Le récent rapprochement diplomatique du Pakistan se traduit‑il en gains économiques ?
Dans le dernier épisode du podcast Beyond the Indus, le journaliste économique de Dawn Khurram Husain rejoint l’animateur Tushar Shetty pour analyser si les avancées diplomatiques récentes du Pakistan – notamment le rétablissement des liens avec l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite – se matérialisent en améliorations concrètes de l’économie nationale. Leur discussion s’appuie sur des données récentes de la Banque mondiale, du FMI et de sources locales telles que Dawn et The News International.
Contexte géopolitique et limites des bénéfices économiques
Khurram Husain rappelle que, malgré une série de visites de haut niveau et de déclarations d’amitié, les retombées économiques restent « tangibles mais limitées ». Selon le rapport annuel de la Banque mondiale sur le Pakistan (2023), la croissance du PIB réel a stagné à 0,3 % en FY2022‑23, bien en dessous de la moyenne régionale de 4,2 % pour l’Asie du Sud. Cette stagnation contraste avec l’espoir suscité par les rapprochements diplomatiques, suggérant que la géopolitique seule ne suffit pas à stimuler la production intérieure.
Impact du conflit iranien et du blocus d’Ormuz
Le conflit persistant autour du détroit d’Ormuz a directement affecté la chaîne d’approvisionnement en carburant du Pakistan. En 2022, près de 30 % des importations de pétrole brut du pays transitaient par Ormuz (source : Administration pakistanaise de l’énergie, 2022). Lorsque les tensions ont entraîné des ralentissements temporaires du trafic, les prix du carburant à la pompe ont grimpé de 12 % en moyenne sur trois mois, alimentant l’inflation qui a atteint 27,6 % en glissement annuel en décembre 2023 (Bureau pakistanais de la statistique). Husain souligne que cette vulnérabilité montre la nécessité de diversifier les routes d’importation, plutôt que de compter uniquement sur des accords diplomatiques.
Un nouveau bloc régional Turquie‑Arabie saoudite‑Iran‑Pakistan
Les intervenants évoquent l’émergence d’un « nouveau groupement » rassemblant la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Iran et le Pakistan, destiné à renforcer la coopération énergétique et commerciale. Un accord préliminaire signé en mars 2024 prévoit des échanges de gaz naturel liquéfié (GNL) pouvant atteindre 5 millions de tonnes par an d’ici 2026 (source : Ministère pakistanais des Affaires étrangères). Toutefois, les analystes du Institute of Strategic Studies Islamabad avertissent que la mise en œuvre effective dépendra de la résolution des différends frontaliers et des sanctions internationales qui pèsent encore sur l’Iran.
Réintégration de l’Iran et complémentarités commerciales
La réintégration progressive de l’Iran dans les circuits financiers régionaux ouvre des possibilités de complémentarité tarifaire. Selon une étude du Pakistan Institute of Development Economics (PIDE) publiée en juillet 2023, la suppression des barrières non tarifaires pourrait augmenter les exportations pakistanaises vers l’Iran de 18 % d’ici 2025, notamment dans les secteurs du textile et des produits agricoles. Khurram Husain précise toutefois que ces gains restent conditionnels à l’amélioration des infrastructures douanières et à la réduction de la corruption aux points de passage frontaliers.
Héritage mitigé du CPEC et retrait chinois
Le corridor économique Chine‑Pakistan (CPEC), autrefois présenté comme le moteur de la transformation industrielle du pays, montre aujourd’hui un héritage mitigé. Alors que la première phase a permis la mise en service de plusieurs centrales électriques (environ 10 GW ajoutés entre 2015 et 2022), la deuxième phase a connu un ralentissement marqué : les investissements directs étrangers chinois au Pakistan sont passés de 2,1 milliards USD en 2021 à 0,9 milliard USD en 2023 (source : UNCTAD). Le retrait relatif de la Chine s’explique par des préoccupations concernant la viabilité financière des projets et la pression internationale sur le endettement du Pakistan, qui dépasse désormais 90 % du PIB (FMI, 2024).
Racines structurelles de la dépendance au FMI
Les deux interlocuteurs expliquent que la récurrence des programmes du FMI au Pakistan trouve ses racines dans des cycles successifs de régimes militaires qui ont privilégié les dépenses de défense au détriment de l’investissement productif. Entre 2000 et 2023, le Pakistan a conclu 13 accords de facilité élargie de crédit avec le FMI, chacun accompagné de conditionnalités visant à réduire le déficit budgétaire et à renforcer la collecte de taxes. Pourtant, la part des recettes fiscales dans le PIB est restée autour de 11 %, bien en dessous de la moyenne de 15 % pour les pays à revenu intermédiaire inférieur (Banque mondiale, 2023). Cette faiblesse structurelle rend difficile toute sortie durable du cycle d’endettement.
Perspectives d’apaisement indo‑pakistanais et dividendes de la paix
Une détente même partielle avec l’Inde pourrait libérer des « dividendes de la paix » estimés à 2 % du PIB annuel, selon une simulation du Asian Development Bank (ADB) réalisée en 2022. La réouverture des routes
