mercredi, juin 17, 2026
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Kenya : Les opérateurs de Matatu annoncent une hausse des tarifs de 50 pour cent et menacent de faire grève à l’échelle nationale en raison de la hausse des prix du carburant

Les matatus de Nairobi menacent une grève nationale face à la hausse des carburants

À Nairobi, les opérateurs de matatus – les minibus qui assurent la majorité du transport urbain et périurbain – ont annoncé leur intention d’augmenter leurs tarifs jusqu’à 50 % si le gouvernement ne prend pas de mesures immédiates pour atténuer l’impact de la récente flambée des prix du carburant. Cette annonce, faite lors d’une conférence de presse le 2 mai 2024, s’accompagne d’une menace de grève nationale à partir du lundi suivant, afin de pousser les autorités à intervenir.

Contexte de la hausse des prix du carburant

Selon les données publiées par l’Autorité de régulation de l’énergie et du pétrole (EPRA), le prix du diesel au Kenya est passé de 150 KSh/L en avril 2024 à 183 KSh/L en mai 2024, soit une augmentation de 22 % en un mois. L’essence a, quant à elle, connu une hausse de 18 % sur la même période, atteignant 176 KSh/L. Ces variations sont principalement liées à la hausse des cours internationaux du pétrole brut et à la dépréciation du shilling kenyan face au dollar américain.

Le Kenya National Bureau of Statistics (KNBS) indique que les coûts de transport représentent près de 30 % du budget mensuel des ménages urbains, rendant toute hausse tarifaire particulièrement sensible pour les populations à revenu modeste.

Impact sur les opérateurs de matatus

Les responsables syndicaux du secteur expliquent que la marge bénéficiaire moyenne d’un matatu, qui se situait autour de 8 % avant la hausse, est tombée sous la barre des 2 % avec les nouveaux prix du carburant. « Nous ne pouvons plus absorber ces coûts sans mettre en péril la viabilité de nos entreprises », a déclaré James Odhiambo, porte-parole de l’Association des Opérateurs de Matatus de Nairobi (AOMN), lors de la conférence de presse.

Pour faire face à cette situation, les opérateurs envisagent deux scénarios :

  • Une augmentation des tarifs de 30 % à 50 % afin de couvrir la différence de coût du carburant;
  • La suspension totale des services à compter du lundi 6 mai 2024, si aucune aide gouvernementale n’est accordée.

Réaction des usagers et des organisations de consommateurs

Les usagers, qui dépendent fortement des matatus pour leurs déplacements quotidiens – près de 70 % des déplacements intra‑urbains selon une enquête du Université de Nairobi réalisée en 2023 – expriment leur inquiétude. « Une hausse de 50 % du tarif signifierait que je devrais dépenser presque autant pour le transport que pour mon loyer », témoigne Amina Wanjiku, résidente du quartier de Kibera.

Des organisations de défense des consommateurs, telles que la Fédération Kenyane des Consommateurs, ont appelé le gouvernement à envisager des subventions ciblées ou une réduction temporaire des taxes sur le carburant destiné au transport public, afin d’éviter une détérioration du pouvoir d’achat des ménages.

Position du gouvernement et perspectives de négociation

Le Ministère des Transports, de l’Infrastructure, du Logement et du Développement Urbain a déclaré qu’il était « ouvert au dialogue » et qu’il examinerait les demandes des opérateurs dans le cadre d’un comité interministériel prévu pour la semaine du 13 mai 2024. Le secrétaire au Transport, Eng. Peter Munya, a souligné que toute mesure devrait être « équilibrée, afin de ne pas compromettre la stabilité macro‑économique du pays ».

Par ailleurs, le Trésor public a indiqué qu’il étudiait la possibilité d’allouer une ligne de crédit spéciale de 2 milliards de KSh aux associations de transporteurs, conditionnée à la mise en place d’un système de suivi de la consommation de carburant afin d’éviter les détournements de fonds.

Enjeux plus larges pour l’économie kenyanne

La hausse des prix du carburant affecte non seulement le secteur du transport, mais aussi les chaînes d’approvisionnement alimentaire et les coûts de production industrielle. Selon le Rapport sur les perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale (avril 2024), l’inflation au Kenya pourrait atteindre 7,5 % d’ici fin 2024 si les pressions sur les coûts de l’énergie persistaient, augmentant le risque de ralentissement de la croissance du PIB.

Dans ce contexte, la résolution du conflit entre les opérateurs de matatus et le gouvernement apparaît comme un levier clé pour préserver la mobilité urbaine, limiter l’impact sur le coût de la vie et maintenir la confiance des acteurs économiques dans la capacité des autorités à gérer les chocs externes.

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