lundi, juin 1, 2026
Asie-PacifiqueEn Inde, Modi renforce son emprise politique après une victoire historique de l'État, mais peut-il initier des réformes et attirer les investisseurs ?

En Inde, Modi renforce son emprise politique après une victoire historique de l’État, mais peut-il initier des réformes et attirer les investisseurs ?

Victoire électorale du BJP au Bengale occidental

Le 4 mai 2026, le Bharatiya Janata Party (BJP) dirigé par le Premier ministre Narendra Modi a célébré une victoire marquante lors des élections législatives de l’État du Bengale occidental. Selon les chiffres officiels de la Commission électorale indienne, le parti a obtenu 206 sièges sur les 294 disponibles, lui permettant de former son tout premier gouvernement au niveau régional [1]. Cette réussite a été immortalisée par une photo d’Imtiyaz Khan (Anadolu/Getty Images) montrant Modi saluant la foule devant le siège du parti à New Delhi.

Un premier gouvernement d’État pour le parti

Cette conquête représente un tournant stratégique pour le BJP, qui jusqu’alors n’avait jamais réussi à s’imposer durablement dans cet État historiquement marqué par la présence de formations régionales. En déclarant sur X que « les lotus fleurissent au Bengale occidental », Modi a lié ce succès au symbole de sa formation politique et a affirmé que « le pouvoir du peuple a prévalu et la politique de bonne gouvernance du BJP a triomphé ».

Contexte national : popularité de Modi et défis économiques

De la majorité absolue à la coalition

Après les élections nationales de juin 2024, le BJP n’a pas réussi à obtenir une majorité absolue au Parlement et a dû former un gouvernement de coalition pour assurer un troisième mandat à Modi. Cette situation a poussé l’exécutif à augmenter les dépenses sociales, notamment par le biais de subventions carburant et de transferts monétaires ciblés.

Mesures populistes et perspectives de rationalisation

Selon une étude de Bernstein Research publiée le 23 avril 2026, plus d’une douzaine d’États indiens envisagent de consacrer jusqu’à 2 500 milliards de roupies (environ 26,2 milliards de dollars) à des transferts monétaires inconditionnels destinés aux femmes éligibles, soit près de 0,5 % du PIB [2]. Les analystes de Citi estiment que la récente victoire du BJP au Bengale occidental pourrait faciliter une coordination plus efficace entre le gouvernement central et les États, ouvrant la voie à une éventuelle rationalisation de ces dépenses populistes [3].

Impact de la guerre en Iran sur l’économie indienne

Le conflit prolongé au Moyen‑Orient exerce une pression supplémentaire sur l’économie indienne. La hausse des prix de l’énergie, provoquée par la guerre en Iran, devrait creuser le déficit de la balance courante de l’Inde durant l’exercice financier se terminant en mars 2027. Le gouvernement a choisi d’absorber une partie de cette hausse en réduisant les droits d’accise centraux sur le carburant, évitant ainsi une répercussion directe sur les prix à la pompe, mais au prix d’une perte de recettes fiscales.

Flux d’investissements et pression sur la roupie

Investissements directs étrangers en baisse

Morgan Stanley a indiqué dans un rapport du 22 avril 2026 que les flux nets d’investissements directs étrangers (IDE) en Inde étaient « proches de leur plus bas niveau historique de 0,5 milliard de dollars » sur les douze mois précédant janvier 2026 [4]. La banque prévoit que cette tendance pourrait se poursuivre tant que les incertitudes géopolitiques persisteront.

Sortie des capitaux de portefeuille

Parallèlement, les investisseurs de portefeuille étrangers ont intensifié leurs ventes d’actions indiennes. Depuis janvier 2026, ils ont cédé pour plus de 20 milliards de dollars de titres, dépassant le total de 18,9 milliards de dollars enregistré sur l’ensemble de l’année 2025, selon les données du dépositaire central NSDL [5]. Cette sortie de capitaux a contribué à affaiblir la roupie face au dollar, poussant la monnaie indienne à des niveaux historiquement bas.

Réformes nécessaires et perspectives

Le secteur agricole et les emplois technologiques

Malgré les efforts récents, près de 45 % de la population indienne dépend encore de l’agriculture, un secteur qui ne contribue qu’à hauteur de 15‑16 % du PIB. La dernière tentative de réforme agricole, lancée en 2021, a échoué face à de vastes protestations d’agriculteurs. Parallèlement, les emplois de col‑blanc dans le secteur des technologies de l’information sont menacés par l’accélération mondiale de l’intelligence artificielle, tandis que la création d’emplois manufacturiers reste insuffisante.

Appel à une rationalisation des dépenses populistes

Shumita Sharma Deveshwar, économiste en chef pour l’Inde chez GlobalData TS Lombard, souligne que « avoir une domination sur la carte électorale ne se traduit pas nécessairement par des réformes plus rapides ». Elle rappelle que l’Histoire montre que l’Inde n’engage véritablement des réformes structurelles que lorsqu’elle est confrontée à une crise profonde [6]. Dans ce contexte, les experts s’accordent à dire que la récente consolidation du pouvoir du BJP pourrait offrir une fenêtre d’opportunité pour réviser les subventions énergétiques, mieux cibler les aides sociales et lancer des réformes visant à diversifier l’économie loin de l’agriculture de subsistance.


[1] Commission électorale indienne, résultats officiels des élections législatives du Bengale occidental, 4 mai 2026.
[2] Bernstein Research, « State‑level cash transfer programmes », 23 avril 2026.
[3] Citi, note analytique sur la coordination État‑centre post‑élections, mai 2026.

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