jeudi, avril 9, 2026
GénéralLa Banque centrale européenne maintient ses taux stables et prévient que les perspectives sont « nettement plus incertaines »

La Banque centrale européenne maintient ses taux stables et prévient que les perspectives sont « nettement plus incertaines »

Les banques centrales européennes unies face aux turbulences géopolitiques

Dans un environnement économique mondial soudainement assombri par les hostilités au Moyen-Orient, les principales banques centrales européennes ont adopté une posture de vigilance collective lors de leurs réunions de politique monétaire de début mars 2024. La Banque centrale européenne (BCE), la Banque d’Angleterre (BoE), la Banque nationale suisse (BNS) et la Riksbank suédoise ont toutes choisi de maintenir leurs taux directeurs, tout en soulignant que le conflit avait considérablement accru l’incertitude et remodelé les perspectives d’inflation et de croissance pour la région.

La BCE revoit ses prévisions d’inflation à la hausse

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a unanimement décidé de laisser son taux de refinancement principal à 4,50%. Dans son communiqué, l’institution de Francfort a explicitement lié cette prudence à l’évolution de la guerre, qualifiée d’événement créant “des risques à la hausse pour l’inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique”.

L’impact le plus direct est attendu sur les prix de l’énergie. “Le conflit en cours aura un impact important sur l’inflation à court terme à travers une hausse des prix de l’énergie”, a indiqué la BCE. Les implications à moyen terme, quant à elles, “dépendront à la fois de l’intensité et de la durée du conflit”.

Conséquence directe de ces nouvelles projections, la BCE a révisé significativement à la hausse ses anticipations d’inflation pour les années à venir. Selon les nouvelles projections publiées jeudi :

  • L’inflation globale moyenne devrait atteindre 2,6 % en 2026 (contre “juste en dessous de 2%” anticipé en décembre 2023).
  • Elle est ensuite prévue à 2 % en 2027 et 2,1 % en 2028.

Ces révisions sont principalement attribuées à la hausse des prix de l’énergie. Avant le conflit, les données d’Eurostat montraient une inflation dans la zone euro déjà en léger recul, à 1,9 % en février 2024 contre 1,7 % en janvier, se rapprochant de l’objectif de 2 % de la BCE.

Lors de la conférence de presse qui a suivi, la présidente Christine Lagarde a nuancé son optimisme antérieur. “Nous étions dans une bonne place, mais cette bonne place est maintenant confrontée à un choc majeur”, a-t-elle déclaré, confirmant que la prudence de ses précédents avertissements était justifiée.

La Banque d’Angleterre vote à l’unanimité pour le statu quo

À Londres, le Comité de politique monétaire (MPC) de la BoE a également voté à l’unanimité pour maintenir son taux directeur à 3,75 %. Cette décision intervient alors que, avant le conflit, les marchés tablaient largement sur une baisse des taux dès la réunion de mars.

Dans son compte-rendu, la BoE pointe directement l’impact du choc pétrolier : “Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une augmentation significative des prix mondiaux de l’énergie et d’autres matières premières”. Elle anticipe une hausse de l’inflation à court terme (IPC) et met en garde contre des “effets de second tour” sur la fixation des salaires et des prix. “Le risque sera plus grand à mesure que persisteront des prix de l’énergie plus élevés”, précise la banque.

Les réactions sur les marchés ont été immédiates. L’indice FTSE 100 a prolongé ses pertes, reculant de 2,5% à la mi-journée. Sur le marché obligataire, le rendement du gilt à 10 ans a bondi de 14 points de base à 4,874 %.

L’analyse de Madison Faller, stratège chez JP Morgan Private Bank, résume le dilemme britannique : “Contrairement aux États-Unis, soutenus par une croissance solide, ou à l’Europe, qui a fait de réels progrès en matière de désinflation, la BoE marche sur la corde raide entre soutenir une économie atone et ne pas laisser l’inflation devenir folle.” Elle note un revirement spectaculaire des anticipations : “Il y a quelques semaines à peine, les marchés pariaient sur deux baisses de taux ; maintenant, ils se préparent à deux hausses cette année.”

La BNS prête à intervenir sur le franc pour des raisons monétaires

La Banque nationale suisse (BNS) a maintenu son taux directeur à 0,00 %, une décision attendue. La nouveauté réside dans le renforcement de son avertissement sur le franc suisse. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de recherche de refuge, la BNS a déclaré que sa “volonté d’intervenir sur le marché des changes s’est accrue”.

L’objectif d’une telle intervention, si elle devenait nécessaire, serait de contrecarrer “une appréciation rapide et excessive du franc suisse, qui mettrait en péril la stabilité des prix en Suisse”. Le président de la direction, Martin Schlegel, a insisté : toute mesure serait motivée par des “raisons de politique monétaire” et non par une volonté de donner un avantage

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