Impasse budgétaire aux États-Unis : le Sénat vote un financement partiel pour la sécurité intérieure
Dans un développement tardif mettant fin à 42 jours de paralysie partielle, le Sénat américain a approuvé à l’unanimité, tôt vendredi matin, un projet de loi de financement pour la majeure partie du Département de la Sécurité intérieure (DHS). Cette mesure, qui doit maintenant être examinée par la Chambre des représentants, permettra de payer les agents de la Transportation Security Administration (TSA) et d’autres agences clés comme la Garde côtière et l’Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA). En revanche, elle exclut expressément tout financement pour les opérations de contrôle de l’immigration et l’application des douanes, au cœur du différend partisan qui a bloqué le gouvernement.
L’accord, adopté sans appel nominal, intervient sous la pression d’une crise opérationnelle croissante dans les aéroports. Avec un nouveau chèque de paie manqué par les agents de la TSA prévu vendredi, le président Donald Trump avait annoncé son intention de signer un décret d’urgence pour les payer immédiatement, dénonçant le « chaos dans les aéroports ». Ce vote au Sénat pourrait rendre cette mesure présidentielle superflue, si la Chambre adopte le texte et que le président le signe.
Ce qui est financé, et ce qui ne l’est pas
Le texte du Sénat finance spécifiquement les fonctions « non-frontalières » du DHS. Les agences suivantes verront donc leurs salaires et opérations assurées :
- Transportation Security Administration (TSA) : Les 50 000 agents de sécurité dans les aéroports.
- Garde côtière américaine : Missions de sécurité maritime et de sauvetage.
- Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) : Gestion des catastrophes et des crises.
En revanche, le financement est délibérément absent pour :
- U.S. Customs and Border Protection (CBP) : Les agents des douanes et de la protection des frontières.
- U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) : Les agents de l’immigration et des douanes chargés des expulsions intérieures.
Il est crucial de noter que les opérations de l’ICE n’ont pas été interrompues par la fermeture. Une loi de réduction d’impôts de 2025 avait en effet alloué 75 milliards de dollars supplémentaires au DHS, dont une partie substantielle pour l’ICE, garantissant son financement continu malgré l’impasse budgétaire. Cette faille législative est au centre de la colère des républicains conservateurs, qui exigent désormais un financement « intégral » de l’ICE dans le prochain paquet.
Des négociations tendues et un échec cuisant
Les discussions ont dramatiquement échoué jeudi après que le chef de la majorité au Sénat, John Thune (Républicain), a présenté une « dernière et ultime » offre aux démocrates. Ces derniers ont rejeté les propositions républicaines, les jugeant insuffisantes pour imposer des garde-fous aux agences d’immigration. Ils exigeaient notamment :
- L’obligation pour les agents fédéraux de porter des badges d’identification visibles.
- L’interdiction de mener des raids dans des lieux sensibles (écoles, églises).
- La fin des mandats d’arrêt administratifs, exigeant une approbation judiciaire préalable pour des perquisitions dans des domiciles privés.
Le secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, a indiqué être prêt à étudier cette dernière proposition. Les démocrates, dirigés par Chuck Schumer, ont accusé les républicains d’avoir laissé pourrir la situation pendant des semaines, promettant de continuer à se battre pour que le programme d’expulsions « voyou » de Trump « n’obtienne pas plus de financement sans une réforme sérieuse ».
Conséquences concrètes : files d’attente et démission à la TSA
Pendant que Washington s’affrontait, les voyageurs américains subissaient les contrecoups de la fermeture. L’absentéisme à la TSA a atteint des niveaux critiques, dépassant les 40% dans certains aéroports et culminant à plus de 11% à l’échelle nationale mercredi (soit plus de 3 120 agents absents). Près de 500 agents ont démissionné pendant le blocage, selon des données du DHS.
À l’aéroport intercontinental George Bush de Houston, des voyageurs comme Melissa Gates ont subi des délais extrêmes, attendant plus de deux heures et demie sans atteindre le point de contrôle. « J’aurais dû conduire. Cinq heures auraient été hilarantes à côté de ça », a-t-elle déclaré, résumant la frustration de millions de passagers.
Everett Kelley, président de la Fédération américaine des employés du gouvernement (AFGE), a salué le paiement des salaires de la TSA mais a pressé le Congrès d’adopter un financement complet et durable pour l’ensemble du DHS : « Il faut que le Congrès reste en session jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé qui finance le DHS, paie tous les travailleurs du DHS et assure le fonctionnement de ces agences vitales. »
Prochaines étapes incertaines à la Chambre
Le chemin à la Chambre des représentants, où le président Mike Johnson (Républicain) ne dispose que d’une majorité fragile, est semé d’embûches. L’adoption du texte nécessitera très probablement un soutien bipartite. Or, les républicains conservateurs de la Chambre, tout comme leurs homologues du Sénat, menacent de s’opposer à tout accord qui ne finance pas pleinement les opérations d’immigration. « Nous financerons entièrement l’ICE. C’est le but de ce combat », a affirmé le sénateur Eric Schmitt (Républicain).
Cette dynamique laisse présager de nouveaux rebondissements, alors que le pays évite de justesse une crise humanitaire et logistique dans ses transports aériens, mais que le conflit fondamental sur le financement des politiques d’immigration reste entier.
Avec les informations de l’Associated Press. Cet article s’appuie sur des déclarations officielles de parlementaires, des
