Rencontre entre la Chine et l’Iran à Pékin : contexte et enjeux
Le 15 juillet 2025, le ministre iranien des Affaires étrangères, Seyed Abbas Araghchi, a été reçu à Pékin par son homologue chinois, Wang Yi, en marge de la réunion annuelle du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Selon le communiqué de l’agence officielle chinoise Xinhua, la rencontre a eu lieu le matin même et a été précédée d’une annonce proactive des médias d’État chinois, qui ont indiqué que l’invitation venait directement de Pékin.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, était également présent, bien que son nom n’apparaisse pas dans le compte‑ rendu officiel. Aucun ordre du jour détaillé n’a été divulgué, mais le ministère iranien des Affaires étrangères a précisé que les échanges porteraient sur les relations bilatérales ainsi que sur les questions régionales et internationales.
Contexte de la guerre américano‑israélienne
Cette visite intervient alors que le conflit déclenché le 28 février 2025 entre les États‑Unis et Israël, avec l’Iran comme acteur central, perturbe profondément les flux commerciaux dans le golfe Persique. Avant le déclenchement des hostilités, près de 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié transitaient par le détroit d’Ormuz, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Depuis plusieurs semaines, le trafic commercial a nettement ralenti, augmentant les risques d’une hausse des prix de l’énergie.
La Chine, premier acheteur mondial de pétrole et de gaz provenant du Golfe, a indiqué avoir absorbé une partie du choc grâce à ses réserves stratégiques et à un mix énergétique diversifié. Pékin a également appelé à plusieurs reprises à un cessez‑le‑feu immédiat et à la libre circulation des navires commerciaux dans le détroit, une position réaffirmée par le président Xi Jinping fin avril 2025 lorsqu’il a demandé un « passage normal » par cette voie navigable cruciale.
Objectifs de la visite d’Araghchi
Selon les déclarations du ministère iranien des Affaires étrangères, la rencontre visait à discuter de :
- Le renforcement des liens économiques et énergétiques entre Téhéran et Pékin;
- La coordination sur les dossiers régionaux, notamment la stabilité du golfe Persique;
- Le soutien diplomatique face à une éventuelle nouvelle action militaire américaine.
Des analystes indépendants ont souligné la dimension stratégique de cet entretien. Amir Handjani, membre du conseil d’administration du Quincy Institute for Responsible Statecraft, a déclaré : « Cette réunion est profondément stratégique. Téhéran et Pékin alignent leurs intérêts avant le sommet de Trump avec [Chinese President Xi Jinping] et le timing est délibéré. »
Danny Russel, chercheur distingué à l’Asia Society Policy Institute, a ajouté que la visite permet à l’Iran de montrer qu’il n’est pas isolé : « Pour Téhéran, la visite en Chine est un moyen de montrer aux États‑Unis qu’ils ne sont pas isolés et qu’ils ont des amis et des options. » Il a également noté que Pékin chercherait à obtenir de l’Iran des assurances sur la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, tout en évitant un choc inflationniste qui pourrait affecter l’économie chinoise.
Réactions des experts et implications géopolitiques
Han Shen Lin, directeur général de The Asia Group pour la Chine, a averti que les mesures de rétorsion chinoises – notamment l’invocation d’une « règle de blocage » contre les sanctions américaines visant les raffineurs chinois achetant du brut iranien – pourraient placer les entreprises américaines dans une position délicate : « Les ordonnances compensatoires placeraient les entreprises américaines dans la position de choisir entre se conformer aux régimes réglementaires américains ou chinois. »
Ces développements surviennent alors que la visite prévue du président américain Donald Trump à Pékin, initialement prévue pour les 14 et 15 mai 2025 mais reportée en raison du conflit iranien, approche. Les conseillers de la Maison Blanche auraient exhorté Pékin à exercer une pression sur Téhéran afin de rétablir le transport commercial dans le golfe. Selon Russel, « Même si Trump pense que les Chinois ne font que fournir une couverture diplomatique tout en maintenant l’Iran à flot économiquement, il est désavantagé. Il a besoin de Pékin pour contenir Téhéran, pas pour lui donner du pouvoir. »
Perspectives avant le sommet Trump‑Xi
L’entretien entre Wang Yi et Araghchi s’inscrit dans une série de contacts téléphoniques ayant eu lieu depuis le début de la guerre en Iran. Les deux parties ont également échangé des points de vue sur la nécessité de garantir un « passage normal » par le détroit d’Ormuz, essentiel pour les approvisionnements énergétiques de l’Asie.
À l’approche du sommet potentiel entre Donald Trump et Xi J
