parcours parlementaire semé d’embûches pour l’accord. Elles reflètent un débat plus large au sein de l’UE sur l’équilibre à trouver entre l’ouverture commerciale et la protection de ses modèles agricoles et de ses spécificités territoriales, un équilibre que les actuels négociateurs semblent avoir du mal à trouver aux yeux de nombreux acteurs du terrain.
