Pourboires obligatoires et nouvelles règles fiscales : un casse-tête pour la restauration américaine
Les restaurants aux États-Unis se trouvent à la croisée des chemins. Une disposition fiscale récente, souvent appelée « pas de taxe sur les pourboires », leur offre une opportunité inédite : permettre à leurs employés de déduire jusqu’à 25 000 $ de pourboires de leur revenu imposable entre 2025 et 2028. Mais pour en bénéficier, ces pourboires doivent être considérés comme « admissibles » par le fisc. Or, une pratique très répandue – l’ajout automatique de frais de service, notamment pour les grands groupes – se heurte à une définition stricte du pourboire : il doit être volontaire. Les restaurants qui imposent ces frais risquent donc de priver leurs salariés de cet avantage fiscal, les forçant à revoir leurs politiques de tarification et de répartition des revenus.
Une loi généreuse, mais aux conditions précises
La mesure, incluse dans le « One Big Beautiful Bill Act » (OBBBA) signé par l’ancien président Trump, vise à soutenir les travailleurs du secteur de l’hôtellerie-restauration, le deuxième employeur privé du pays avec 15,7 millions d’emplois, soit 10 % de la main-d’œuvre totale américaine selon la National Restaurant Association. Le piège ? La loi reprend la définition traditionnelle de l’Internal Revenue Service (IRS) : un pourboire doit être un paiement volontaire, discrétionnaire, et non obligatoire. Les « frais de service » automatiques, ces 15 à 20 % ajoutés aux notes des tables de six personnes ou plus, sont donc exclus du calcul des 25 000 $ de déduction.
« Fonctionnellement, pour les employés, il n’y a pas de distinction entre le pourboire automatique et le pourboire », plaident des législateurs du Nevada dans une lettre au Trésor. Mais l’administration fiscale reste inflexible sur ce point. « L’intention du Congrès est assez claire : le pourboire doit être volontaire », souligne Andrew Lautz, du Bipartisan Policy Center. Les espoirs de l’industrie de voir cette pratique requalifiée s’amenuisent.
L’écart entre pratique et légalité
L’écart entre les pratiques du terrain et la règle fiscale est considérable. Une étude de la National Restaurant Association révèle que 54 % des restaurants à service complet ajoutent parfois des frais de service ou un pourboire automatique. Parmi eux, 12 % le font systématiquement, et 88 % seulement pour les groupes importants ou les événements spéciaux.
Or, comme l’explique Jean Hagan, associé chez Eisner Advisory Group spécialisé dans la restauration, « l’IRS n’a jamais considéré ces frais de service comme des pourboires ». Pourtant, beaucoup de restaurateurs ont longtemps comptabilisé ces montants comme tels pour la paie de leurs équipes. « Beaucoup ont été surpris d’apprendre qu’ils n’étaient pas censés le faire », rapporte Hagan. Cette méconnaissance ou ce non-resort de la loi a des conséquences directes : si les frais de service ne sont pas correctement enregistrés comme des revenus non éligibles, les employés ne pourront pas prétendre à la déduction sur leurs vrais pourboires volontaires.
Les pressions concurrentielles et les réponses prudentes
Face à ce casse-tête, l’industrie a tenté un lobbying actif. L’Union Culinaire du Nevada et des parlementaires ont demandé au Trésor et à l’IRS de requalifier les pourboires automatiques. Sans succès imminent. Les restaurants se préparent donc à des choix stratégiques.
Certains optent pour l’attentisme. « Les restaurateurs surveillent de près les règles finales de l’IRS », indique Sean Kennedy de la National Restaurant Association. D’autres envisagent de modifier leurs pratiques pour des raisons de concurrence. « Un serveur pourrait voir un désavantage à renoncer à 25 000 $ de revenus non imposables s’il travaille dans un restaurant avec frais de service, alors qu’un concurrent sans ces frais rendrait ses pourboires éligibles », note un porte-parole de la Florida Restaurant and Lodging Association.
De nombreux propriétaires « consultent leurs comptables et leurs fournisseurs de systèmes de caisse pour déterminer l’approche la plusadaptée », rapporte la Texas Restaurant Association. La question n’est plus seulement juridique, mais aussi commerciale : quel modèle attire et retient le mieux le personnel qualifié dans un marché du travail tendu ?
Les solutions pratiques proposées par l’IRS
Même si les règles définitives ne sont pas publiées, l’
