Une urgence économique mondiale : le détroit d’Ormuz bloqué
Le conflit militaire opposant les États-Unis et Israël à l’Iran est entré dans une phase critique où le temps devient un facteur économique décisif. Selon un consensus émergent parmi les dirigeants et les analystes du secteur pétrolier, les retombées économiques et commerciales de la guerre risquent de s’aggraver de façon spectaculaire si le détroit d’Ormuz n’est pas rouvert dans un délai de une à trois semaines. Même en cas de réouverture rapide, les dégâts déjà causés devraient maintenir les prix de l’énergie et de nombreuses autres matières premières à des niveaux élevés sur une période prolongée.
Ce scénario catastrophe n’est pour l’instant pas pleinement reflété sur l’ensemble des marchés. Alors que les marchés actions et obligataires affichent une volatilité mesurée, le prix de référence du brut Brent reste contenu par des mesures d’urgence. Pourtant, les experts alertent : une fois l’effet de ces mesures temporaires dissipé, entre début et mi-avril 2026, les gouvernements ne disposeront probablement plus d’outils pour contenir une flambée des prix de l’énergie.
Le cœur du problème : un goulot d’étranglement vital
Le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique long d’environ 100 milles le long des côtes iraniennes, est une artère vitale pour le commerce mondial. Il permet le transit historique d’environ 20 % de l’approvisionnement pétrolier mondial. Les attaques iraniennes contre des navires civils et des infrastructures énergétiques dans la région ont provoqué sa fermeture complète.
Des efforts de déroutage partiel via des oléoducs ont été engagés, mais leur capacité est limitée. Pour parer à la crise, les États-Unis et d’autres pays ont procédé à la plus grande libération jamais enregistrée de réserves stratégiques, soit 400 millions de barils. Parallèlement, Washington a temporairement assoupli les sanctions sur une partie du pétrole russe et iranien. Ces mesures, bien que significatives, ne sont que des rustines face à la perte d’un flux commercial aussi massif.
La divergence alarmante entre prix “papier” et prix physique
L’une des caractéristiques les plus préoccupantes de la crise actuelle est le fossé grandissant entre les prix du pétrole négociés sur les marchés financiers (les “prix papier”, comme le Brent) et les prix réels de livraison physique, notamment en Asie, principal client du Moyen-Orient.
- Entre le 27 février (dernier jour avant la guerre) et le 27 mars 2026, le prix à terme du Brent a augmenté de 36 %, dépassant 113 dollars le baril.
- Sur la même période, le prix de référence de Dubaï, qui reflète les livraisons physiques réelles, a bondi de 76 %, atteignant 126 dollars le baril – soit plus du double de l’augmentation du Brent.
Cette divergence s’explique en partie par l’impact de la rhétorique du président américain Donald Trump, qui laisse entendre que la guerre pourrait se terminer rapidement. Les traders qualifient cet effet de “la mâchoire” (the jaw), une expression qui décrit comment des déclarations politiques peuvent temporairement influencer les marchés à terme. “Cela fonctionne, cela empêche une réaction plus importante du marché du papier”, reconnaît Ben Cahill, directeur des marchés et de la politique énergétiques à l’Université du Texas à Austin. “Mais la réalité de la perturbation physique du marché est vraiment difficile à ignorer.”
Une perturbation qui dépasse le pétrole brut
La crise du transport maritime dans le golfe Persique a des répercussions en cascade sur l’ensemble des marchés énergétiques et au-delà. Les prix du gaz naturel liquéfié (GNL) ont augmenté de 48 % au Japon et en Corée du Sud. Le carburéacteur et même des produits de niche comme l’hélium voient leurs prix flamber. Sans résolution rapide, cette dynamique risque d’alimenter une inflation mondiale et de freiner la croissance économique.
La détérioration des marchés financiers et les perspectives
Les marchés financiers commencent à intégrer la gravité de la situation. Après un rebond temporaire mardi sur des rumeurs de report d’une attaque américaine contre des infrastructures iraniennes, l’indice S&P 500 a chuté de 3,4 % entre mercredi et vendredi. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a augmenté d’environ 0,5 point de pourcentage depuis le début du conflit, atteignant 4,4 %, signe des inquiétudes sur l’inflation et la politique monétaire de la Fed.
Les marchés à terme semblent parier sur des issues relativement optimistes : une victoire militaire rapide, un effondrement du régime iranien, ou une négociation conduisant à la réouverture du détroit. L’historique récent joue en faveur de cet optimisme : après l’attaque américaine contre le programme nucléaire iranien en juin, les prix du pétrole avaient grimpé avant de chuter rapidement lorsque la guerre ne s’était pas étendue.
Cependant, la fenêtre d’opportunité se referme. “Les lueurs de lumière au début du tunnel deviennent plus brillantes et plus claires“, assure un responsable de la Maison Blanche sous couvert d’anonymat, contestant le scepticisme des industriels. L’administration Trump mise sur une intensification de la pression militaire, y compris une éventuelle attaque contre l’île iran
