Le réaménagement du classement mondial des marchés boursiers porté par l’essor de l’intelligence artificielle
En novembre 2025, le taureau de Wall Street trône toujours près de la Bourse de New York, mais le paysage des marchés financiers évolue rapidement sous l’effet de l’intelligence artificielle (IA). Selon les dernières données publiées par HSBC, qui suivent la capitalisation boursière mondiale, Taïwan a dépassé le Canada pour devenir le sixième marché boursier mondial, tandis que la Corée du Sud a devancé le Royaume‑Uni à la huitième place.
Cette progression s’inscrit dans une tendance plus large : la concentration du pouvoir de marché dans les économies situées au cœur de la chaîne d’approvisionnement des semi‑conducteurs, secteur bénéficiant directement du boom de l’IA.
Des chiffres qui témoignent d’une ascension fulgurante
En 2004, la bourse de Taïwan n’était que la douzième au monde, avec une valorisation d’environ 500 milliards de dollars américains. La Corée du Sud occupait alors le treizième rang, avec près de 400 milliards de dollars. Aujourd’hui, les deux marchés affichent respectivement une capitalisation de 4 700 milliards de dollars (Taïwan) et 4 400 milliards de dollars (Corée du Sud), selon les mêmes sources HSBC.
Les cinq premières places restent occupées par les États‑Unis, la Chine, le Japon, Hong Kong et l’Inde.
Le rôle moteur des semi‑conducteurs liés à l’IA
Les analystes attribuent cette hausse à une concentration extraordinaire du capital autour de quelques entreprises clés. À Taïwan, le géant TSMC représente désormais plus de 40 % de la capitalisation boursière totale du marché. En Corée du Sud, Samsung Electronics et SK Hynix pèsent ensemble 42,2 % de l’indice Kospi.
Comme le souligne Billy Leung, stratège en investissement mondial chez Global X ETFs : Ce qui est inhabituel ici, c’est la rapidité et l’étroitesse des facteurs déterminants.
Il précise que les remaniements du top 10 surviennent généralement à la suite d’un boom national, d’une introduction en bourse importante ou de plusieurs années de surperformance, alors que la dynamique actuelle repose quasi exclusivement sur l’exposition à l’IA et aux semi‑conducteurs.
June Chua, responsable des actions asiatiques chez Manulife Investment Management, confirme : Les deux indices sont effectivement devenus des proxys de l’IA et des semi‑conducteurs.
Tim Moe, stratège en chef des actions régionales de Goldman Sachs pour l’Asie‑Pacifique, ajoute que le thème du matériel d’IA est clairement le moteur de la hausse, notamment en raison de la transition vers l’IA agentique qui a provoqué une explosion de la demande de jetons, créant une pénurie d’approvisionnement bénéficiant aux fabricants de puces.
Volatilité et risques de concentration
Cette forte dépendance à un petit nombre de titres expose les investisseurs à des fluctuations soudaines. Raman Aylur Subramanian, responsable mondial des solutions de recherche régionales sur les indices chez MSCI, indique que la réévaluation induite par l’IA est entrée en collision avec des chocs géopolitiques et l’évolution des attentes en matière de taux d’intérêt, rendant le premier trimestre 2026 particulièrement perturbateur pour les marchés mondiaux et les portefeuilles multi‑actifs.
Herald van der Linde, responsable de la stratégie actions pour l’Asie‑Pacifique chez HSBC, met en garde contre le risque de concentration : Nous atteignons désormais des niveaux où de nombreux portefeuilles asiatiques commencent à être confrontés à un risque de concentration, ce qui signifie une trop grande exposition à un petit nombre d’actions de la région. Cela pourrait limiter les possibilités de hausse.
Les effets de cette concentration se sont déjà fait sentir : à la fin de la semaine dernière, les actions sud‑coréennes ont chuté après que des investisseurs étrangers aient vendu pour environ 13 milliards de dollars d’actions locales, provoquant de fortes fluctuations de l’indice de référence. Parallèlement, le titre Samsung Electronics, poids lourd du Kospi, a subi une pression liée aux négociations collectives et à la possibilité d’une grève.
Comparaisons avec d’autres marchés fortement concentrés
Les observateurs établissent des parallèles avec des marchés où un seul acteur domine l’indice de référence. En Arabie saoudite, la valorisation de Saudi Aramco représente une part écrasante du Tadawul, tandis qu’au Danemark, Novo Nordisk constitue la majorité du C25. Dans les deux cas, les variations du cours de ces entreprises ont un impact direct sur la performance globale du marché.
Par exemple, les actions danoises ont été mises sous pression lorsque les inquiétudes concernant un ralentissement de la demande pour les traitements contre l’obésité de Novo Nordisk ont augmenté. De même, le marché saoudien a connu un affaiblissement concomitant à la chute des prix du brut, avant de récupérer partiellement grâce au rebond des cours du pétrole.
Conclusion
Le réaménagement actuel du classement mondial des marchés boursiers illustre comment l’intelligence artificielle redéfinit les hiérarchies économiques. Taïwan et la Corée du Sud, grâce à leur position centrale dans la chaîne d’approvisionnement des semi‑conducteurs, ont connu une hausse spectaculaire de leur valorisation, dépassant des économies traditionnellement plus importantes.
Cependant, cette ascension s’accompagne de défis notables : une concentration extrême du capital autour de quelques géants technologiques, une volatilité accrue et une vulnérabilité potentielle aux retournements de marché liés à l’évolution de la demande d’IA ou à des tensions géopolitiques. Les investisseurs et les gestionnaires d’actifs devront donc surveiller de près ces facteurs de risque tout en tirant parti des opportunités offertes par la révolution de l’intelligence artificielle.
