L’innovation chinoise : entre rattrapage spectaculaire et défis structurels
La Chine est souvent perçue comme un mastodonte de l’innovation, et les données quantitatives semblent lui donner raison. Comme le souligne Margit Molnar, directrice du Bureau Chine au Département des affaires économiques de l’OCDE, le pays a accompli des progrès remarquables dans plusieurs domaines clés, comblant une partie de son retard historique vis-à-vis des économies avancées. Toutefois, une analyse plus fine révèle des fragilités persistantes qui limitent la transformation de ces efforts en gains de productivité et de compétitivité durables. Cet article décrypte les deux visages de l’innovation chinoise, en s’appuyant sur les études les plus récentes de l’OCDE et d’autres instituts de recherche.
Des investissements en R&D qui se rapprochent des standards de l’OCDE
Côté intrants, la Chine a considérablement accru son engagement. En 2022, ses dépenses de recherche et développement (R&D) ont atteint environ 2 % du PIB, un niveau qui l’aligne sur des pays européens majeurs comme la France ou le Royaume-Uni. Ce chiffre, bien que largement inférieur aux champions historiques que sont la Corée du Sud (plus de 4 %), le Japon ou les États-Unis (autour de 3 %), dépasse celui de nombreuses économies à revenu intermédiaire comme le Mexique, la Turquie ou le Chili. Cette montée en puissance des moyens financiers, portée à la fois par le secteur public et les entreprises privées, est le premier pilier de la stratégie d’innovation chinoise.
Une production de brevets qui bat des records, mais…
Du côté de la production, le leadership chinois est incontestable. Dès 2015, la Chine a dépassé les États-Unis en nombre de dépôts de brevets, franchissant le cap du million cette année-là – soit plus d’un tiers des dépôts mondiaux totaux. Cet essor se traduit également par une part croissante de « nouveaux produits » dans des secteurs de haute technologie comme la fabrication d’équipements informatiques et électriques. À première vue, la courbe est impressionnante : plus de R&D semble générer plus d’innovations formalisées.
Cependant, la quantité ne garantit pas la qualité ni l’impact économique. Une analyse approfondie, telle que celle menée par l’OCDE, montre que l’« élasticité des brevets par rapport aux dépenses de R&D » est faible. En d’autres termes, chaque yuan supplémentaire investi en R&D génère moins de brevets à fort impact qu’auparavant. Des travaux de recherche comme ceux de Boeing, Mueller et Sandner (2016) indiquent même que l’impact moyen des nouveaux brevets sur la productivité a tendance à diminuer. Seul point positif : les entreprises privées chinoises semblent tirer des gains de productivité plus significatifs de leurs efforts de R&D que les entreprises publiques.
Les faiblesses qui freinent l’impact réel
Ce paradoxe – une masse critique d’activité d’innovation qui peine à se traduire en gains systémiques – s’explique par plusieurs problèmes structurels majeurs, identifiés dans les Études économiques de l’OCDE sur la Chine (2015 et 2017).
Quality over quantity : le fossé des brevets de haute valeur
La composition du portefeuille de brevets chinois est en cause. Une grande majorité sont des « brevets d’utilité » ou des « brevets de conception », qui offrent une protection plus courte et moins robuste que les « brevets d’invention » (ou brevets de haute valeur). La proportion de ces véritables inventions reste modeste par rapport aux leaders mondiaux. De plus, si les dépôts en Chine sont massifs, très peu sont déposés à l’étranger, signe d’une visée stratégique et d’une confiance limitée dans la protection internationale. Sur cet indicateur, la Chine accuse un retard significatif non seulement face aux économies de l’OCDE, mais aussi face à de nombreuses économies émergentes avancées.
Un écosystème fragmenté et des collaborations limitées
L’innovation ne prospère pas dans des silos. Or, l’écosystème chinois présente une faille majeure : les liens <
