« J’espère que je me trompe » : la mise en garde d’un commandant américain sur une guerre en 2025
WASHINGTON — Fin janvier 2023, un ordre interne de l’US Air Mobility Command (AMC), l’unité de l’armée de l’air américaine chargée du transport stratégique, fuitait sur les réseaux sociaux. Il contenait une prédiction frappante de son commandant : « J’espère que je me trompe. Mon instinct me dit que nous nous battrons en 2025. »
Plus de deux ans plus tard, alors que 2025 est désormais derrière nous sans conflit ouvert entre Washington et Pékin, l’auteur de ce mémo, le général (à la retraite) John D. Lamontagne, revient sur cet épisode. Il livre une analyse lucide sur l’état de préparation des forces américaines dans le Pacifique, les leçons tirées d’un exercice majeur, et l’urgence persistante de l’adaptation face à l’accélération militaire chinoise.
Le contexte d’une alerte : la projection de puissance dans le plus grand océan du monde
Nommé à la tête de l’AMC en octobre 2021, le général Lamontagne avait pour mission d’accélérer la préparation de son commandement à un potentiel conflit dans la région Indo-Pacifique. L’enjeu était fondamental : comment les États-Unis peuvent-ils projeter rapidement hommes, carburant, munitions et équipements à travers le Pacifique – une distance colossale – pour soutenir un allié comme Taïwan ou contrer une action adversaire, face à une Chine qui bénéficie d’une position géographique avantageuse et d’une capacité de frappe de précision croissante ?
L’AMC est le pilier logistique de la projection de force américaine. Ses avions ravitailleurs et de transport assurent la vie même des opérations à longue distance. Lamontagne, avec son expérience dans le Pacifique, savait que dans ce théâtre, la vitesse et la résilience logistique sont des facteurs décisifs. Arriver trop tard, c’est perdre.
La fuite du mémo : un outil de gestion transformé en incident politique
Début 2023, malgré des progrès, le général Lamontagne constatait que le sentiment d’urgence ne s’était pas suffisamment propagé à tous les échelons. Observant depuis une décennie l’ascension militaire chinoise, il avait le sentiment que Pékin innovait et se préparait à un rythme supérieur à celui de l’adaptation américaine.
Dans ce contexte, et alors que le président chinois Xi Jinping venait de consolider son pouvoir et que des élections clés se profilaient à Taïwan et aux États-Unis en 2024, il a émis un ordre interne direct le 27 janvier 2023. Il y fixait un objectif clair : créer une « équipe de manœuvres conjointe fortifiée, prête, intégrée et agile, prête à combattre et à gagner à l’intérieur de la première chaîne d’îles », cette ligne stratégique s’étendant du Japon aux Philippines, avec Taïwan en son centre.
Quelques heures plus tard, le document, dépouillé de ses mentions de classification, était publié en ligne. Une directive de planification opérationnelle interne devenait ainsi un sujet de polémique médiatique et politique. Le Pentagone a publiquement pris ses distances, soulignant que ce n’était qu’un document de travail et non une évaluation du renseignement ou une politique officielle. Pour Lamontagne, l’objectif – forcer l’action – avait été atteint, mais au prix d’une déconnexion entre le propos technique et sa réception publique.
L’épreuve du feu : l’exercice Mobility Guardian 2023
La réponse concrète à cette alerte fut l’exercice Mobility Guardian 2023. Contrairement à des manœuvres scénarisées sur papier, il s’agissait d’une répétition grandeur nature de la projection de forces dans un environnement Pacifique contesté. Des milliers de personnels, des centaines d’aéronefs (ravitailleurs C-17, C-130, KC-135, KC-46) et des équipements ont été déplacés sur de longues distances, en simulant des conditions adverses : pistes menacées par des missiles, communications dégradées, bases aériennes potentiellement vulnérables.
L’exercice ne visait pas à maintenir une force à distance, comme pour l’Ukraine, mais à projeter une poussée de puissance militaire américaine directement dans le premier archipel, aux portes de la Chine. Il a permis de tester concrètement la doctrine et a été observé avec attention par les alliés régionaux (Japon, Philippines, Australie) et par les forces chinoises.
Les enseignements furent précieux et sans
