Kevin Warsh face à un “enjeu de Hobson” : l’impossible équation de la Fed entre inflation et emploi
Alors qu’il devrait prendre la présidence de la Réserve fédérale américaine (Fed) en mai 2026, Kevin Warsh, ancien gouverneur et proche de l’ancien président Donald Trump, se prépare à hériter d’une situation économique exceptionnellement complexe. Dans un entretien avec CNBC le 17 juillet 2025, il a lui-même reconnu que le choix pourrait se résumer à un “problème de Hobson” : une apparente absence de choix, où les deux options disponibles – lutter contre l’inflation ou protéger le marché du travail – présentent des risques majeurs pour l’institution.
Le dilemme du double mandat
La Fed est légalement tenue de poursuivre deux objectifsoften contradictoires : la stabilité des prix (une inflation proche de 2%) et le plein emploi. Pour y parvenir, la banque centrale dispose principalement de trois leviers : augmenter les taux d’intérêt pour refroidir la demande et l’inflation, les baisser pour stimuler la croissance et l’embauche, ou les maintenir stables pour tenter un équilibre précaire.
Or, le contexte que Warsh pourrait trouver à son arrivée est celui d’un double risque : un marché du travail qui montre des signes de fragilité et une inflation qui persiste, potentiellement exacerbée par des chocs sur les prix de l’énergie. “Il a une tempête parfaite qui l’attend”, analyse Troy Ludtka, économiste senior chez SMBC Nikko Securities. “Nous subissons des pressions stagflationnistes importantes, notamment dans les secteurs manufacturiers et des biens. Cela survient alors que le consommateur commence à montrer des signes de fatigue.”
La menace de la stagflation
La stagflation – combinaison d’une inflation élevée et d’une croissance économique faible ou nulle – représente le scénario le plus redouté par un responsable de la Fed. Elle oblige à prioriser un mandat au détriment de l’autre, avec le risque d’échouer sur les deux fronts.
Les prix de l’énergie constituent le principal catalyseur immédiat. Les tensions géopolitiques liées au conflit en Iran ont fait grimper le prix du pétrole brut américain (WTI) au-dessus de 100 dollars le baril à la mi-juillet 2025, avant un léger reflux après des déclarations rassurantes du président Trump. Mais l’impact en chaîne est déjà visible :
- Coûts de production : L’indice des prix à la production de l’Institute for Supply Management (ISM) a atteint en février 2025 son plus haut niveau depuis près de quatre ans, les manufacturiers signalant des hausses de coûts alimentées en partie par les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump.
- Pression sur les denrées alimentaires : Le prix de l’engrais à base d’urée a bondi de 15% depuis le début des hostilités. Historiquement, une hausse des coûts des engrais se répercute sur les prix alimentaires, créant une pression inflationniste plus diffuse et tenace.
Pour Ludtka, si les prix de l’énergie se maintiennent à des niveaux élevés, l’inflation globale pourrait durablement dépasser le seuil de 3%, même si le marché du travail se détend et que les finances des ménages sont sous tension.
Pression politique et divisions internes
L’environnement politique ajoute une couche de complexité
